Soundtrack to a Coup d’Etat

 

RÉSUMÉ SUCCINCT
Quand jazz, guerre froide et décolonisation se rencontrent à l’occasion de la crise du Congo en 1961.

Le FILM
de la semaine

CRITIQUE
Luc Chaput

★★★★

Partitions

dissonantes

 

Nina Simone, au piano, entonne The Ballad of Hollis Brown, blues écrit par Bob Dylan et des séquences montrant les films de famille d’Andrée Blouin, collaboratrice de Lumumba, y répondent.

Patrice Lumumba, comme le modèle politique de son époque.

Le cinéaste belge Johan Grimonprez, intrigué par une intervention célèbre de Nikita Khrouchtchev à l’assemblée générale de l’ONU, a creusé la politique coloniale de son pays en Afrique spécialement au Congo alors belge et sa marche vers l’indépendance. La montée de ces mouvements de libération africains au début des années 60 est mis en parallèles visuel et sonore avec la diffusion de plus en plus grande de différentes formes de jazz. Le département d’État américain emploie ces musiciens et interprètes comme ambassadeurs culturels car le jazz est considéré par l’Union soviétique comme décadent.

Le long métrage revient sur la conférence de Bandung des non-alignés, sur l’importance de l’uranium du Katanga dans la construction des bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki dans un montage enlevé et précis de Rik Chaubet et un travail remarquable sur la bande-son par Ranko Pauković. On trouve d’ailleurs sur Internet la présentation des morceaux de musique du film en version complète pour renouer avec l’émotion suscitée par ces irruptions musicales qui enveloppent le déroulé chronologique de cette Crise du Congo.

Pour sa relecture complexe tressant deux fils conducteurs musical et factuel de cette période charnière d’il y a une soixantaine d’années, ce long métrage de deux heures et demie, qui nous interpelle directement aujourd’hui encore avec ce qui se passe dans cette région des Grands Lacs africains, mérite tous les honneurs qu’il a réussi à glaner.

Des personnalités comme Andrée Blouin reconquièrent ainsi leur place dans l’histoire universelle aux côtés de témoignages d’écrivains comme In Koli Jean Bofane, d’agents secrets, Larry Devlin ou de diplomates comme Conor Cruise O’Brien.

Des dépêches, extraits de rapports et autres textes sont aussi amenés à contribution à divers intervalles dans une typographie invitante pour décrire les tractations qui menèrent à la chute et à l’assassinat de Patrice Lumumba. L’aspect schizophrénique de ces tournées en Afrique de musiciens noirs américains dont les droits humains sont bafoués aux États-Unis culmine dans la tournée de Louis Armstrong au Congo-Kinshasa qui découvre après coup qu’il a servi de couverture à des actions funestes de la CIA.

Pour sa relecture complexe tressant deux fils conducteurs musical et factuel de cette période charnière d’il y a une soixantaine d’années, ce long métrage de deux heures et demie, qui nous interpelle directement aujourd’hui encore avec ce qui se passe dans cette région des Grands Lacs africains, mérite tous les honneurs qu’il a réussi à glaner.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Johan Grimonprez

Scénario : Johan Grimonprez – Dramaturgie : Daan Milius – Direction photo : Jonathan Wannyn. Montage : Rik Chaubet. Musique : Pièces tirées du répertoire jazz.

Genre(s)
Documentaire
Origine(s)
Belgique / France
Pays-Bas
Année : 2024 – Durée : 2 h 30 min
Langue(s)
V.o. : multilingue; s.-t.a. ou s.-t.f.
Bande-son pour un Coup d’État

Johan Grimonprez

Dist. [ Contact ] @
Enchanté Films
[ Mediawan Rights ]

Diffusion @
Cinémathèque québécoise

Classement
Visa GÉNÉRAL

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]