Festival international
des films sur l’art 2026

ÉVÈNEMENT
Cinéma ]

Luc Chaput

 

Avec en ouverture Mon amour. C’est pour le restant de mes jours d’André-Line Beauparlant, sur Robert Morin et le couple qu’elle forme avec lui depuis environ 30 ans, et qui sera l’objet d’un article lors de sa prochaine sortie, le 44e FIFA a confirmé sa place dans la myriade de ses confrères montréalais et internationaux.

 

Le temps

qui passe

 

À Mabou, dans l’île du Cap Breton en Nouvelle-Écosse, vécurent une partie de l’année pendant près de cinquante ans, les artistes Robert Frank et June Leaf. Ils étaient considérés comme des voisins normaux dans ce petit village côtier comme l’indique le début du titre du long métrage Another Light on the Road : Robert Frank and June Leaf’s Canadian Home. En 2021, deux ans après la mort de Robert, les réalisateurs Katrina Whalen et John Parlante filment à l’intérieur de la maison des rencontres entre la veuve et des villageois qui égrènent, avec la sculptrice encore en forme malgré son âge avancé, de manière discontinue des anecdotes sur leurs existences parallèles et leurs rencontres lors de diverses activités. Robert Frank, reconnu comme photographe (The Americans) avant de devenir un cinéaste apprécié (Me and My Brother, Candy Mountain), apparaît également à l’écoute de ses semblables et donc peu différent de ses films. Le montage de ces échanges et des archives photo, audio, filmiques sur les deux personnalités garde un côté brut qui sied à cette incursion.

 Another Light on the Road:
Robert Frank and June Leaf’s Canadian Home

La Marsella de los borrachos

En 1961, Cantacronache, un collectif italien de recherche ethnographique se rend clandestinement dans l’Espagne franquiste pour enregistrer les musiques et chansons de résistance qui perdurent dans les milieux de gauche issus des combattants de la Guerre civile. La sortie du disque et du livre l’année suivante suscite une forte réaction du gouvernement espagnol et de ses alliés européens qui traitent ce produit de Marseillaise des ivrognes dans une poursuite judiciaire à Turin. Soixante ans plus tard, le surnom devient le titre du film La Marsellesa de los borrachos (La Marseillaise des invrognes), de Pablo Gil Rituerto, suivant une autre équipe qui refait l’itinéraire de cette prospection, retrouvant certains acteurs mais surtout rendant encore vivantes ces chansons issues d’un folklore plus ou moins enfoui. Le passage du temps s’inscrit au long des détours d’une route. Ces enfants entonnant un air connu de leurs grands-parents, ces escales dans des lieux de mémoire ou ce chœur de mineurs témoignant de changements dans la région avant de reprendre a cappella un hymne de lutte constituent des moments précieux dans cette exploration du lien entre culture populaire et revendications.

L’oeil invisible

Fruit d’un travail d’une quinzaine d’années de deux réalisateurs et initié par une amitié avec Jean Rochefort, L’Œuvre invisible, d’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov tente de jeter une certaine lumière sur la vie et la production fantomatique du réalisateur Alexandre Trannoy. D’autres intervenants du cinéma français apportent leurs témoignages sur divers moments de la vie de ce cinéaste qui n’a jamais réussi à présenter un film terminé. Le montage est alerte mais on peut toutefois s’étonner que des recherches sur l’état civil et d’autres éléments plus factuels ne fassent pas l’objet de présentation dans cette enquête par les deux compères. Le film contient d’ailleurs peu de photos et d’autres images de son protagoniste élusif, entraperçu dans une courte séquence de La strada, de Fellini.

Mes fantômes arméniens

Tout d’abord hommage à la vie et à la carrière de son père Vigen Stepanyan, Mes fantômes arméniens de Tamara Stepanyan emploie la porte d’entrée de la mort de ce dernier pour refaire une histoire très personnelle de ce cinéma national. Les périodes du muet, de l’emprise soviétique et de l’indépendance retrouvée sont revisitées, dans un scénario coécrit avec Jean-Christophe Ferrari, avec de multiples extraits qui alternent avec des films de famille et d’autres archives. En plus du paternel, acteur et metteur en scène louangé, d’autres membres de la famille ont travaillé au studio d’Erevan et l’on voit même la grand-mère Tamara dans un extrait d’actualité politique. Pourtant la carrière de la mère de Tamara, violoncelliste de talent, est à peine mentionnée. La qualité des extraits de longs métrages tels que Namus (1925), Barev, yes em (1966), Nahapet (1977) et bien entendu Sayat Nova permet d’espérer une rétrospective prochaine à la Cinémathèque québécoise ou ailleurs de ces œuvres serties dans un long métrage qui, par son alliance fine entre l’intime et le communautaire, a remporté le Grand Prix de la compétition.

Nous reviendrons assurément durant le cours de l’année sur d’autres vidéos tels Adieu l’opéra de Yonathan Kellerman et Les cahiers Adjani de Cyril Brody offerts dans ce festival ouvert à de plus en plus de formes d’expression artistique.