Circo
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 11 juillet 2025
À Rio de Janeiro, Richard rêve de briller dans les plus grands chapiteaux du monde. Le jour où l’artiste de 20 ans est mis à la porte par sa mère adoptive, sa vie bascule.
Le Film
de la semaine
CRITIQUE
Élie Castiel
★★★★
La débrouille

Rêvant à devenir artiste circassien d’une petite troupe dans le milieu des favelas de Rio de Janeiro est l’une des pistes de solution pour Richard. Pour s’en sortir, pour que finalement, ce saut dans le vide puisse se solder à son avantage.
Il ne cache pas son identité LGBTQ, s’associe à des drags queens qui, elles, pratiquent déjà leur « métier », plus ou moins dans la légalité, traîne sa sœur un peu partout ; tous les deux semblent avoir de l’attraction pour les mêmes hommes. Sa sœur, en fait, le comprend totalement et partage ce rapport fusionnel.
Une fiction ? Non pas vraiment, puisqu’entre les mains de Lamia Chraibi, réalisatrice franco-marocaine, la mise en scène n’est plus identifiée par des codes rigides, mais au contraire, subit une cure de rajeunissement qui se traduit par une liberté de ton, de rythme, de propositions narratives issus du drame, de la comédie camp, du cinéma direct né des grands maîtres, sans doute latino-américains, un mélange, osons le dire, digeste, se voulant au goût du jour, alors que les images en mouvement, si totales, si nombreuses, certaines, ces derniers temps infox, la majorité en temps réel qui nous parviennent continuellement, malgré notre lassitude, finissent par nous aveugler à chaque coup.
C’est sûrement parce que nous voulons tout savoir sur la situation des enjeux sociaux et politiques qui changent nos vies constamment. On suit ou on fait semblant de s’en ficher.

Éviter surtout toute tendance hétéronormative patriarcale.
Chraibi opère autrement. Elle aime le calme et la volupté de l’image naturelle. Le titre du film est générique en soi, Circo ou le cirque de la vie, le brouhaha intempestif qui secoue la société. Tourner dans le milieu des favelas – qui soit dit en passant, semble à peine changées de celle d’un certain Orfeu Negro de Marcel Camus (Palme d’Or à Cannes en 1959) ou d’autres productions plus contemporaines que nous vous suggérons de chercher sur le Web.
Établir un milieu de vie pour parler de la différence, la sociale, la sexuelle, l’individuelle, la familiale ; centrer la marginalité non pas comme une cause à juger, mais à défendre pour la réhabiliter. N’est-ce pas après tout le but de Richard, acteur documentaire (Richard Gomes Estrela) immense, homosexuel lorsque ça lui tente, fier, exhibant son corps circassien dans l’une des séquences les plus admirables prise par la caméra à la fois intrusive et distanciée de Marcel Mueller, un moment de cirque qui partage justement ce sentiment d’appartenance difficile à exprimer autre que par des mots.
Quant à Richard, sujet de toutes les passions et les antagonismes, selon, cette quête identitaire autant sexuelle que sociale s’inscrit dans un passage à l’acte de la débrouille, courageuse, risquée, décomplexée ; en quelque sorte, non seulement pour s’en sortir, mais surtout pour simplement exister.
C’est en quelque sorte de quoi il s’agit dans le long métrage documentaire de Lamia Chraibi. Quelque chose de foncièrement remarquable dans sa démarche multiforme, consciente que cette conception particulière qu’elle assume avec la plus grande humilité pourrait décontenancer d’aucuns.
Durant la projection de presse, je me suis constamment demandé si les origines marocaines de la cinéaste avaient quelque chose à voir avec autant la proposition, la mise en images et la réalisation. Mes propres (mêmes) origines me permettent de constater qu’on retrouve chez elle cette admiration pour le naturel, le refus de la frime gratuite et l’idée qu’on se dirige vers un but, quitte à se casser la gueule – quant à l’homosexualité libérée, vécue ouvertement, disons néanmoins que… même si… – il y aussi, dans Circo, cette habileté maghrébine (notamment au Maroc) à transcender le monde des apparences en lui infligeant, justement, une liberté souveraine.
Quant à Richard, sujet de toutes les passions et les antagonismes, selon, cette quête identitaire autant sexuelle que sociale s’inscrit dans un passage à l’acte de la débrouille, courageuse, risquée, décomplexée ; en quelque sorte, non seulement pour s’en sortir, mais surtout pour simplement exister.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Lamia Chraibi
Scénario : Lamia Chraibi, Yza Nouiga. Direction photo : Marcel Mueller. Montage : René Roberge. Conception sonore : Olivier Calvert.
Genre(s)
Documentaire
Origine(s)
Canada [Québec]
Année : 2023 – Durée : 1 h 27 min
Langue(s)
V.o. : portugais; s.-t.f.
Circo

Lamia Chraibi
Dist. [ Contact ] @
Les Films du 3 mars
[ Productions Leitmotiv inc. ]
Diffusion @
Cinéma Beaubien
Cinéma Beaubien
Classement
GÉNÉRAL
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
