Cannes 2026
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ÉVÈNEMENT
Cinéma ]

Élie Castiel

Les mauvaises langues commencent à comparer le TIFF (Toronto International Film Festival) à Cannes. Au Canada, le TIFF demeure cependant le meilleur évènement cinématographique et peut se vanter que la hiérarchie qui existe au festival de la Côte d’Azur n’est pas aussi prononcée, le rendant plus convivial et paritaire.
Néanmoins,
Cannes restera Cannes, puisque hors-les-films, il y a le lieu, cette ville où le soleil est au rendez-vous, parce que c’est dans le sud de la France, et la France a toujours été une terre de prédilection, de nos jours, à tort ou à raison. Et parce qu’à Cannes, les tenues vestimentaires des stars féminines (et parfois masculines) peuvent se permettre toutes sortes de folies, sensibles à l’art de l’artifice et de l’éphémère, comme ça a toujours été.

En attendant, trois autres films qui s’ajoutent au premier article sur Cannes 2026 (voir ici.)

FOCUS

MARIE MADELEINE (Belgique / Canada / France / Haïti / Luxembourg – Gessica Généus
@ Cannes Première

Dans le rôle principal, Jessica Généus est simplement formidable, souveraine, corps et âme s’inventant mille et une variations entre ce qui peut se montrer au cinéma et la transgressif. Entre Généus et le cinéma, des correspondances d’amour-haine, de ces choses inattendues qu’on découvre en plein tournage et qu’on a envie d’ajouter au scénario, quelles que soient les conséquences que cet acte peut engendrer. C’est de ces ambitions qu’est fait cette Marie Madeleine, prénom biblique – vous savez de quoi je veux parler – mais que la cinéaste, totalement convaincue de sa proposition, semble donner à son comportement indigne et libertin, une pureté de l’âme, une tendresse peu commune, de l’ouverture envers les différences, même les sexuelles, dans cette partie du monde, il faut oser pour le faire ; Haïti, la chrétienne qui conserve toutefois son origine vaudoue malgré tout et qui entre les mains de Généus, l’une des cinéastes les plus libres du moment, prétend vers un avenir des plus tolérants. Entre les couleurs qui illuminent la nuit, la musique qui ne cesse de s’emparer de nos sens, une ode à la liberté dans un lieu du monde atteint par ses contradictions. Entre les Églises où l’on prie sans se soucier du quotidien décevant et les boîtes de nuits ou clubs où les corps se vendent, une sorte de spiritualité que Généus invente pour que les uns et les autres puissent accéder à la conciliation.

 

Et aussi…

MARIAGE AU GOÛT D’ORANGE (France) – Christophe Honoré
@ Cannes Première

C’est le film le plus conventionnel de Christophe Honoré, qui a consacré une partie de son œuvre à des films queer. On citera Les chansons d’amour, Homme au bain, Plaire et courir vite et Le lycéen. Des films structurés, captant la thématique queer dans un style direct, sans façon, presque militant même. Retournement des valeurs dans ce Mariage au goût d’orange, un film intime qui se passe en 1978, dans une ville de province de l’Hexagone ; on pourrait dire le plus intime du cinéaste, comme si ce retour en arrière signifiait une sorte de confession à la première personne, à soi-même puisque les personnages qu’il met en scène favorisent les non-dits, à peine chuchotent-ils des superficialités qui ne mènent nulle part. Une caméra proche d’eux, comme pour soutenir la proposition – tourner comme dans un home-movie, ouvertement, sans filtres, légèrement diaphane, comme un voile qui empêche de voir les protagonistes, encore plus confirmé par le rapprochement de la caméra qui ne cesse d’épier. Volontairement, Honoré procède de cet étrange jeu entre le privé et le cinéma avec un attachement sincère, mais pas toujours efficace, à ce qu’il a de plus cher.

SANGUINE (Belgique / France) – Marion Le Corroller
@ Séances de minuit

Le cinéma de genre, celui du body-horror, serait-il dorénavant territoire du féminin ? Toujours est-il que Marion Le Corroller, grande aventurière du genre, signe ce Sanguine (en anglais, Species), non seulement hommage à ses consœurs qui ont pour nom Coralie Fargeat (The Substance, voir critique élogieuse de notre collègue Pascal Grenier) ou Julia Ducourneau (entre autres, Titane, critique ici.), mais de surcroît, une envie de s’investir davantage. Sans doute, ces noms mentionnés, illustres disciples de l’incontournable prêtresse Marina de Van (Dans ma peau, 2002), celle-ci encore plus audacieuse et créatrice d’une nouvelle esthétique du genre. Le Coroller séduit la forme, le narratif n’a pas vraiment d’importance, ou si peu, ses plans ne donnent pas des frissons, mais alertent le spectateur à se créer un regard quasi immersif. Entre cinéma et expérimentation, Le Corroller invente une nouvelle direction à suivre, approche qu’elle accentuera encore plus dans les années à venir. Cette idiosyncrasie entre elle et le médium devient ainsi une sorte de laboratoire de la création, naissant à peine, mais déjà développé, en pleine conscience des ses moyens, prêt à pousser les limites du genre.