Mon gâteau préféré
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 27 juin 2025
Mahin, 70 ans, vit seule à Téhéran. Bravant tous les interdits, elle décide de réveiller sa vie amoureuse et provoque une rencontre avec Faramarz, chauffeur de taxi.
COUP de ❤️
de la semaine
CRITIQUE
Élie Castiel
★★★★ ½
Le goût
doux-amer
du sucré
Si le film leur a valu des démêlés avec le régime iranien, cela n’a pas empêché le couple Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeehe de signer un deuxième long métrage de fiction, après l’inédit Le pardon / Ballad of a White Cow (Ghasidey’eh gave Sefid, 2020). Même dans le titre, Mon gâteau préféré, il y a, de leur part, un jeu de stratégie visant à forcer le spectateur à voir de plus près.
Ce film est un véritable miracle du moment où il n’a aucun compte à rendre à personne, tourné certes quasi dans le huis clos, à l’intérieur d’un appartement téhéranais, dans une sorte de fausse clandestinité, comme si dans le for intérieur des principaux protagonistes, à travers leurs paroles, voire comportements et attitudes, tout ce désordre prenait forme pleine d’harmonie ; en fait un homme et une femme, des jeunes septuagénaires qui ne se connaissaient pas et tentent de refaire leur vie amoureuse. Elle est veuve ; il est divorcé.
Le film, au-delà de son approche rom-com (encore une fois, une stratégie de mise en scène et de narration) peut s’enorgueillir d’un récit simple, horizontal, sans ces envolées lyriques souvent fastidieuses dont quelques occidentaux sont habitués. Mais surtout par cette approche simple qui consiste à ne montrer que l’essentiel. Aucune seconde de perdue.

Sous la douche, pour se purifier des imperfections d’un système politique encombrant.
On parle d’amour, bien entendu, en filigrane, de l’époque pré-Révolution islamique de 1979, de l’état actuel des choses, de ces enjeux sociaux et politiques, mais sans trop insister. Le spectateur doit le saisir, notamment depuis les événement de Femme, Vie, Liberté et ce qui se passe en ce moment. Un film, pour éviter le cliché, qui arrive à point.
On soulignera néanmoins cette séquence de douche, d’un érotisme humaniste qui déploie avec une intense volupté le désir, même à un âge, pour certains, vénérable. Et qui a promulgué que le désir et l’enivrement étaient une question d’âge ? Comme aussi, au début du film lorsque Mahin (impeccable, grandiose Lili Farhadpour) reçoit chez elle des amies et toutes parlent de ces choses comme « les hommes » et « l’amour » avec une désinvolture inégalée.
On nous vous dira rien d’autre sur le déroulement du récit afin de ne pas gâcher les nombreuses surprises qui accompagnent cette histoire d’amour espéré et de désir volé par le temps.
Sommes-nous surpris de la fin dont il est question. Oui et non, selon notre idée du monde, de l’amour et de la politique ; oui, c’est bien cela, de la politique. Une conclusion en forme d’interrogation sur l’avenir d’un peuple qui a un grand besoin de changement.
Tout ce miracle arrive peut-être trop vite, le temps d’un transport en taxi vers la résidence de l’un d’eux. Elle ou lui, Faramarz (excellent Esmaeel Mehrabi, d’une tendresse peu ordinaire).
Mais devrait-on encore rappeler que le cinéma iranien est, depuis des décennies, l’un des plus beaux, honnêtes et courageux du monde. Un cinéma en constante revendication illustré par des métaphores formelles, des interprétations remarquables de comédiens et comédiennes accompli(es) puisque soutenant ces propositions et plus que tout, ramenant le commun des mortels à les suivre.
L’intellectualisme parfois, pour ne pas dire souvent, poussif des films occidentaux est mis au rancart au profit d’une quasi-tradition orale substituée en images en mouvement avec un parfum de réalisme irréprochable.
Il s’agit de cinéma-témoin, qui tout en dénigrant cette République islamiste d’Iran sans trop de dégâts – que d’aucuns osent encore défendre aujourd’hui, avec tout ce qui passe en ce moment – montre la digne résilience d’un peuple, dont les deux protagonistes, elle lui, au début de leurs 70 ans (dans le film), jeunes à l’époque du Shah d’Iran, se font, par leurs échanges de paroles, les dignes représentants qui croit encore à un nouveau destin.
Sommes-nous surpris de la fin dont il est question. Oui et non, selon notre idée du monde, de l’amour et de la politique ; oui, c’est bien cela, de la politique. Une conclusion en forme d’interrogation sur l’avenir d’un peuple qui a un grand besoin de changement.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Maryam Moghadam
Behtash Sameeha
Scénario : Maryam Moghadam, Behtash Sameeha. Direction photo : Mohamad Hadadi. Montage : Ata Mehrad, Behtash Saneeha. Musique : Henrik Nagy.
Genre(s)
Drame
Origine(s)
Allemagne / France
Iran / Suède
Année : 2023 – Durée : 1 h 37 min
Langue(s)
V.o. : farsi; s.-t.f.
Keyk-e mahbub man

Behtash Saneeha
& Maryam Moghadam
Dist. [ Contact ] @
K-Films Amérique
[ Totem Films ]
Diffusion @
Cinéma Beaubien
Cineplex
Classement
Visa GÉNÉRAL
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
