RÉSUMÉ SUCCINCT Un psychiatre américain ausculte les vingt-deux accusés au procès initial du tribunal international, à Nuremberg.
| CRITIQUE | Luc Chaput
★★★
En 1945, dans un train, dans l’Europe dévastée par la guerre, un passager tente d’intéresser une jeune femme assise en face de lui par un truc de magie. L’homme en question est un psychiatre américain mandaté pour dresser des portraits psychologiques des dirigeants de l’Allemagne nazie récemment vaincue qui seront bientôt jugés par le nouveau tribunal international. Celui-ci siège à Nuremberg, lieu de cérémonies dont Leni Riefenstahl a donné des comptes-rendus saisissants (Le Triomphe de la volonté / Triumph des Willens). Le scénario du réalisateur, naguère auteur de celui de Zodiacde David Fincher, emploie le livre de Jack El-Hai dont le titre The Nazi and the Psychiatrist résume bien ce long métrage.
Surtout, garder la tête haute en dépit des atrocités commises.
Combat en
champ clos
La reconstitution d’époque tournée en Hongrie semble exacte, portée par les couleurs sombres du directeur photo Dariusz Wolski. La mise en scène de James Vanderbilt réussit à rendre vivantes les monceaux d’informations inscrits dans les dialogues qui permettent aux non férus d’histoire d’être rapidement aux faits de ce procès transformateur. Le juge américain Robert Jackson, que Michael Shannon dépeint dans un mélange incandescent de volonté et de doute, en est le maître d’œuvre et le principal procureur. Russell Crowe rend avec une facilité déconcertante toutes les facettes de ce haut dirigeant suprêmement narcissique qu’est Herman Göring. Face à lui, Rami Malek joue sur une gamme plus courte pour faire de Douglas Kelley un médecin qui prend des décisions risquées pour se rapprocher de son patient.
La reconstitution d’époque tournée en Hongrie semble exacte, portée par les couleurs sombres du directeur photo Dariusz Wolski. La mise en scène de James Vanderbilt réussit à rendre vivantes les monceaux d’informations inscrits dans les dialogues qui permettent aux non férus d’histoire d’être rapidement aux faits de ce procès transformateur.
En dépit de certaines fortes scènes dont la présentation in situ des premières images des camps d’extermination devenues, pour certains, trop banales depuis, le traitement demeure trop prosaïque et reste bien en deçà du récent The Zone of Interest de Jonathan Glazer, sur la banalité du mal.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation James Vanderbilt
Scénario : James Vanderbilt; d’après le livre de Jack El-Hai, The Nazi and the Psychiatrist. Direction photo : Dariusz Wolski. Montage : Tom Eagles. Musique : Brian Tyler.
Genre(s) Drame judiciaire Origine(s) États-Unis Année : 2025 – Durée : 2 h 29 min Langue(s) V.o. : anglais, allemand; s.-t.f. Nuremberg
RÉSUMÉ SUCCINCT
Le parcours de Saad, un jeune marocain exilé au Québec, prêt à tout pour sauver l’homme qu’il aime, un réfugié iranien menacé d’être renvoyé dans son pays où une mort certaine l’attend.
| CRITIQUE | Élie Castiel
★★★
Grande renfort de pub pour la sortie du récent Léa Pool, un peu partout, y compris Film d’ouverture d’un certain festival annuel qui présente des films de la francophonie. Comme on dit dans le jargon du milieu, un film qu’on « attendait avec impatience » ; pour ce que le film a à dire sur les entrées clandestines au pays, sujet chaud depuis le début du siècle présent, mais aussi un film sur ce qu’on appelle dans plusieurs contrées du monde, ces « amours illégales », ou crimes de lèse-religion, finissant parfois par la peine de mort.
Deux sujets scénarisés par l’une des figures les plus marquantes de notre patrimoine théâtral. Et pour cause si on en juge les adaptations à l’écran du peu-compris et admirablement feutré Les feluettes, signé John Greyson, dont on attend Door Prize. Sortira-t’il en salle en fait ? – et Tom à la ferme, à l’écriture très réussie et à la réalisation exemplaire de Xavier Dolan, on s’attendait à quelque chose de sensationnel.
Cette fois-ci, Bouchard, seul, les doigts prêts sur son clavier, doit composer avec un nouvel objet scénaristique, un film-cinéma dont les enjeux sociaux, d’une importance pérenne, doivent être traités avec la plus grande prudence. Ce n’est pas du théâtre et il ne s’agit pas d’une scène, mais d’un écran.
Entre le
sociopolitique
et l’intime
Un récit touchant qui entrecroise, pas toujours harmonieusement, deux thèmes. D’une part, la clandestinité de Saad (d’origine marocaine) et de Reza (qui a fui précipitamment l’Iran), tous deux homosexuels, tous deux amoureux comme ça, au premier coup d’œil ; le second toujours bouleversé par l’assassinat de son amant en Iran qui arrivent clandestinement au port de Montréal… la suite, on peut la deviner… L’autre thème, une histoire d’amour. Trop rapide cependant et peu crédible, en particulier à ses débuts.
La situation sociale peu enviable des deux arrivants s’amalgame tant bien que mal à leur histoire d’amour, d’autant plus que Saad, qui vit avec l’attaché de presse de la ministre de l’immigration une relation amoureuse bien arrangée, pour… et vous devinez, le tout finit par éclater en morceaux.
Une idée de mise en scène qui procure des parallèles parfois invraisemblables, la mise en scène faisant des pieds et des mains pour que le tout soit d’une cohérence exemplaire et en fin de compte nous laisse sur notre faim. Faire des parallèles entre le passé (ailleurs) des deux amoureux, chacun dans leur coin de pays, n’est pas une mauvaise idée, mais dans ce cas-ci, perturbe une certaine continuité.
Ce moment, oublié des autres, demeure d’une sincérité absolue.
À la direction photo, Yves Bélanger procure des images magnifiques, notamment lorsqu’il filme ces deux (anti)héros du quotidien. C’est là où la caméra sert de « metteure » en scène, procurant au film une dose de poésie, à la fois lyrique et teintée de réalisme poignant. Caresses furtives des corps, face-à-face des plus significatifs et une volonté de dédramatiser le réel en le rendant documentaire, comme lorsque les deux amants sont arrêtés par la police du port de Montréal.
Les quelques séquences aux bureaux de l’immigration posent problème. Notamment en rapport aux questions posées, si proches de l’ordre de l’intime qu’on a du mal à le croire – Même la traductrice entre le farsi et le français montre sa gêne face aux réponses de Reza – est-elle choquée par l’ingérence du fonctionnaire en question ou encore par la « concupiscence » de l’orientation sexuelle du clandestin ?
Reste une dernière séquence, mais nous sommes à fin, d’une forte charge d’émotion – oui, elle pourrait vous émouvoir jusqu’aux larmes – tant par la tenue des personnages dont il est question que par la décision prise par la ministre de l’immigration.
Entre cette scène, magnifiquement réussie, et le reste du film, avec ses moments intenses par-ci, par-là, un décalage qui se fait sentir, une série de petits paradoxes et de moments de mise en scène bancale.
Et comme ça, au hasard des images, même les plus furtives, on n’oubliera pas de sitôt celle bouleversante et insupportable, en Iran, mais tournée au Maroc, à moins qu’il ne s’agisse d’un document pris par un téléphone portable caché. Celle de la pendaison en pleine place publique de deux sodomitesadultes accusés de s’être écartés de la religion et du contact social prescrit par la foi.
Verdict : On sera heureux n’est pas le meilleur film de Léa Pool, même si les intentions sont fort louables. À vouloir aborder deux thèmes, quand même liés l’un à l’autre dans leur socle commun de la clandestinité, le scénario finit par ne plus savoir quels chemins prendre pour arriver à ses fins.
Une mise en scène éclatée, chancelante parfois, mais une finale magnifiquement réussie qui fait oublier les failles qu’on constate un peu partout.
Pour Saad, qui finira par révéler son vrai nom… et plus tard, cette image de lui adolescent face à la mer, reprise faut-il ajouter, regardant d’une plage marocaine à l’horizon, une Europe si proche, à quelques minutes à peine en bateau (ou en embarcation), projette dans le même temps un présent déchirant et assure une certaine temporalité dans l’acte filmique.
Et comme ça, au hasard des images, même les plus furtives, on n’oubliera pas de sitôt celle bouleversante et insupportable, en Iran, mais tournée au Maroc, à moins qu’il ne s’agisse d’un document pris par un téléphone portable caché. Celle de la pendaison en pleine place publique de deux sodomites adultes accusés de s’être écartés de la religion et du contact social prescrit par la foi.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Léa Pool
Scénario : Michel Marc Bouchard. Direction photo : Yves Bélanger. Montage : Michel Arcand. Musique : Kyan Bayani.
RÉSUMÉ SUCCINCT
Rejeté par son clan, un jeune Predator (ou Prédateur) trouve un allié improbable dans sa quête de l’adversaire ultime.
| CRITIQUE | Élie Castiel
★★★
Kalisk
le
convoité
Une surprise dans le domaine de la science-fiction. On retrouve dans ce surprenant Predator: Badlands une accumulation d’enjeux narratifs et bien sûr formels, ceux-ci pliés néanmoins aux codes du genre, nonobstant que dans le domaine du montage, Stefan Grube et David Trachtenberg injectent de petites trouvailles pleines de bravoure, orchestrées par la direction photo de Jeff Cutter. On ratisse large sur cette volonté de plaire au plus grand nombre : Humour pince-sans rire d’une justesse imprévisible, vu la physicalité des deux héros en question, sentiments (humains) comme si le scénario se devait de miser juste face à la revendication du droit à l’inclusion, amitié naissante entre ennemis jurés, sens du devoir et de la responsabilité sociale et de l’esprit de famille.
Une gageure pleine de risques pour le scénariste Patric Aison (et bien entendu Trachtenberg responsable avec Aison du récit), mais ils réussissent par épater la galerie avec un enthousiasme qui se fait sentir tout au long du film.
Une entrée en matière assez longue montre les conflits d’une tribu de monstres, les Yautja, dont l’un des fils, Dek, semble avoir mal tourné, mais sauvé par son frère qui se sacrifie à sa place. Dek rejoint la planète Genna pour trouver, afin de rendre son père fier de lui, le célèbre monstre sanguinaire Kalisk. Sans vouloir tout dire, il est aussi question de Thia, une androïde, qui a perdu la moitié inférieure de son corps, et rêve de retrouver Tessa, sa sœur. Les deux personnages campés par une Elle Fanning qui semble bien s’amuser.
Le début d’une amitié naissante sous le signe de l’inclusion.
Un film de science-fiction qui se démarque de ceux qu’on voit d’habitude. Inusité, misant le tout pour le tout, les principaux acteurs de cette innovante proposition obsédés par une idée de départ qu’ils savent gagnante. Surtout, s’adressant non pas à un public cible, mais à des adultes normalement inspirés par les films plus engageants. C’est amusant, drôle quand il le faut, et surtout, chose rare, très engagé sur la notion de durée. Est-il nécessaire de dépasser deux heures de projection ? Ici, le film ne dure que 107 minutes ; suffisant pour raconter un récit de science-fiction où on ne lésine pas sur la beauté apocalyptique des images de ces univers parallèles.
Une gageure pleine de risques pour le scénariste Patric Aison (et bien entendu Trachtenberg responsable avec Aison du récit), mais ils réussissent par épater la galerie avec un enthousiasme qui se fait sentir tout au long du film.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Dan Trachtenberg
Scénario : Patrick Aison; d’après un récit de Dan Trachtenberg et Patrick Aison et des personnages créés par Jim Thomas et John Thomas. Direction photo : Jeff Cutter. Montage : Dan Trachtenberg, Stefan Grube. Musique : Sarah Schachner, Benjamin Eallfisch.
Genre(s) Aventures de science-fiction Origine(s) États-Unis Année : 2025 – Durée : 1 h 47 min Langue(s) V.o. : anglais & Version française Prédateur : Badlands
Dan Trachtenberg
Dist. Buena Vista Canada Contact [ 20th Century Studios ]