L’héritier des secrets
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 07 août 2026
Farid grandit en pensant que son père a abandonné sa famille pour une autre femme. Mais une lettre reçue de Montréal révèle la véritable raison de son départ.
ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel
★★★
Les intentions du marocain Mohamed Nadif sont nobles, sincères, probablement proches du roman de l’écrivaine et médecin pédiatre marocaine Fatiha Morchid.
Ces lieux incertains
Cela se passe dans le cercle de la haute bourgeoisie marocaine, en principe, plus socialement évoluée, les personnes de ce milieu parlent la langue arabe, comme c’est tout à fait normal, mais avec un mélange impeccable de français, comme il se doit. Sans doute, héritage nostalgique d’un certain protectorat que d’aucuns regrettent.
L’héritier des secrets parle de transidentité et surtout d’homosexualité par le biais de la filiation et la souffrance du deuil, en fait plutôt celle de l’absence, c’est plus juste de dire. Une de ses compatriotes, Maryam Touzani avait abordé le thème homosexuel dans le remarquable Le bleu du caftan (Alqftan al’azraq), coscénarisé par son mari Nabil Ayouch qui présente la société marocaine dans ses replis sociaux les plus réalistes tout en parlant de ce sujet tabou que constitue la sexualité marginalisée. Et ça se passait dans un milieu populaire. Je suis né et vécu dans ce pays, je sais exactement de quoi il s’agit. Oui, bien entendu, le film de Nadif se base sur un roman, mais toute œuvre littéraire peut prendre des libertés, même changer, ne serait-ce que partiellement, les classes sociales dont il est question. Mais bon !
Ici, comme déjà mentionné, un couple de la haute bourgeoisie marocaine qui bat de l’aile et qui un jour, le mari apprend une nouvelle par un concours de circonstances. À l’âge de quatre ans, il a vu son père partir sans laisser de traces. Une fois adulte, marié à Sofia, il apprend qu’on lui avait menti à propos de ce père absent. Il part donc à sa recherche.

Un sentiment mêlé de déni et de compassion.
Si le film de Nadif réussit dans plus ou moins son ensemble, c’est surtout dans les dialogues, bien écrits, soulevant des questions fondamentales sur l’identité de genre et sur la sexualité – du coup, malgré les apparences, les hommes semblent plus ouverts que les femmes sur cette question ; elles, plus enclines à la tradition des rôles, à une normalité due aux préceptes de la religion ou allez savoir quoi.
Quoique la réaction de Farid, lorsqu’il apprend la vérité sur son père me paraît trop tôt réceptive, tolérante, comme si un instinct psychanalytique freudien le poussait à agir ainsi.
Mauvaise passe de la part de Nadif lorsque la mise en scène se passe à Montréal alors que le film se transforme en un soi-disant épisode amoureux, jamais réalisé, ou plutôt inscrit en suspension, sans jamais savoir de quoi il s’agira. Une mise en scène, vite dit, plus convenue.
Dans l’ensemble, un film émouvant dans ce qu’il retient sans doute du roman et surtout pour cette ouverture vers une sexualité plus ouverte. Le cinéma marocain, deviendrait-il plus ouvert sur ces questions ?
Si le jeu de Younes Bouab (Farid), né d’un père marocain et d’une mère française, s’aligne adroitement avec le propos, celui du père, Azzedine, en jeune adulte, l’acteur El Mehdi lui confère une identité qui ne laisse en rien deviner ce qui se passera plus tard.
On se laissera séduire par la belle direction photo de Kamal Derkaoui, qui brille par ses qualités techniques, notamment lorsqu’il filme Montréal (pas très loin de chez moi) où il donne une aura particulière au quartier. C’est bien de le constater. Surtout lorsqu’il filme une Drag Queen dans le mythique Chez Mado, dans une bouleversante interprétation de… le film vaut le déplacement.
Dans l’ensemble, un film émouvant dans ce qu’il retient sans doute du roman et surtout pour cette ouverture vers une sexualité plus ouverte. Le cinéma marocain, deviendrait-il plus ouvert sur ces questions ?
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Mohamed Nadif
Scénario : Mohamed Nadif, Olivier Coussemacq; d’après le roman de Fatiha Morchid, In’itâq ar-raghba (Désir émancipé) Direction photo : Kamal Derkaoui. Montage : Ghizlane Boustita, avec la collaboration de Michel Klochender. Musique : Souad Bushnaq. Henry Mitton.
Genre(s)
Drame
Origine(s)
Canada / Maroc
Année : 2025 – Durée : 1 h 49 min
Langue(s)
V.o. : arabe, français; s.-t.f.
Warith al-asrar
Distributeur
Filmoption International
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[ Objectif 9 ]

Mohamed Nadif
Crédit : @ AfriCiné
Diffusion
Cineplex
Classement
Visa GÉNÉRAL
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
