Festival du Nouveau Cinéma 2026
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
texte : Luc Chaput
Deux amis échangent sur la prochaine réunion des anciens pour le trentième anniversaire de leur classe de diplômés. Ils émettent des commentaires défavorables sur cette cohorte. Plusieurs longs métrages de cette édition du Festival du Nouveau Cinéma de Montréal qui a connu plusieurs soubresauts dans la dernière année, traitaient du sens de la communauté.
Communauté
Dans You Don’t Belong Here (Nu e locul tău aici), Marcus est un docteur respecté, responsable de l’hôpital de sa ville natale. La mort violente d’un Rom bouleverse le quotidien de son organisation et le confronte à plusieurs responsabilités. Le scénario du cinéaste Florin Șerban déroule également en parallèle ses relations avec Ioan, son fils adolescent orphelin de mère. L’emploi d’acteurs locaux, issus de l’école de cinéma de Reșița, ville de Transylvanie, renforce le caractère réaliste de cette auscultation d’une société dans laquelle la violence de groupe contre l’autre devient un moyen de s’affirmer. La mise en scène de Șerban, opposant des rencontres en espaces restreints à des plans larges de cette communauté urbaine, accumule ainsi des épisodes majeurs ou en apparence secondaires qui débouchent vers une conclusion prenante. Cela a permis à ce film roumain de remporter le Léopard d’or au dernier Locarno.
Takashi Miike, cinéaste japonais surtout pour sa réalisation flamboyante de sujets déjantés, s’intéresse dans son premier documentaire à l’histoire d’une des grandes familles du Kabuki. Shumei: The Living Legacy of Kabuki (Shumei), ce terme est la désignation de la cérémonie dans laquelle un acteur endosse le prénom emblématique de la dynastie qui le place à son sommet. Shinnosuke VI est ainsi devenu tout d’abord Ebizō X se préparant à devenir le Danjuro XII dans cette famille Ichikawa qui œuvre dans ce domaine d’interprétation depuis le 17e siècle. Un sens certain de la fatalité irrigue cette chronique puisque plusieurs des ancêtres sont morts prématurément. L’accès privilégié que l’équipe de Miike a auprès de la troupe et des proches nous offre des moments touchants qui contrastent avec le caractère hiératique des prestations du père et de Kangen, le fils dans ces spectacles réglés au quart de tour et également remplis de rebondissements athlétiques. Une narration trop explicative et persistante affaiblit le concert d’archives visuelles nombreuses qui assoient l’impact de cette pratique théâtrale où les changements sont insufflés d’un profond respect.
Au Népal, non loin de la frontière avec l’Inde, dans une vallée vit une communauté Kinnar près d’un village agricole jouxtant une forêt où résident des éléphants sauvages. Les villageois tentent de contrôler ces pachydermes par divers moyens. L’appellation Kinnar désigne dans le sous-continent indien ces personnes de troisième genre qui peuvent avoir une relation quasi magique avec la nature. Leurs prestations musicales lors de mariages et d’introduction de nouveau-nés à la communauté leur donne une certaine aura. Pirati, interprétée avec une grande assurance par Puspa Thing Lama, est la mère d’une maisonnée de trois plus jeunes. Dans Elephants in the Fog (Tinihāru), le scénario du cinéaste met en place plusieurs situations sous-jacentes génératrices potentielles de conflits avec le village et avec la Guru régionale. La disparition d’Apsara, la plus délurée des trois commence à distendre puis défaire les liens avec les villageois. La mise en scène d’Abinash Bikram Shah, dont c’est le premier long métrage, orchestre avec dextérité le travail d’une équipe technique surtout européenne, avec Noé Bach à la cinématographie dans une exposition complexe d’une collectivité dans un pays surtout montré en Occident pour la floraison ancienne de la culture hippie et l’assaut incessant des sommets enneigés.
Nous reviendrons prochainement ou plus tard dans la prochaine année sur des films tels que Les Ombres lumineuses, ¿Dónde comienza el río? Still Night, Burning Houses et Rehearsals for a Revolution, qui ont marqué, entre autres, cette nouvelle fournée d’un festival ancien mais souvent renouvelé.
