Ma petite pouliche
@ La Licorne
CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel
★★★★
Jeux
interdits

Bruno Marcil (le père) –
Une autre idée du masculin.
Crédit : Fred Tougas
Une première en français Pequeño poni, de l’Espagnol Paco Bezerra, œuvre audacieuse, courageuse, vantant les mérites de la différence, encore aujourd’hui bafoués par un populisme mondial de plus en plus évident.
Ce que la traduction de Stéphanie Cardi laisse entendre, c’est bel et bien que le problème réside, en grande partie, dans l’éducation des parents. Comment réagir lorsqu’on leur annonce que leur fils Louis, une dizaine d’années, est victime d’intimidation à l’école. Et qu’au cours des discussions entre le père et la mère, on observe non seulement une mésentente criante, mais surtout la certitude que nous sommes, en grande partie, envahis par le spectre envahissant de la rectitude sociale. Particulièrement lorsqu’on apprend que les administrateurs de l’institution scolaire n’approuvent pas ce qu’ils appellent quelque chose comme le comportement étrange de l’enfant.
Le dialogue de Bezerra/Cardi cadre magnifiquement bien ces enjeux cruciaux et à l’intérieur d’un décor astucieusement structuré (un appartement, fenêtres ouvertes, donnant accès à une chambre où les deux parents s’attèlent à changer la couleur des murs) ; le décor est de biais, permettant aux spectateurs d’avoir accès direct aux deux protagonistes.
L’astuce de l’auteur est de présenter le père comme le défenseur de l’enfant, la mère, plus proche de la morale environnante, cherchant à comprendre ce qu’elle a donc pu faire de mal pour que… jamais les mots gai, homosexuel ou autres coloratures de style ne seront prononcés dans cette pièce minimaliste qui joue également sur la durée, à peine quelques minutes de plus qu’une heure.

Évelyne Rompré (la mère) –
Une profonde remise en question de l’éducation parentale.
Crédit : Fred Tougas
Mais assez de temps pour permettre à l’auditoire de renouer avec des thèmes peu abordés au théâtre (et au cinéma), toujours frileux à décevoir un public atteint de divertissement « sain et sauf ».
Sur ce point, La Licorne persiste dans son répertoire, jette son dévolu sur des œuvres qui font bouger notre cerveau, incitent à la réflexion et situent tous ces enjeux sociaux considérés comme « marginaux » sur la scène sociale centrale.
Un titre de pièce enfantin, doux, innocent, candide pour qui voit la vie sous un angle harmonieux, mais qui dans la pièce en question, se permet de remettre les spectateurs à leur place, et surtout au courant de ce qu’il se passe autour d’eux, et finalement de prendre position. Bien entendu, du bon côté des choses.
Une interprétation admirablement soutenue par Bruno Marcil et Évelyne Rompré, se donnant la réplique comme dans un jeu d’échecs où les champs/contrechamps se succèdent à maintes occasions, devenant de plus en plus intenses jusqu’au point culminant final qu’on ne dévoilera pas.
Un titre de pièce enfantin, doux, innocent, candide pour qui voit la vie sous un angle harmonieux, mais qui dans la pièce en question, se permet de remettre les spectateurs à leur place, et surtout au courant de ce qu’il se passe autour d’eux, et finalement de prendre position. Bien entendu, du bon côté des choses.
FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE
Texte
Paco Bezerra
Traduction
Stéphanie Cardi ; à partir
de l’original El pequeño poni
Mise en scène
Louis-Karl Tremblay
Assistance à la mise en scène
Andrée-Anne Garneau
Distribution
Bruno Marcil (le père)
Évelyne Rompré (la mère)
Décor : Karine Galarneau
Costumes : Karine Galarneau
Éclairages : Robin Kittel-Ouimet
Musique : Antoine Bédard
Durée
1 h 05 min
[ Sans entracte ]
Public (suggéré)
Tout public
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]
Diffusion & Billets @
La Licorne
(Grande Salle)
Jusqu’au 21 décembre 2024
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]