Fantasia 2026
| V |
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
Élie Castiel
Bilan d’un 30e
sur des
chapeaux de roue
Le festival s’est passé vite, trop vite, comme s’il fallait que ces jours consacrés aux cinémas de genre finissent par déguerpir. État de morosité qui sévit à Montréal depuis quelque temps dû à ce qui se passe dans notre planète ? – Ça m’étonnerait, la majorité des citoyens semblent immunisés. Trop de primeurs qui prennent l’affiche chaque semaine, en concurrence avec Fantasia ? D’autres facteurs que nous ignorons ?
Curieusement, on se permet de rêver aux premières années de Fantasia, celles consacrées aux cinémas de l’Asie uniquement ; et, en toute franchise, on souhaiterait que ce temps revienne, alors que notre était mental pendant l’évènement nous paraissait moins tendu en ce temps-là.
Les choses ont changé et nous sommes ravis de découvrir des films de genre en provenance du monde ; mais ceux inscrits dans la programmation 2026 n’étaient pas toujours à la hauteur ou encore ne s’inscrivaient pas selon l’idéologie fantasienne.
Étranges négociations avec les producteurs/distributeurs/organisateurs ? Compromis ? Échanges de services ? Une petite fissure en ce 30e vite préparé ? Comme on dit, ici, un peu « arrangé avec le gars de vues » ? Ou plus près de la réalité, une nouvelle ère qu’on nous annonce dans le milieu du cinéma, en général.

Jim Queen
Toujours est-il, heureusement, que le film de clôture, Jim Queen, du duo Marco Nguyen et Nicolas Athane nous a emballé. Nous aurions voulu couvrir ce film présenté à Cannes, en amont du festival, question de mousser la publicité – entre les distributeurs/producteurs et les médias, un trentième anniversaire plutôt désagréable – la difficulté à avoir certains liens brillait par son despotisme. Parfois on se demande si les médias, mis à part les très influents, comptent vraiment aujourd’hui ? C’est insultant, mais n’a rien à voir les organisateurs et le personnel administratif de Fantasia, qui ont fait un travail remarquable.
Côté présentations, une absence de la langue française. Nous sommes au Québec. Mais de la part des spectateurs, aucune réaction. S’il s’agissait d’un autre festival, comme jadis le défunt Festival des films du monde, ça serait dans tous les journaux. Mais ne ressuscitons pas cette histoire déjà vieille. Passons à autre chose. On sait très bien que rien ne sera fait à ce sujet.
Miracle ! Un film LGBTQ+ qui clôturait Fantasia. Comme si du coup, l’homophobie de plus en plus galopante à Montréal, devant le temps d’une présentation de film, quelque chose s’accomplissait, emboitant le pas vers une sorte d’ouverture d’esprit, disons, éphémère.
Curieusement, on se permet de rêver aux premières années de Fantasia, celles consacrées aux cinémas de l’Asie uniquement ; et, en toute franchise, on souhaiterait que ce temps revienne, alors que notre était mental pendant l’évènement nous paraissait moins tendu en ce temps-là.
Un film important avec un scénario en béton qui disperse les homophobies qui existent dans la société occidentale, ici celles de l’Hexagone, nostalgique d’une autre époque pas si lointaine.
Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, une sorte de twink aventureux malgré les apparences physiques.
Mais le duo de cinéastes, qui signent ici leur premier long métrage de fiction d’animation, risquent le tout pour le tout, utilise l’humour (camp, il va de soi) pour abolir les préjugés, soulever le désir de liberté, situer l’homosexualité dans le lieu de tous les possibles, mais dans le même temps ne s’empêchant pas de dresser des charges contre certains comportements sociaux d’une partie de la communauté queer : narcissisme excessif de certains de ses membres, exhibitionnisme opportun, intérêt excessif pour les choses du sexe. Toute une panoplie d’us et de coutumes associés à la LGBTQ’itude.
Dans la salle, remplie à craquer, des applaudissements continus, des cris de joie en raison, c’est clair, d’une prise de conscience, espérons, nom momentanée, un véritable happening. Nous espérons que le film a trouvé distributeur au Québec et qu’il finira par sortir en salles.

Studio Q
Autre film qui nous a séduit, Studio Q (Misterio en el Estudio Q), de la mexicaine Marcela Fernández Violante, présenté dans la série Fantasia-Rétro. Il date de 1980. Une satire des télénovelas qui brille par la qualité de la mise en scène, adéquate mise en images d’un univers de pacotilles réservé à la classe populiste – ça a toujours été le cas – imitation des mêmes émissions en provenance des États-Unis, le toujours paradis sur terre.
La caméra est nerveuse, voyeuriste même, allant de partout. Par la même occasion, une direction d’acteurs exemplaire, une mise en scène musclée, une vision féminine du thème abordée, évitant le féminisme parfoit encombrant. En somme, un film d’une autre époque où le cinéma voulait dire quelque chose.
