Berlinale 2026
ÉVÈNEMENT
[ Festival ]
Élie Castiel
Les surprises
de
l’imprévisible
Cette année, deux films de moins que l’an dernier, liens reçus grâce au professionnnalisme d’attachées de presse qui reconnaissent le travail accompli dans le milieu archi-compétitif des sites Internet culturels, particulièrement dans le monde du cinéma. Dans ce mini-parcours de films, des voix qui s’expriment, si l’on a recours aux images, sur un monde qui ne va pas bien, propice à un futur aussi imprévisible que, à moins d’un miracle, annonce le pire ou presque. Ou peut-être bien que ma plume se veut défaitiste. Non de ma faute, mais réagissant à ce que Internet, de plus en plus explosif, nous raconte mille et une opinion sur ce qui se passe politiquement et socialement dans le monde. Aucun dénominateur commun aux liens-films reçus, si ce n’est l’image que le plus commun des mortels, même s’il s’agit de réalisateurs, se fait du monde actuel. Parfois même lorsqu’on a recours au passé, comme c’est le cas cas de notre film-vedette, Narciso.
NARCISO
Marcelo Martinessi
(Allemagne / Brésil / Espagne / France / Paraguay / Portugal / Uruguay)
Jeune, beau, audacieux, et il habite au Paraguay, dans les années 50 du siècle précédent. Les femmes le désirent, les hommes autant. Mais il n’aime que la musique rock qu’il tient à insuffler à une jeunesse qui désire le changement. Mais une nuit, par hasard, ou non, son corps ne suit plus. Il est complètement brûlé, à moins que. Pour le Paraguayen Marcelo Martinessi, qui signe ici son troisième long métrage, sans doute le plus beau, le sujet, aussi torride et socio-politiquement engagé qu’il soit ne semble être qu’un prétexte pour exercer un pouvoir sur le métier de la mise en scène au cinéma, en plus de créer de nouvelle formes de narration. Notre but, ici, n’est pas de faire une critique en bonne et due forme, plutôt de situer le film dans un environnement festivalier. D’accord, des interprètes maîtrisant leurs rôles respectifs, Diro Romero, dans le rôle-titre, en tête de liste, intégration de la condition homosexuelle dans ce pays de l’Amérique latine à une époque ultra-conservatrice, symptômes alarmants d’une politique obéissant aux puissants États-Unis d’Amérique, mais avant tout, donnant la possibilité à Martinessi de faire partie des cinéastes qui comptent. Nul doute que le Prix accordé au film par le jury de la FIPRESCI nous semble tout à fait pertinent.
ET AUSSI…
I UNDERSTAND YOUR DISPLEASURE | Ich verstehe Ihren Unmut
Kilian Armando Friedrich (Allemagne)
À 59 ans, Heike travaille comme responsable du service client dans une entreprise de nettoyage. Au quotidien, elle assure la liaison entre les clients, la direction et le personnel. Son entreprise rencontre des difficultés avec un important sous-traitant, car Heike a tenté de débaucher l’un de ses employés non déclarés, en violation de la réglementation. Une idée fantastique de parler de plusieurs sujets sur l’immigration dans les pays occidentaux, les abus, les dérapages, le racisme incontrôlé, les chantages, mais surtout la description remarquable d’une travailleuse arrivée à un âge où elle a vu l’évolution, ou la régression d’une société en raison des changements économiques. Et à laquelle Sabine Thalau offre une performance mémorable. Une des façons dont Friedrich symbolise sa thèse, c’est bel et bien par sa caméra, ce mélange de subjectivité et d’objectivité qui entre en ligne de compte. Aussi, ce refus de jugement envers des personnages pris dans les rouages d’une civilisation actuelle qui ne tient pas ses promesses. Si le rêve américain réside encore dans l’esprit de futurs migrants, l’Occident européen fait aussi partie des territoires à considérer ou, contre toute attente, à conquérir.
IVÁN & HAMDOUN
Ian de la Rosa (Allemagne / Belgique / Espagne)
Comme d’habitude, impossible de ne pas trouver à la Berlinale des films sur la communauté LGBTQ. Et cet Iván & Hamdoun en est la preuve la plus tangible, reposant non pas sur des questions ayant uniquement rapport à la sexualité, mais reposant particulièrement sur des enjeux sociaux, économiques, raciaux, amoureux (pourquoi pas, après tout ?), d’intégration, d’équité, d’équilibre mental. Tout une accumulation de défis auxquels doivent faire face les personnages, pour la circonstance, magnifiquement cinématographique. Ian de la Rosa, qui signe ici sa véritable opera prima le fait avec une humiliation sans pareil, rejetant à tout prix l’ostentation, faisant de ces protagonistes, et en particulier tout ce qui approche ou retient Iván et Hamdoun, rendus authentiques par deux comédiens, l’un Drag King extraordinaire, Silver Chicón et dans le personnage de Hamdoun, la versatile Herminia Loh. Sans oublier ces problèmes des origines qu’on laisser derrière soi lorsqu’on décide de quitter son pays de naissance, pour se retrouver dans un certain néant.
POUPELLE OF CHIMNEY TOWN | Eiga Entotsumachi no Puperu
Yûsuke Hirota (Japon)
Même si le film date de 2020, c’est avec une plaisir renouvelé que nous découvrons cet exemple d’animation nippone ; en effet, dans l’anime, le Japon s’est fait une marque de commerce depuis quelques années. Ici, à Montréal, on ne rate pas une occasion pour en présenter de ces magnifiques exemples lorsque l’occasion s’en présente, et c’est souvent, plusieurs fois par année. Hirota savoure ces moments de création, grâce aussi à une équipe de coopérants, de véritable innovants. À suivre. Pour la petite histoire : Une ville industrielle est étouffée par la fumée des cheminées, et comme ses habitants n’ont pas vu le ciel depuis des siècles, ils ne croient plus à l’existence des étoiles. Un ramoneur et un gentil monstre nommé Poupelle décident de prouver que les étoiles sont bien réelles. Imaginez ce que cela peut donner en animation.
THE RIVER TRAIN | El tren fluvial
Lorenzo Ferro, Lucas Vignale (Argentine)
Milo n’a que neuf ans et subit, de la part de ses parents, la pression de devenir un grand danseur de malambo, pour ainsi devenir le fils parfait. Mais le petit Milo rêve à autre chose. Autre chose que les deux réalisateurs, Lorenzo Ferro et Lucas Vignale, pour leur premier long métrage de fiction (quasi expérimental) tracent à gros traits d’afféteries valables dans la mise en scène, faussement bancale si l’on observe de près ces faux-raccords, retours en arrière qui s’insèrent dans le réel comme si du coup, le tout prenait une autre dimension. Ferro et Vignale ont ceci de particulier qu’ils agressent volontiers la forme cinématographique, par défi sans doute, encore pour déconstruire la forme dont le cinéma a, en général, fonctionné depuis ses débuts. Il faut admette que malgré le découragement que certains spectateurs peuvent ressentir face à cet exemple de réalisation hybride, soulignons la magnificence glaciale, mais tout autant lumineuse de certains plans. Aucune affectation ou frime de la part du duo, mais une volonté d’avoir recours à de nouveaux systèmes narratifs. Eux, déjà exprimés auparavant par des cinéastes qui n’ont pas trop survécu à leurs expérimentations, même si l’état a reconnu leur talent. On pense, par exemple, à Robert Lapoujade et son film Le Socrate, où la matérialité prend soudain un tout autre sens. Ici, chez le duo Ferro/Lucas, une authentique intention de livrer le médium-cinéma à soi-même, le rendant brut, concret, matériel autant dans sa forme que dans son fond ; entretemps, par des moyens de bord, autres que leur propre esprit créateur, le résultat peut s’avérer tout de même attachant, simplement parce que sincère, et comme on dit, sans baratin.
