To a Land Unknown
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 25 juillet 2025
Chatila et Reda sont deux cousins palestiniens réfugiés à Athènes. Ensemble, ils multiplient les combines pour rassembler une importante somme qui leur permettra d’acquérir de faux passeports, sésame vers l’Allemagne où ils rêvent de pouvoir enfin construire leur vie.
COUP de ❤️
de la semaine
CRITIQUE
texte
Élie Castiel
★★★★ ½
Les ailleurs
indiciblement
incertains
« In a way, it’s sort of the fate of Palestinians, not to end up where they started, but somewhere unexpected and far away. » Edward Said
T.L : D’une certaine façon, le sort des Palestiniens est en quelque sorte celui de ne pas finir là où ils ont commencé, mais dans un endroit inopiné et de bien loin.
Ce carton d’entrée en matière du film est pris d’une pensée du théoricien, activiste et critique américano-palestinien ; il explique de façon vertigineuse la trajectoire d’une mise en scène propulsée par le destin d’un exil auto-imposé.
Ce n’est pas surprenant que le film se passe à Athènes, en Grèce, lieu depuis quelque temps de ces migrants, passage obligé de ceux qui rêvent d’un Occident libre de toutes contraintes sociales ou politiques, à l’inverse de ces territoires géographiques laissés derrière soi, car atteints de corruption, d’injustice, de désordre, de pauvreté endémique ou de quoi d’autre que d’un conflit territorial qui s’éternise.
Le Dano-Palestinien Mahdi Fleifel est de ceux-là, issu du traumatisme de ses origines. De guerres incessantes, de frontières imposées, de check points (terme plus fort que points de contrôle) vertigineux. Dû, bien sûr, à un conflit ayant généré des attaques terroristes d’un côté et des défensives de l’autre, chacun soutenant sa cause alors que des accords par-ci, par-là échouent constamment, sabotés par l’une ou l’autre partie qui s’opposent depuis de longues décennies.

Au hasard des rencontres, un rappel de ce qu’on a laissé derrière soi.
Chatila (excellent Mahmood Bakri), au prénom prédestiné, et son cousin Reda (Aram Sabbah, lui aussi Palestinien – brillant dans sa timidité et débrouillardise) ont quitté la Palestine, atteignent un camp de réfugiés libanais, pour se retrouver ensuite à Athènes. Ils se débrouillent, vivent de menues combines, rencontrent un jeune adolescent futé et astucieux qui n’a personne sur qui compter. Amitié, complicité, tendresse ordinaire. Pour de l’argent, Reda, par ailleurs, vend son corps aux hommes esseulés d’un certain âge, ce qui ne semble pas trop gêner Chatila – sans doute qu’il devine sa possible homosexualité. Outre, rencontre avec des trafiquants peu recommandables, eux aussi issus de l’exil et qui ont trouvé dans la ville emblématique le moyen de faire du commerce illégal. Le cinéaste n’est pas tendre à ce sujet, rendant la fiction encore plus réaliste.
Finalement, un récit presque d’aventures urbaines dans une capitale grecque qui n’a rien d’une carte postale, en proie à l’apport de nouvelles identités causé par les sursauts sinueux de l’Histoire. Une Athènes marginale même dans sa caresse du microcosme qu’elle accueille, celle des laissés-pour-compte. Le but initial des deux cousins : partir pour l’Allemagne. Le nouvel Eden occidental.
Bien plus que film activiste, Mahdi Fleifel a tenu à faire une œuvre humaniste, un projet qui sans doute lui tenait à cœur, mais plus que tout participer de cette pulsion exigeante dans un premier long métrage de fiction tout aussi impératif, poétique que humainement palpitant. Désormais, le cinéma peut compter sur un cinéaste important de plus.
Qu’importe les autres éléments narratifs de ce récit. La mise en scène de Fleifel rompt avec les images propulsées par les médias traditionnels, les réseaux sociaux et toutes ces interventions légitimes ou pas. Le moment, le présent, le quotidien, seuls comptent ces paradigmes du récit dont on entend peu parler ; plutôt objectiver le jour au jour, l’apprivoiser au profit d’un but à suivre. Fleifel, adroitement, dénonce l’infox, préfère un regard sincère, propice à pousser le spectateur à voir dans son for intérieur des images et des idées (oui, c’est bien ça, des idées) sur le problème dont il est question et que le film, intentionnellement, ne montre pas.
Pour mettre en évidence cette fascinante quotidienneté, la caméra du Grec Thodoris Mihopoulos traverse les rues étroites, les recoins emmurés, et comme par petit miracle, car ils existent même dans la gravité, une voix qui sait entendre et fait semblant d’aimer, à sa façon – la prestance de Angeliki Papoulia, qu’on a vu dans le très bon Dogtooth (Canine / Kynodontas), le bel essai surréaliste de Yorgos Lanthimos, se charge de ces quelques rares moments de soleil vite expédiés.
Bien plus que film activiste, Mahdi Fleifel a tenu à faire une œuvre humaniste, un projet qui sans doute lui tenait à cœur, mais plus que tout participer de cette pulsion exigeante dans un premier long métrage de fiction tout aussi impératif, poétique que humainement palpitant. Désormais, le cinéma peut compter sur un cinéaste important de plus.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Mahdi Fleifel
Scénario : Mahdi Fleifel, Fyzal Boulifa, Jason McGolgan. Direction photo : Thodoros Miholopoulos. Montage : Halimi Sabbagh. Musique : Nadah El Shasly.
Genre(s)
Drame
Origine(s)
Grande-Bretagne / Grèce
Danemark / Pays-Bas
France / Allemagne
Arabie saoudite / Qatar
Territoires palestiniens
Année : 2024 – Durée : 1 h 46 min
Langue(s)
V.o. : arabe; anglais; s.-t.f. / s.-t.a.
Vers un pays inconnu
Iilaa Dawlat majhulatan

Mahdi Fleifel
Dist. [ Contact ] @
Watermelon Pictures
[ Nakba Filmworks]
Diffusion @
Cinéma Beaubien
Cinéma du Parc
Cinémathèque québécoise
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
