RÉSUMÉ SUCCINCT Lorsqu’un un policier et son fidèle compagnon de la brigade canine sont tous deux blessés en service, une opération chirurgicale aussi insensée que miraculeuse les lie à jamais et donne naissance à celui qu’on appellera désormais Dog Man.
RÉSUMÉ SUCCINCT Rio, 1971, sous la dictature militaire. Rubens, père de famille, est arrêté par des hommes du régime et disparaît sans laisser de traces. Sa femme Eunice et ses cinq enfants mèneront alors un combat acharné pour la recherche de la vérité.
COUP de ❤️ de la semaine
CRITIQUE Élie Castiel
★★★★½
Brésil,
mère
blafarde
Une chose est claire. Le récent film de Walter Salles serait-il une réponse aux partisans populistes de Bolsonaro et autres personnalités autocratiques du monde actuel ? Inutile d’aller plus loin.
La réponse est claire dans ce magnifique Ainda Estou Aqui, qui traduit dans nos deux langues officielles la même urgence de résistance face aux régimes réactionnaires, rétrogrades. Du coup, on se met à réfléchir sur ce qu’il se passe dans le climat politique mondial, non seulement en Occident, mais dans une planète devenue mondialisée, retournant dans un sytème abrutissant où ne règne que « l’ordre et la sécurité du monde », mode de vie social issu des classes conservatrices.
Comment réagir au récent film de Walter Salles, dont le sujet est tiré d’un livre relatant le récit bouleversant des Paiva durant la dictature brésilienne instaurée au début des années 1970. Non pas une question, mais un constat.
Le film est une leçon de mise en scène où l’horizontalité narrative affiche ouvertement ses lettres de noblesse, ne cédant pas aux caprices et afféteries que souvent un certain cinéma faussement avant-gardiste arbore sans crier gare.
En un tour de main, une première partie montre, dans un montage ultra-rapide, serré jusqu’à nous rendre quand même attentifs aux détails, au(x) quotidien(s) d’une famille brésilienne de la petite bourgeoisie. Les joies, les petites peines, les rencontres entre amis, autres membres de la famille élargie ; également (souvent, surtout) écouter les nouvelles à la télévision où les arrestations deviennent de plus en plus régulières.
Un regard qui annonce que rien ne sera plus le même
On pensera que des années auparavant et qui durera jusqu’en 1974, la Grèce aura connu le même sort avec l’instauration du régime des Colonels. Une fluctuation dangereuse de l’Histoire des régimes autocratiques.
C’est notamment dans sa mise en scène et dans le jeu des comédiens que le film de Salles doit l’immensité de son originalité. Une réalisation sincère, évitant particulièrement le pathos larmoyant qui, jusqu’à un certain point, rappelle l’émouvant La historia oficial (L’histoire officielle), 1985, le très beau film de l’Argentin Luis Puenzo avec les sublimes Norma Aleandro et Héctor Alterío. Mêmes sons de cloche dans une Amérique latine foudroyée régulièrement par les forces de l’autocratie ou, au contraire, des régimes de gauche fascistes. Une dénonciation, en fait, que le politique n’a pas encore trouvé sa voie dans un monde polarisant où la division est monnaie courante.
Walter Salles se relève ainsi des petites erreurs de mises en scène qu’il aurait pu commettre dans le passé en proposant ici une extraordinaire œuvre morale, forte, et particulièrement audible au monde d’aujourd’hui.
I’m Still Here / Je suis toujours là avance à petits pas en essayant d’écarter les obstacles. Par le courage, la résilience, la ténacité. L’arrestation aussi. Et c’est dans ces zones blafardes, sombres, discontinues que la grande actrice brésilienne Fernanda Torres pourvoie au personnage d’Eunice Paiva son allure, distinction, son raffinement, et dans le même temps, son courage d’âme, son stoïcisme guerrier et sa vaillance.
Walter Salles se relève ainsi des petites erreurs de mises en scène qu’il aurait pu commettre dans le passé en proposant ici une extraordinaire œuvre morale, forte, et particulièrement audible au monde d’aujourd’hui.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Walter Salles
Scénario : Walter Salles, Heitor Lorega; d’après le livre de Marcelo Rubens Paiva, Ainda Estou Aqui Direction photo : Adrian Teijido Montage : Affonso Gonçalvez Musique : Warren Ellis
Genre(s) Drame biographique Origine(s) Brésil / France Année : 2024 – Durée : 2 h 17 min Langue(s) V.o. : portugais; s.-t.a. / s.-t.f. Je suis toujours là
Ainda Estou Aqui
Walter Salles
Dist. [ Contact ] @ Métropole Films [ Mongrel Media ]
RÉSUMÉ SUCCINCT Images et dialogues de l’invasion russe de l’Ukraine.
CRITIQUE Luc Chaput
★★★½
Paysages
pendant
la bataille
Aux abords d’une route de campagne, une femme et ses deux enfants sont dans un petit parc. La mort les frappera-t-elle ?
Souvent, nous sommes submergés par les informations contradictoires glanées sur des sites ou des médias sérieux ayant trait à un évènement se déroulant à une vitesse grand V. La solution peut être de prendre un écart et d’attendre d’en connaître plus. Le cinéma documentaire offre à plus ou moins longue échéance la possibilité de revenir sur ces moments traumatisants ou bouleversants qui, par le fait de la vitesse présente des échanges, semblent se dérouler si près. Ce documentaire d’Oksana Karpovych, en associant deux dispositifs, rend plus direct le quotidien des Ukrainiens dont le pays est envahi par une armée russe remplie de conscrits servant de chair à canon.
Un effet probant de conflit armé.
La production a eu accès aux enregistrements, par les services secrets ukrainiens, de conversations téléphoniques, peut-on supposer sur cellulaires, de ces soldats avec leurs proches vivant à l’arrière. La teneur est tout d’abord banale, échanges sur la famille et les existences des uns et des autres. Des discussions sur le régime de Poutine et la pauvreté de ses habitants s’inscrivent en comparaison avec ce que les soldats ont vu, trouvé, volé et pillé. La cinématographie de Christopher Nunn, sur des routes vicinales, des artères plus importantes, présente les effets de la guerre avec ces immeubles en partie détruits, ces maisons quittées rapidement et ces véhicules militaires incendiés.
Pour cette approche complexe d’une guerre encore très actuelle, par le travail de son équipe dont la monteuse Charlotte Tourrès et la conception sonore d’Alex Lane, la cinéaste ukraino-québécoise Oksana Karpovych mérite tous les honneurs glanés par ce discours visuel sur les méfaits pernicieux de la désinformation.
La juxtaposition de ces dialogues souvent animés et de ces images amples et se déroulant le plus souvent lentement produit un effet de conflit interne. La haine inhérente aux propos des hommes et des femmes contre ces habitants d’outre-frontière sert de limon à une déshumanisation de l’autre qui mène jusqu’à la description dans un sadisme ordinaire d’actions horriblement répréhensibles. Des bribes de dialogue se retrouvent ainsi reliés à des passages ailleurs dans le filmage tels la séquence décrite en ouverture ou les tombes dans une forêt.
Pour cette approche complexe d’une guerre encore très actuelle, par le travail de son équipe dont la monteuse Charlotte Tourrès et la conception sonore d’Alex Lane, la cinéaste ukraino-québécoise Oksana Karpovych mérite tous les honneurs glanés par ce discours visuel sur les méfaits pernicieux de la désinformation.