Pleurs
@ Espace Libre
CRITIQUE
[ Scène ]
texte : Élie Castiel
★★★ ½
À bout
portant
À la toute fin, ce que l’on croyait être une rencontre avec le public (mais peut-être que nous avons tort de le croire) fait sans doute partie de cette pièce inusitée, instable. L’ensemble des comédiennes/comédiens sont assis devant le public et s’expriment sur l’ensemble de ce que nous avons vu auparavant, et très vite, le ton change comme si de rien n’était. Une façon comme une autre de dissuader le public, enthousiaste, du bien-fondé d’une entreprise subversive, du jamais-vu auparavant – ce n’est pas par hasard si c’est une production du Nouveau Théâtre Expérimental –, une nouvelle catégorie d’hybridité scénique fourre-tout qui a pour but de rendre la folie, l’absurde, le faux sans-fondement dans des situations hors du commun, une nouvelle identité comportementale.
Le thème choisi : la mort, les funérailles réinventées, revampées au goût du jour ou autrement dit, saisies par cette folie furieuse dont est atteinte notre civilisation occidentale, dans un monde libre, si libre qu’il donne cours à de multiples manifestations, parfois déséquilibrées, et pourtant, à voir de près, mais vraiment de très près, émettent néanmoins de petites touches d’émotion qu’il faut deviner, quitte à rendre nos facultés, jusqu’ici, bien ancrées dans notre conscient, plus ouvertes à d’autres interprétations.

Ne pas prendre les choses trop au sérieux.
Crédit : Marlène Gélineau Payette
Le titre de cette proposition : un simple vocable, Pleurs, signe on ne plus plus direct lorsqu’il s’agit de parler de funérailles. Au cours de ces 90 minutes que dure le spectacle, des comportements étranges, des gestuelles dont la sexualité se fait pressante et du coup, sans qu’on s’y attende, laisse la place à autre chose. C’est une pièce, autrement dit, sur le geste incomplet, inachevé, inabouti, sur la solitude de notre vécu quotidien qui emboîte le pas, certes docilement, à quelque chose d’inexplicable.
C’est au moment final que le public aura compris que l’expérience théâtrale, telle que le propose cette nouvelle génération de créateurs et de créatrices d’ici, est en quelque sorte le miroir sans tain, protégeant des regards indiscrets, d’une nouvelle société qui n’a rien à offrir. Pour survivre à cet abandon inattendu, seule la création subsiste, mais parfois comme une arme à double tranchant.
En fait, tous les interprètes et auteur(es) du texte se sont mis d’accord pour proposer une expérience unique en son genre dont la fébrilité et le non-sens de son exécution ne donne son plein sens qu’à la toute fin.
Une mise en scène intentionnellement, joyeusement déjantée, des interprétations volontairement chaotiques, des mises en situation surréalistes et frôlant « le théâtre de l’absurde » avec, en plus, ce déclic québécois qui se caractérise par une musicalité inexplicable et dans le même temps souveraine.
C’est au moment final que le public aura compris que l’expérience théâtrale, telle que le propose cette nouvelle génération de créateurs et de créatrices d’ici, est en quelque sorte le miroir sans tain, protégeant des regards indiscrets, d’une nouvelle société qui n’a rien à offrir. Pour survivre à cet abandon inattendu, seule la création subsiste, mais parfois comme une arme à double tranchant.
FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE
Mehdi Agnaou, Zoé Boudou
Anne-Sarah Charbonneau, Simon Duchesne
Fabrice Girard, Laurence Laprise
Caroline Somers
Mise en scène
Geneviève Labelle
Mélodie Noël Rousseau
Assistance à la mise en scène
Alexandra Sutto
Alexie Pommier
Scénographie : Nadine Jaafar
Conception sonore : Raphaël Léveillé
Costumes : Mathilde Donnard
Éclairages : Renaud Pettigrew
Vidéo : Joy Boissière
Production
Nouveau Théâtre Expérimental
Durée
1 h 30 min
[ Sans entracte ]
Public (suggéré)
Déconseillé aux moins de 16 ans
Diffusion & Billets @
Espace Libre
Jusqu’au 12 avril 2025
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]