Le Point |.| 26
du Ven 27 juin au Jeu 3 juillet 2025
La saveur
des palais
Notre collègue Pierre Pageau s’est longuement exprimé dans divers textes portant sur les salles de cinéma du Québec, parmi lesquels l’indispensable Les salles de cinéma au Québec, 1896-2008 (Les Éditions GID, 2009), regrettablement épuisé. Dans ce bel ouvrage, il parcourt ces temps où le parc de ces lieux magiques émergeait rapidement partout dans la province, suivant le reste du monde, et plus particulièment à Montréal, lieu de prédilection en Amérique du Nord.

À travers le temps, chaque salle avait sa propre personnalité, son caractère particulier, ses propres fragrances aussi, des atmosphères propres. Entre le centre-ville montréalais et les salles de quartier, une sorte de fusion, de valeur ajoutée, des éléments qui répondaient à des publics divers. Certains de ces lieux qui nous conduisaient ici et ailleurs, de veritables palais voués au cinéma, dont l’Impérial, aujourd’hui disparus.
Et puis, vers la fin du XXe, les complexes multisalles, une innovation, une promesse qui devait emporter joliment l’expérience au grand écran, stimuler la curiosité des spectateurs, le 35 mm toujours à l’abri des nouvelles technologies et formats de diffusion qui s’annoncer prudemment.
Promesse non tenue par ces esprits visionnaires ; est-ce nécessaire de rappeler l’état actuel des choses ?
Le visionnage en cellulaire s’est presque déjà imposé face à l’écran en toile surdimensionné, même si celui-ci s’accroche tant bien que mal. Et le futur immédiat de l’IA, de quoi sera-t’il fait ? Force est de souligner en gras que c’est toute la notion du regard qui se transforme et bien encore, s’est déjà transformée.
Qui seront les premières victimes (on souhaite, sans doute en vain, que ça n’arrive pas) de tous ces chambardements culturels liés à l’activité technologique qui n’a pas l’intention de lâcher prise.
Le monde change, les esprits chavirent. Les intervenants aux premières lignes dans tous les domaines de l’activité humaine n’arrêtent pas devant le « progrès », que d’autres voient parfois avec inquiétude, comme « régression ». Des deux, c’est nul doute les premiers qui seront les gagnants de cette course effrénée.
Ça a toujours été le cas à travers les différents siècles de l’Humanité.
Élie Castiel
Rédacteur en chef
