Le Point |.| 28
du Ven 18 au Jeu 24 juillet 2025
Terres en transes –
Que peut le cinéma ?
Mars 2003, à Paris, se tenait la semaine de films sous la bannière Palestine/Israël : que peut le cinéma ?, évidemment hors du circuit commercial ; Janine Euvrard, critique, essayiste, activiste pour la paix, également impliquée dans l’organisation, tenait dans son discours d’ouverture, un fait important « Il faut le savoir, il faut le dire. Il y a en Israël des Israéliens qui ont le courage de se battre, le courage de dire: ‘Non à l’occupation, non à l’apartheid’. Ils ne sont pas encore assez nombreux, il faut qu’ils grandissent en nombre et en force. Et un jour on pourra alors parler de dialogue et de réconciliation. » Cela fait aujourd’hui 22 ans, et la situation est encore plus complexe que jamais.
N’oublions pas le 7 octobre, un féroce tragédie, avec les impasses qu’il a provoqué dès le lendemain, devenue très vite si on suit l’actualité, un simple fait divers. Situation inversée ?
Et sans compter le conflit Ukraine-Russie qui perdure et tout ce qui se passe en Afrique, et dont peu parlent.
De véritables « terres en transes », des poudrières, dans l’angoisse, le chaos le plus total, dans la tourmente, et chaque fois qu’un accord est presque prêt à atteindre son but, l’un ou les deux parties belligérantes s’arrangent pour qu’il ne fonctionne pas.
Le cinéma actuel, autant dans le documentaire que dans la fiction, peut-il s’ingérer dans les affaires politiques en produisant des œuvres qui abordent ces problèmes comme ce fut le cas, notamment dans les années 70 un peu partout dans le cinéma occidental, emboîtant le pas, par exemple, au réalisateur Gillo Pontecorvo qui, plus tôt, en 1966, avec La bataille d’Alger (Marakat Madinat al-Djazaer) ouvrait grand la porte à un genre en grand besoin de reconnaissance, mais plus que tout de rapport avec le public pour le combat à une même cause. Un autre exemple, Z de Costa-Gavras. La plupart des succès de la part des critiques et du public.

La bataille d’Alger
Aujourd’hui, quelle que soit notre idéologie politique, le juste milieu n’existe pratiquement plus, c’est le temps de la polarisation, un extrême ou l’autre. Malgré cette contrainte, le cinéma peut et il « doit », mais faut-il également que dans ces conflits, les points de vue divergents soient entendus et non pas qu’ils soit plutôt propices à défendre une seule certitude. Les ethnies concernées ont leur propre agenda en fonction de leur appartenance. Les cinéastes étrangers à ces territoires en conflit, militent pour telle ou telle cause, au point où il est difficile de trouver un terrain d’entente, souvent moyennant des mises en scènes susceptibles de gagner leur cause, uniquement.
Oui, le ‘cinéma le peut’, mais aussi faut-il qu’il soit formulé avec discernement, sans partis pris, souvent en forme de mutinerie, dans l’objectivité la plus totale ; à condition que cet art, sans doute le plus rassembleur, fenêtre ouverte sur le monde, soit pris au sérieux aussi bien par le public que notamment par les élus concernés. Tout en évitant l’anarchie.
Un film comme Vers un pays inconnu (To a Land Unknown / Iilaa Dawlat majhulatan) – très bientôt à l’affiche – du palestino-danois Mahdi Fleifel, parle d’un sujet plus brûlant que jamais, le conflit au Moyen-Orient, mais avec une distanciation inégalée. On ne parle pas d’occupation tout en l’évoquant, en sous-entendu, à peine, le film s’intéressant aux déboires économiques et de sécurité de deux réfugiés palestiniens à Athènes. Le tout mené par une mise en scène qui assume son économie dans le message qu’il veut suggérer.

Z
Mais évitons les partis pris et songeons, par exemple, à l’implication des collèges et des universités (institutions secondaires aussi, probablement) dans les conflits politiques. Entre sécularisme visant non seulement à la séparation du Sacré et de l’État, l’auguste liberté d’expression et une nouvelle tendance vers un libéralisme exacerbé, la mixité des races, des confessions et des ethnies se trouvent dans un sens menacé(es). Entretemps, le monde tourne comme si de rien n’était et allie ou désunit tous les groupes d’âge.
Oui, le ‘cinéma le peut’, mais aussi faut-il qu’il soit formulé avec discernement, sans partis pris, souvent en forme de mutinerie, dans l’objectivité la plus totale ; à condition que cet art, sans doute le plus rassembleur, fenêtre ouverte sur le monde, soit pris au sérieux aussi bien par le public que notamment par les élus concernés. Tout en évitant l’anarchie.
Élie Castiel
Rédacteur en chef
