Le rire et le couteau

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 07 août 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT

RÉSUMÉ SUCCINCT
Sérgio voyage dans une métropole d’Afrique de l’Ouest pour travailler comme ingénieur environnemental sur la construction d’une route entre le désert et la forêt. Il se lie à deux habitants de la ville, Diára et Gui, dans une relation intime mais déséquilibrée.

 

Le Film
| de la semaine |

ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel

★★★★

 

n 2008, Pedro Pinho réalise avec Federico Lobo le documentaire portugais Bab Sebta (La porte de Ceuta), le passage frontalier entre le Maroc et l’enclave espagnole, dont on parle encore aujourd’hui. Pourquoi ce préambule : pour la simple raison que Le rire et le couteau s’intéresse aussi à l’intrusion du héros (si on peut ainsi l’appeler) dans un territoire qui n’est pas le sien. Sérgio (excellent Sérgio Coragem) est un ingénieur environnemental engagé par une ONG pour la construction d’une route en Guinée-Bissau. Un projet qui ne semble pas trop compliqué.

 

D’ici et d’ailleurs

 

Mais le film commence d’ailleurs par une série de défaillances locales suggérant que Sérgio a de la difficulté à trouver sa place dans cette région d’Afrique (encore l’Afrique !, comme dans Bab Sebta). Seules deux personnes locales feront en sorte qu’il pourra mener à bien (façon de parler) sa mission : d’une part Diára (aux jeux d’interprétation multiples bien sentis par Cleo Diára) et Gui, homosexuel notoire (magnifique Jonathan Guilherme au jeu sensationnel). Bizarrement, ils conservent plus ou moins leurs véritables prénoms comme si le film se présentait tel un documentaire alors qu’il s’agit d’une fiction. Ou encore une stratégie du réalisateur pour questionner notre regard ?

Pinho joue sur la forme, sur la dialectique des images en mouvement et sur ce qu’elles peuvent arriver à transmettre comme points de références à un film qui ‘fait semblant’ de chercher sa voie. C’est ainsi que Pedro Pinho semble filmer, chercher ses propres intentions en tant que cinéaste, explorateur, ethnographe même, comme si le cinéma, d’une certaine façon n’était qu’un simple matériau pour la fabrication d’un film : sons, caméra, jeux des comédiens, juxtapositions, montage, cadrage, tout ce qui se rapporte à la finalisation du tournage.

Un étrange rapport fait de plaisirs et de concessions.

Entre Bab Sebta et ce film, une frontière où les protagonistes impliqués perdent le sens d’où ils sont sortis et ne savent plus où ils se dirigent. Leur but : retrouver un ailleurs de tous les possibles. C’est ce qui rend le travail de Pinho tout aussi remarquable et digne des grands cinéastes, de plus en plus rares en ce moment.

Le titre anglais, I Only Rest in the Storm, rend la proposition encore plus proche du déroulement et d’un point de vue psychanalytique en pleine harmonie avec le personnage central qui ne peut trouver l’équilibre mental que dans la tempête, le tumulte, le chaos le plus total. Le titre français, Le rire et le couteau, il nous semble, ne mène à rien, à moins que quelque chose nous échappe.

Si le but de Pedro Pinho est tel, c’est qu’il aura défendu le cinéma comme un outil où les sensations partagées entre un individu et son entourage en temps réel ne sont que les normes à se bâtir son propre équilibre, hors de toutes influences extérieures.

Les points de vue se succèdent selon les évènements, la véritable proposition se dilate en plusieurs émerveillements qui font oublier le but de la véritable mission. Sérgio se transforme en aventurier, même si en fin de compte, il pourra produire un rapport à ses patrons.

En revanche, son voyage se poursuivra sans doute vers une destination plus personnelle.

Si le but de Pedro Pinho est tel, c’est qu’il aura défendu le cinéma comme un outil où les sensations partagées entre un individu et son entourage en temps réel ne sont que les normes à se bâtir son propre équilibre, hors de toutes influences extérieures.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Pedro Pinho

Scénario : Pedro Pinho, Miguel Seabra Lopez, Luisa Homem, Marla Laça, José Filipe Costa, Miguel Carmo, Tiego Hespanha, Leonor Naivo, Luís Miguel Correia, Paul Choquet. Direction photo : Ivo Lopes Araújo. Montage : Karen Akerman, Cláuda Rita Oliveira, Ritan M. Pestana, Pedro Pinho. Musique : Corpotxa, Mazulu.

Genre(s)
Drame
Origine(s)
Brésil / France
Portugal / Roumanie
Année : 2025 – Durée : 3 h 37 min
Langue(s)
V.o. : mixte; s.-t.f.
O Riso e a Faca

Distributeur
| Aucun distributeur |

Contact info.
[ Terratreme ]

Pedro Pinho
Crédit : @ IMDb

Diffusion
Cinémathèque québécoise

Classement (suggéré)
Visa GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]