Le Point |.| 34
du Ven 22 au Jeu 28 août 2025
Le cinéma de genre
victime de son
propre succès
Si la déferlante du cinéma de genre sur le grand public commence avec les début de Fantasia, force est de signaler que de nombreux adeptes s’aventurent dans ce phénomène bien avant, notamment avec ces produits en provenance particulièrement d’Italie (mais pas que) au cours des années 70, bien que plus timidement au cours des années 60.
Dans ces années, les fans du genre vénèrent les films et leurs auteurs par l’audace naïve, les provocations outrées, la violence le plus souvent gratuite, les prises de position parfois politiques issues des mondo movies à la Jacopetti. Qui sont-ils ? David Cronenberg, Jesús Franco, Dario Argento, Mario Bava et autres noms oubliés.

Le film d’horreur demeure le plus
représentatif du cinéma de genre.
Le monde change, le politique se déchaîne, les outrages de la Seconde Guerre mondiale finissent par s’estomper petit à petit, notamment en ce qui a trait au grand public qui préfère oublier et aller de l’avant. Le genre, où l’épouvante, l’horreur, l’excessif continue de montrer ses griffes, construit de nouveaux codes où la gratuité des propos, la mollesse de certains scénarios et plus que tout, le recul qu’on voit souvent dans les mises en scène, tous ces éléments produisent un effet inquiétant, mais que le cinéma mainstream suit malgré tout ou encore en raison de ses failles qu’on voit comme des provocations assumées envers le cinéma minutieusement construit.
Aujourd’hui, pour le cinéma de genre, un nouvel âge, une conspiration suspecte entreprise par une poignée de cinéastes, tous pays confondus (même Bollywood y va de ses exemples fracassants), s’en prennent à cœur joie, qu’importe le résultat. On dirait que « plus c’est mauvais », « plus c’est bon ». Ère de la vacuité intellectuelle, remplacée par le phénomène que procurent la sensation, le plaisir immédiat, comme une extase sexuelle qui disparaît dès que le plaisir biologique est consommé, c’est-à-dire quelques secondes.
Le film de genre, dans un sens, suit ce pattern déséquilibré, offrant parfois des métaphores tout à fait gratuites, parsemées de temps en temps de petites trouvailles prometteuses ; mais ce qu’on retient, c’est l’engouement poussif de ces jeunes cinéastes (la plupart du temps) qui n’ont qu’un mot d’ordre : tourner.
Depuis janvier de l’année en cours, avez-vous remarqué le nombre de films de genres sortis sur nos écrans, toutes tendances confondues ? Comme si les distributeurs et exploitants s’étaient mis d’accord pour que ces produits en format 2.0 (ceux de la deuxième décennie du siècle en cours), affichent leur particularité. Certains ne tiennent qu’une seule semaine à l’écran, mais tous affichent leur particularité et promettent monts et merveilles, pour ne pas dire « morts et atrocités ».
Signes d’un temps où les conflits mondiaux, les politiques désengagées, le triomphe de l’autocratie et les idéologies extrêmes divisent l’opinion.
Et surtout un monde internétisé aux réseaux sociaux où les rapports de force sont de plus en plus rapaces, racistes, homophobes, islamophobes, antisémites et plus personne n’est garant d’un monde équilibré.
Le film de genre, dans un sens, suit ce pattern déséquilibré, offrant parfois des métaphores tout à fait gratuites, parsemées de temps en temps de petites trouvailles prometteuses ; mais ce qu’on retient, c’est l’engouement poussif de ces jeunes cinéastes (la plupart du temps) qui n’ont qu’un mot d’ordre : tourner.
Élie Castiel
Rédacteur en chef
