RÉSUMÉ SUCCINCT
Deux hommes obsédés par la conspiration kidnappent une grande PDG, convaincus qu’elle est un extraterrestre qui a l’intention de détruire la Terre.
RÉSUMÉ SUCCINCT. Trois récits : Un homme qui tente de prendre le contrôle de sa propre vie ; un policier inquiet parce que sa femme disparue en mer est de retour et qu’elle semble une personne différente ; une femme déterminée à trouver une personne bien précise dotée d’un pouvoir spécial.
CRITIQUE Élie Castiel
★★★ ½
De la servitude de
la cruauté humaine
« Aucune projection de presse, ni d’avant-première, ni de lien de visionnement disponible pour les médias montréalais. Totalement inadmissible de la part du distributeur. Pas d’autres commentaires de notre part, vous l’aurez compris. »
Mais bon, toujours est-il que Kinds of Kindness , pour ceux qui connaissent la filmographie du réalisateur grec, est le film qui se rapproche le plus de ses premières réalisations, Dogtooth (Kynodontas) et Alps (Alpeis), pour leur côté irrévérencieux, leur rapprochement avec un certain surréalisme voluptueux, la tendance à traiter de l’expérience de l’émotion avec un certain détachement, une tendance à désincarner des personnages pourtant en chair et en os.
Bien que ces Sortes de gentillesse ne soit pas du meilleur cru du réalisateur grec, célèbre aussi pour ses mises en scène souvent labyrinthiques, il n’en demeure pas moins qu’il suscite l’intérêt de ceux qui croient que les cinéastes peuvent se permettre de croire que tout leur est permis.
Trois récits de durées inégales, totalisant 164 minutes. Comme dénominateur commun à ce tryptique singulier, les initiales R. M. et F. qui reviennent à chacun des titres (portant des mots étranges, presque puérils) et qui pourraient représenter en quelque sorte l’idée principale du film, où, entre autre, le sang prend une place importante.
Un partage (dés)équilibré.
Réponse : Yorgos Lanthimos, serait-il misanthrope ? Tout y passe : rituels de groupes religieux, homosexualité (serait-il également homophobe ?), dangereux (trop d’accidents de la route), cannibalisme ; croit-il aux miracles, à la résurrection des morts (bien que… vous verrez dans le film). Enfin, tout un tas de questionnements qu’on peut se permettre de faire sur le fondement de sa proposition. Signalant, sur ce point, qu’il n’est pas surprenant que son compatriote Efthẏmis Filippou, fidèle dans plusieurs de ses films, participent pleinement ici.
Dans l’idée de Lanthimos, la nette conviction qu’il est convaincu que le cinéma est une activité personnelle, et qu’il est du ressort de l’imagination, pas une machine industrielle où seuls comptent les profits. Que le cinéma est quelque chose qui sort du vécu, de ce que la vie réserve, mais aussi de ce qu’elle aurait dû nous réserver.
Plus encore, un tour de magie, un spectacle de prestidigitation où toutes les invraisemblances ou joutes d’extravagance sont permises.
D’où la réalisation, issue de notre conscient, qu’il est question d’un film austère, dangereux, inquiétant, évoluant à travers les émotions, les mouvements provocateurs, les écarts dans certaines parties des dialogues, tout ce qui se démène à l’écran vu comme une série de pièces à convictions qui pourraient, d’une certaine façon, relier les trois parties.
Kinds of Kindness déconcerte, désoriente, nous met mal à l’aise, questionne la fonction même de l’acte cinématographique. Mais tout bien considéré, c’est tant mieux. Yorgos Lanthimos persiste et signe un cinéma de la dissemblance souveraine.
Réponse : aucune. À chacun de se faire sa propre idée. Mais pour parvenir à ces étranges débats surréalistes, un casting formidable : la nouvelle muse, bien sûr, Emma Stone, dans tous ses films post-grecs, William Dafoe qui peut se permettre de faire tout ce qui lui passe par la tête. Mais surtout, le gagnant du Prix du meilleur acteur au récent Cannes. Jesse Plemons, trois récits, trois visages, trois positionnements, un rapport entre lui et la caméra qui ne peut être perçu que comme un sorte de passion démesurée.
Kinds of Kindness déconcerte, désoriente, nous met mal à l’aise, questionne la fonction même de l’acte cinématographique. Mais tout bien considéré, c’est tant mieux. Yorgos Lanthimos persiste et signe un cinéma de la dissemblance souveraine.
RÉSUMÉ SUCCINCT. Une jeune femme, Bella, est ramenée à la vie par le brillant et peu orthodoxe Dr Godwin Baxter. Sous sa protection, elle a soif d’apprendre. Elle fera, entre autres, l’apprentissage de la sexualité, grâce à Duncan Wedderburn, un avocat habile et débauché.
Le FILM de la semaine
CRITIQUE Élie Castiel
★★★★
Voler
de ses
propresailes
Une folie, quelque chose qu’on ne pourrait pas imaginer venant de l’imaginaire de Yórgos Lánthimos : explorer l’univers de Frankenstein et ses velléités exploratrices, à sa façon. Quelque chose de l’ordre de la fantasmagorie, simplement d’un mirage qui va dans tous les sens et qui, par l’apport des interprétations d’un ensemble totalement convaincu par cette proposition troublante, troublée, émanant de l’irréel, soumet le spectateur à un voyage exceptionnellement baroque ou surréaliste.
Bella Baxter (excellente et diversifiée Emma Stone – qui, apparemment sera de la distribution dans le prochain Lánthimos, cette fois-ci tourné en Grèce – est cobaye de son propre père (enfin, père cette fois-ci, scientifique), lui-même une sorte d’objet mécanique (on n’a quoi voir son visage) qui carbure aux expériences qui dépassent tout ce qu’on ne peut imaginer.
Et pour le Grec Lánthimos, l’occasion d’avoir ressources aux anachronismes, aux prises de position subversives, aux troublantes correspondances aussi bien physiques que psychiques entre les principaux intéressés. Et pourtant, d’une façon ou d’une autre, l’amour se faufile à l’horizon. Effectivement, il est question de cette sensation qui ne s’explique pas dans ce film hybride, fou, colérique et quasi prétentieux.
Une filiation aussi imprudente que dévouée.
Lánthimos s’en défend tout simplement en assumant cette particularité. Il dessine à gros traits certaines situations, se permet de faux pas qu’il ne rejette pas, trouvant en ces maladresses, voire même imprudences, des codes relatifs au jeu. Car c’est à l’idée du délassement intempestif, rebelle, délinquent, mal-élevé que se dessinent les grandes lignes de ces Pauvres créatures (titre français) et dont la sexualité est le divertissement le plus important, notamment dans le cas de Bella, celle qui renaît grâce aux tentatives réalisées par son (néo)père – comme toujours, impeccable Willem Dafoe qui a l’habitude de se faufiler avec aplomb dans tous les rôles qu’on lui propose. La sculpturale beauté (re)découvre la vie, comme s’il s’agissait d’une nouvelle naissance.
Mais dans son périple plutôt insistant, c’est à un discours de la morale féminine (non pas féministe) de la sexualité qu’on assiste. L’homme (très bon Mark Ruffalo) en question n’est plus le séducteur qu’on a toujours connu, mais celui qui, à un moment, ne peut plus ou moins assumer (vous l’aurez compris) ses penchants naturels. Dans ce renversement des rôles prescrits par une certaine (im)moralité patriarcale et misogyne (la femme, uniquement objet du désir), Yorgos Lanthimos se fait lui-même, pour d’aucuns, l’avocat du diable.
On pourrait dire qu’il s’agit d’une exploration dans le domaine de l’ethnologie de l’espèce. Rien de moins que cela. Le XIXe siècle tente de séduire le XXe, et vice-versa. Ce n’est pas très précis, mais à bien observer, c’est là, comme si, du coup, le cinéaste se livrait à un sorte de topo visuel sur la temporalité et son effet sur le for intérieur de notre charpente corporelle.
Érotique pour les bonnes raisons, discursif pour l’effet qu’il produit sur le « regard » et tout particulièrement, sur l’humour vitriolique qu’il porte sur la condition humaine.
Le noir et blanc cède son statut noble à la couleur. La couleur emboîte le pas au noir et blanc. Ses deux supports chromatiques participent de ce jeu de rapports de forces entre le désiré et le soumis. En attendant, le côté scientifique de l’entreprise se normalise, devenant un nouvel ordre moral dans le domaine du comportement. La fiction n’est plus de l’apparat de la fantaisie ou, selon le cas, du fantasme, même fantastique, mais s’immisce dans la vraie fiction.
Pour Yorgos Lanthimos, en comparaison à ses œuvres précédentes, y compris les grecques, ce film ressemble à une « parenthèse enchantée » avec toutes ses dérives, ses failles volontaires, ses discours sur l’état du monde, ancien, présent et futur et, mine de rien, sur le caractère ambivalent, cruel, romantique, sensuel et érotique de la charpente humaine.
On pourrait dire qu’il s’agit d’une exploration dans le domaine de l’ethnologie de l’espèce. Rien de moins que cela. Le XIXe siècle tente de séduire le XXe, et vice-versa. Ce n’est pas très précis, mais à bien observer, c’est là, comme si, du coup, le cinéaste se livrait à un sorte de topo visuel sur la temporalité et son effet sur le for intérieur de notre charpente corporelle.
Érotique pour les bonnes raisons, discursif pour l’effet qu’il produit sur le « regard » et tout particulièrement, sur l’humour vitriolique qu’il porte sur la condition humaine.