Yunan
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 16 janvier 2026
RÉSUMÉ SUCCINCT
Après avoir obtenu l’asile en Allemagne, Munir, un célèbre auteur arabe, n’est pas autorisé à rentrer chez lui. Fatigué et aigri de sa vie en exil, il part à la recherche d’un endroit où se suicider. Il arrive sur une île isolée au bout de la mer du Nord où Valeska, une femme âgée qui l’héberge, reconnaît rapidement ses tendances suicidaires.
Le FILM
| de la semaine |
ANGLE
| CRITIQUE |
Pascal Grenier
★★★★
Le vent
nous
emportera
Avec Yunan, Ameer Fakher Eldin confirme qu’il n’est pas qu’une promesse du cinéma d’auteur européen, mais déjà un cinéaste habité, attentif aux silences, aux paysages et aux fractures intimes. Né en Ukraine de parents syriens et établi en Allemagne, Eldin porte en lui un déracinement multiple qui irrigue chaque plan de ce second long métrage impressionnant, à la fois méditation existentielle et parabole discrète sur l’exil, la peur de l’autre et la possibilité fragile de la réconciliation avec soi-même.
Le film s’articule autour de Mounir, incarné avec une sobriété bouleversante par Georges Khabbaz. Dès les premières images, le personnage semble au bord du gouffre, à bout de souffle et écrasé par un poids intérieur que le film ne cherche jamais à expliciter frontalement. Son voyage vers une île isolée au large de l’Allemagne prend rapidement les allures d’un pèlerinage intérieur, presque d’un dernier recours. Eldin filme cette traversée avec une patience rare, laissant les paysages parler autant que les visages. Il y a, dans cette manière de cadrer les horizons brumeux, les routes désertes et les étendues d’eau, un héritage évident de Theo Angelopoulos : un cinéma où l’espace devient mémoire, où chaque déplacement est aussi un déplacement de l’âme.
Hanté par une énigmatique histoire racontée par sa mère — une parabole qui agit comme une ritournelle intérieure — Mounir trouve refuge sur cette île battue par les vents. Là, dans un décor presque hors du temps, il croise Valeska, interprétée par une Hanna Schygulla toujours aussi magnétique, lumineuse et d’une présence désarmante à 82 ans.

La métaphore biblique de la baleine.
Leur rencontre, ainsi que celle avec le fils de Valeska, se déploie dans une économie de mots remarquable. Eldin préfère les gestes simples, les regards, les silences partagés. Et c’est précisément dans cette retenue que le film touche juste.
Yunan observe avec une grande délicatesse la méfiance initiale envers l’étranger, cette peur sourde qui s’installe avant même toute parole. Mais loin du discours appuyé ou démonstratif, le cinéaste montre comment de simples actes de bonté (un repas partagé, une aide discrète, une présence attentive, la musique) suffisent parfois à fissurer les murs les plus épais. Peu à peu, le fardeau de Mounir s’allège, et avec lui renaît un désir de vivre qu’on croyait éteint.
Au final, Yunan s’impose comme un film d’une grande maturité, lent, austère parfois, mais profondément humain. Une œuvre qui invite à la contemplation et rappelle, avec une douceur grave, que l’hospitalité et la bienveillance restent peut-être nos derniers refuges.
La tempête qui fait rage à l’extérieur agit alors comme un miroir de la tourmente intérieure du personnage. Le jeune cinéaste trouve dans ce chaos naturel une forme paradoxale de salut car c’est au cœur du tumulte que Mounir accède à une paix intérieure longtemps refusée. Le film atteint ici une puissance contemplative rare, sans jamais tomber dans le mysticisme facile.
Clin d’œil assumé au cinéma de Béla Tarr, Yunan convoque même, le temps d’une image saisissante, le souvenir des Harmonies Werckmeister à travers la vision d’une baleine échouée, apparition à la fois concrète et métaphorique, suspendue entre l’absurde et le sacré. Au final, Yunan s’impose comme un film d’une grande maturité, lent, austère parfois, mais profondément humain. Une œuvre qui invite à la contemplation et rappelle, avec une douceur grave, que l’hospitalité et la bienveillance restent peut-être nos derniers refuges.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Ameer Fakher Eldin
Scénario : Ameer Fakher Eldin. Direction photo : Ronald Plante. Montage : Ameer Fakher Eldin. Musique : Suad Bushnaq.
Genre(s)
Drame psychologique
Origine(s)
Allemagne / Canada
Italie / Palestine
Qatar / Jordanie
Année : 2025 – Durée : 2 h 05 min
Langue(s)
V.o. : multilingue; s.-t.f.
Yunus

Ameer Fakher Eldin
Dist.
Filmoption International
Contact & Prod.
[ Microclimat Films, Red Balloon Films, Intramovies ]
Diffusion
Cinémathèque québécoise
Classement
Visa GÉNÉRAL
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
