Rencontres internationales du
documentaire de Montréal 2025
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
Luc Chaput
Temporalités
À un arrêt de bus déplacé à cause d’une populeuse manifestation sur une grande artère transversale, un cinéaste indien vivant en Pologne rencontre Oscar, un Rom polonais avec qui il fraternise. Cela amènera la visite dans une banlieue de la capitale. C’est pourtant à un portrait limité comme l’indique son titre, Letters from Wolf Street, qu’Arjun Talwar, filmant avec une petite caméra, détaille avec ses rencontres avec le postier du quartier, des voisins, une rencontre inopinée avec Mo Tan, une ancienne collègue étudiante en cinéma et un cinéaste ayant tourné il y a longtemps un documentaire sur un des immeubles de ce quartier central. Le résultat de ce film d’ouverture, par ailleurs présenté auparavant à la Berlinale, est plus intéressant par la diversité des rencontres que par le constat tant soit peu général sur la Pologne, terre d’accueil face à la Russie belligérante.

Letters from Wolf Street

Estados generales
Au Jardin botanique royal de Madrid, un duo compte les insectes capturés dans un grand filet autour d’un arbre majestueux. D’autres scientifiques essaient de cataloguer les contenus de boîtes ramenées naguère par une expédition en Amérique du Sud. L’un d’entre eux déclare que dans ces conditions d’entreposage, les graines ne devraient pas germer après tout ce temps. Dans Estados generales, l’artiste audiovisuel Mauricio Freyre se rend ensuite dans la région d’Ica dans son Pérou natal pour visiter une ancienne hacienda devenue hôtel luxueux dans lequel des touristes remarquent les installations réservées aux esclaves. Dans cette même région, une exploitation agro-industrielle aux installations hyper-mécanisées dotées de multiples caméras et écrans de contrôle prépare l’exportation d’une variété de fruits soumis à certains critères dont l’absence de pépins exigée par de nombreux clients. Cela entraîne l’emploi d’insecticides pour contrer les pollinisateurs devenus inutiles pour ces nouvelles souches. La caméra attentive de Marta Simões alliée au montage, par ce parcours entre archives spécialisées du pays colonisateur et labeur dans une colonie maintenant indépendante, rapproche ainsi les effets de la globalisation qui a pris de nouveaux atours bien loin du commerce triangulaire.

True North
En janvier 1969, l’université Sir George Williams à Montréal est le site d’une occupation de l’étage abritant les grands ordinateurs en réponse à l’inaction de l’administration face aux accusations de racisme portées contre un professeur. La cinéaste canadienne d’origine haïtienne Michèle Stephenson, pour se démarquer du pertinent documentaire Ninth Floor de Mina Shun d’il y a dix ans, replace cette action dans un regard critique sur le racisme ordinaire de la société canadienne. Le montage souvent rapide rapproche des émissions télé de débats avec des micros-trottoirs manquant de contextualisation. Le drame de l’expulsion d’Africville à Halifax est mieux expliqué. C’est pourtant dans le portrait plus complet de la pasionaria Brenda Dash décédée il y a plus d’un an que ce True North trouve son point central dans les conséquences multiples de cette émeute.

Liti Liti
Un cinéaste sénégalais se rend dans un faubourg excentrique de Dakar où vit sa mère pour prendre la mesure des changements que la construction d’un train rapide amène comme destruction et bouleversements dans la vie de Sokhna Ndiaye, cette femme qui fut longtemps activiste politique au niveau local. Mamadou Khouma Gueye, dans Liti Liti qui signifie attachement en wolof, déploie les fils de ce lien familial mais aussi de cette personne avec son lieu de résidence, d’amitiés, d’emplettes et de contacts multiples. Les bruits des marteaux-piqueurs détruisant des maisons construites sur de longues périodes sont reliés avec des plans d’une passerelle plus difficile d’accès pour plusieurs habitants. Celle-ci surplombe la tranchée de la nouvelle ligne et devient le symbole de cette fracture dans le lien social amenée par cette modernisation dans laquelle plusieurs se retrouvent jetés sur les bas-côtés.
Nous reviendrons lors de leurs sorties dans l’année qui vient spécialement en janvier et février sur d’autres films tels Chronique d’une ville, Mais où va-t-on coyote ? et le film de clôture Les Blues du Bleuet présentés dans ce festival qui a su se renouveler parmi cette avalanche de manifestations artistiques automnales.
