Un simple accident

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 24 octobre 2025

RÉSUMÉ SUCCINCT
Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe.

COUP de ❤️
de la semaine

ANGLE
| CRITIQUE |

Élie Castiel

★ ★ ★ ★ ½

Bande

à part

 

Iran : un régime politique totalitaire ; nous le savons. Et pourtant, des cinéastes engagés qui tournent les films parmi les plus importants du monde. Depuis toujours, depuis que le cinéma iranien est entré dans la légende, comme un certain cinéma asiatique, par exemple.

Une Palme d’Or bien méritée au dernier Festival de Cannes, « le » festival des festivals, pour Un simple accident.

C’est comme si l’auteur de No Bears (Aucun ours / Khers nist) s’avouait vaincu par un cinéma audacieusement plus traditionnel.

Car il faut l’avouer, ce dernier petit-grand chef-d’œuvre opte pour le réalisme concret, brut, là où l’irrationalité rejoint la fiction dans un parfait tour de passe-passe.

Pourtant, dans ce cas-ci, on assiste, du moins on se l’imagine, à une sorte de nouvelle voie dans le cinéma de Jafar Panahi. Moins métaphorique, symbolique, dépourvu sans aucun doute d’autoréflexion, de détours malicieux, de sauf-conduits qu’on crée de toute pièce pour échapper à la censure ou au simplement refus de tourner.

Le film a été tourné en Iran malgré tout, dans toute la clandestinité, du moins c’est ce qu’on dit. Mais quelque chose nous laisse croire que les dirigeants étaient au courant, mais ont fermé les yeux, conscients que les films iraniens connaissent une notoriété dans tous les pays du monde, même ennemis, et que cela est une atout majeur pour la culture du pays. C’est du moins ce que nous supposons.

Un scénario digne de thriller/drame psychologique/film de vengeance et autres récits connexes. Mais entre les mains de Panahi, une idée du cinéma, un rapport au plan, au cadrage ; comme souvent, le ratio d’image 1.85 : 1, est utilisé comme pour soutenir l’engrenage dont il est question, l’emprisonnement des idées, peut-être déformées par ces individus formant une bande à part à la recherche d’un coupable.

Les forces de « l’ordre » et les arrangements possibles.

Et voilà que nous prenons conscience que le cinéaste ne peut se résoudre à éviter la métaphore politique. Mais ici, un miracle s’accomplit, les langues se délient, les arguments sont délibérément et directement prononcés – on est quand même en plein lieu désertique où tout peut se passer et tout se dire.

Venant de Panahi, un humour particulier, sournois, sarcastique, d’un cynisme qu’on applaudit ; du coup, il serait prêt à toutes les éventualités pour arriver à soutenir sa thèse selon ses propres principes. Nul doute que Jafar Panahi ne peut échapper au film discursif, mais où dans le même temps, les personnages, comme pris par un élan de réaction intuitive, de par leurs classes sociales ou encore tradition culturelle, ne voient d’autres issues que de réagir abruptement. En quelques mots, « avoir le cran » de reprendre le dessus, quelle que soit la forme engagée.

Si le film débute par un plan-séquence magistral d’une simplicité bouleversante, l’écrasement d’un chien en pleine route, le titre du film renvoit plus tard à un acte, ou des actes, commis au cours du récit et qui rejoignent inlassablement la séquence initiale avec une volonté de continuité exemplaire, comme un autre « simple accident ».

[ … ] ce plan final, inoubliable, hallucinant, sensible et émouvant, tranchant avec nos superficielles présomptions. Panahi, dans toute sa logique, ne fait que répéter que cela n’a guère d’importance. Puisqu’au fond…

C’est ainsi qu’est fait le cinéma de Jafar Panahi. Montrer quoi qu’il en coûte les répercussions d’un régime corrompu sur la vie des gens ordinaires et bien entendu, des intellectuels. Ces mêmes protagonistes, eux et elles aussi, s’organisent clandestinement selon leurs convictions.

Véritable ‘Theo Angelopoulos’ du cinéma iranien, mais avec plus d’entrain, Panahi persiste et signe un film qui s’ajoute à une œuvre d’une humanité explosive, déconcertante, mais empreinte dans le même temps d’une puissante valeur morale et de candeur d’âme d’une fraîcheur absolue.

Digne de mention, aucune bande sonore dans ce film, simplement un magnifique travail au son, briguant le réalisme vorace de la ville et le bruit allégorique et imagé du silence des lieux désertiques.

Comme ce plan final, inoubliable, hallucinant, sensible et émouvant, tranchant avec nos superficielles présomptions. Panahi, dans toute sa logique, ne fait que répéter que cela n’a guère d’importance. Puisqu’au fond…

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Jafar Panahi

Scénario : Jafar Panahi. Direction photo : Amin Jafari. Montage : Amir Etminan. Son : Valérie Deloof, Reza Heidari, Nicolas Leroy.

Genre(s)
Drame
Origine(s)
France / Iran
Luxembourg
Année : 2025 – Durée : 1 h 45 min
Langue(s)
V.o. : farsi; s.-t.f. & s.-t.a.
It Was Just an Accident
Yek tasadof-e sadeh

Jafar Panahi

Dist. @
Entract Films
Contact @
[ Elevation Pictures ]

Diffusion @
Cinéma Beaubien
Cinéma du Parc
Cineplex

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]