Le Point |.| 35
du Ven 29 août au Jeu 4 sept 2025
Changer
de registre
Autrement dit, pour ces quelques cinéastes-auteurs, muer vers une approche du cinéma qu’ils n’ont jamais envisagée jusqu’ici. Provisoirement, faut-il souhaiter, à moins que cet exercice leur soit lucratif. Ils ne sont pas nombreux, mais impossible de ne pas les remarquer.
Dans le cas de Darren Aronofsky, connu particulièrement pour ses contorsions narratives qui ont fait la joie de nombreux partisans, le nouveau film Caught Stealing (voir ici) qui prend l’affiche cette semaine, une fuite en avant dans le cinéma grand public, dont le but nous paraît insondable.
Pour le simple plaisir, comme une pause bien méritée, pour se faire une autre personnalité, provoquer narquoisement les adeptes inconditionnels de son cinéma des premiers temps, les dérouter. Toutes ces charges, plus proches d’une prise de position que d’une proposition comme dans le passé, comme on dit souvent dans le jargon du cinéma d’auteur.
Et pourquoi pas ? Simple question qui restera sans doute sans réponse.
Mais cela ne nous empêche guère de théoriser. N’est-ce pas dû aussi à la montée de nouvelles générations qui petit à petit prennent la voie de la grande toile blanche, délaissant de temps en temps la mollesse passive de l’écran d’ordinateur, essayant de trouver une sorte de rapport social en partageant les images et notamment les sensations avec un public ? L’évènement annuel cinématographique montréalais Fantasia en est l’exemple le plus percutant .
Les producteurs, distributeurs et bien sûr exploitants trouvent en cela une opportunité de créer un nouveau public, remplir les coffres et trouver un moyen de vivre décemment dans l’industrie.
Vu la crise traversée à Hollywood ces derniers temps (évitons la liste d’épicerie), une façon comme une autre de pouvoir également poursuivre dans ce métier. Compromis ? Trahison temporaire ? Notre Aronofsky n’est pas le seul. Il y a eu Coen (Ethan) sans sans frère, qui s’essaie dans le queer-lesbien avec Honey, Don’t!, à l’affiche, que nous avons décidé de ne pas couvrir (non, pas par préjugé), approche d’ailleurs amorcée auparavant avec Drive-Away Dolls (voir ici) ; et bientôt, d’après la tenue de la bande-annonce et les quelques rares échos, le nouveau Paul Thomas Anderson qui avec One Battle After Another, nous fera languir de son magnifique There Will Be Blood (2007). Que le temps passe vite !
[ … ] pour certains puristes de la première heure, la nostalgie du cinéma d’auteur dans sa forme originale sera toujours ce qu’elle était, pérenne, certes, mais animée parfois de mauvaises intentions.
Une petite parenthèse : mêmes les acteurs et les comédiennes sont passés par là, voguant d’un cinéma d’auteur à un divertissement grand public. Et puis quoi ? Parions que cette nouvelle tendance se maintiendra au grand dam de certains, mais au plaisir sans doute de la majorité. Qui va se plaindre ? Mais pour ceux-ci, c’est une mince question de courses aux contrats, parfois rares. On les comprend.
Rappelant quand même qu’il y a longtemps, certains réalisateurs comme Claude Lelouch ou encore Cédric Klapisch ont tenté l’aventure risquée de ses allées et venues entre une approche et l’autre sans trop d’égratignures, notamment dans le cas du second, dont on verra bientôt La venue de l’avenir, que nous couvrirons dans nos pages.
Néanmoins, pour certains puristes de la première heure, la nostalgie du cinéma d’auteur dans sa forme originale sera toujours ce qu’elle était, pérenne, certes, mais animée parfois de mauvaises intentions.
Élie Castiel
Rédacteur en chef
