Detroit
@ Segal
CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel
★★★
Un petite histoire
de Motown et
des voitures Ford

Crédit : Centre Segal
Ce que le cinéma montre souvent avec plus d’authenticité, médium aidant, le théâtre procède depuis quelques décennies à inventer des concepts visuels, comme le recours aux extraits vidéo, permettant aux spectateurs de mieux saisir les multiples emplacements difficilement exportables sur scène.
Belle stratégie de la part des créateurs de Detroit, au Centre Segal, devenu depuis quelque temps, le rendez-vous des pièces musicales, question sans doute de faire oublier les tracas sociopolitiques d’aujourd’hui, relégués, eux, aux chefs d’état et aux réseaux sociaux, ces derniers s’exprimant avec un farouche et indéfectible déferlement.
On s’attendait à plusieurs vieux tubes de la période Motown, mais c’est à une sorte de documentaire musical auquel nous avons droit ; un historique de la Motor City, de ses débuts fracassants, sa déchéance et jusqu’à aujourd’hui, cette dernière tranche vite expédiée.

Sate, Andrew Knights & Hailey Gillis
Crédit : Marie-Andrée Lemire
Une salle pleine ce soir de Première médiatique, des jeunes et moins jeunes décontractés, hâte de voir le spectacle qu’elles/ils attendaient avec impatience. Tout ce qui chante attire davantage, particulièrement lorsque les chansons sont connues. Tel était le cas, même si on s’attendait à d’autres, des tubes qui restent dans notre mémoire.
Dans ce genre de spectacle, la nostalgie d’une autre époque atteint notre esprit et on se met à rêver de tout ce qui traverse notre imaginaire.
On traverse plusieurs périodes et lorsque vient le tour de parler du mythique et légendaire Berry Gordy, créateur du label Motown et lanceur de vedettes indémodables jusqu’aux temps présents ; la salle se réchauffe, l’atmosphère prend une tournure électrique. Rien d’autre n’existe.
Qu’importe si ce n’est pas exactement ce qu’on aurait voulu voir, n’empêche que la soirée, un peu moins de 90 minutes, nous a emballé, grâce à des prestations authentiques, des voix qui s’organisent selon des recettes bien établies, comme se tromper par-ci, par-là, mais toujours avec ce délire que provoque « être sur scène », non pas pour le « paraître », plutôt pour l’ « être ».

Crédit : Marie-Andrée Lemire
Un rapport licite et partagé avec les spectateurs, ravis de cette communion musicale qui dépasse le simple tour de chant. Entre les projections sur écran intentionnellement fracassé, comme si le temps faisait aussi des siennes, et les paroles des chansons (sur scène), une sorte de politisation de la parole, une approche interventionniste. On parle de capitalisme effréné, de faux bons salaires attribués – puisque les employés à l’usine Ford n’étaient que des migrants ou immigrants cherchant à travailler.
On traverse plusieurs périodes et lorsque vient le tour de parler du mythique et légendaire Berry Gordy, créateur du label Motown et lanceur de vedettes indémodables jusqu’aux temps présents ; la salle se réchauffe, l’atmosphère prend une tournure électrique. Rien d’autre n’existe.
Une finale un peu hâtive, certes, mais peu importe puisque la bonne humeur régnait tout le long de la soirée.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Idée
Frank Cox-O’Connell
Andrew Penner, Travis Knights
Dramaturgie
Erin Brandenburg
Mise en scène
Frank Cox-O’Connell
Interprètes
Hailey Gillis, Travis Knights
Andrew Penner, Sate
Éclairages : Noah Feaver
Projection vidéo : Frank Donato
Diffusion
Segal Centre
(Salle principale)
Durée
1 h 20 min
(Sans entracte)
Jusqu’au 3 mai 2026
