Quand l’œuvre saigne
RECENSION
[ Cinéma ]
Élie Castiel
★★★★
Signes évidents
de pluralité
Un ouvrage branché, voire musclé, réunissant une vingtaine de collaborateurs et de collaboratrices spécialisé(es) en histoire de l’art pictural, ce qui explique le peu de références consacrées au cinéma. Car le but principal de cet exercice est d’évoquer l’histoire de l’art, mais qu’on retrouve parfois dans certains films-phare du cinéma international.
Parmi les quelques exemples intéressants, les auteurs tentent de nouer les liens qui existent entre les deux disciplines de l’expression artistique. En guise d’introduction, Janic Bégoc et Christophe Damour, les deux responsables du dossier, illustrent leurs pages avec la reproduction de la toile de Jacques-Louis David, La mort de Marat (1793), idée qu’ils reprendront dans leur conclusion, changeant néanmoins l’artiste de la toile – ici, La mort de Sénèque, de Giovanni Boccacio (1403), à laquelle s’ajoute une image du film The Godfather 2 (Le Parrain, partie 2), où il est indéniable que le cinéaste Francis Ford Coppola a eu recours à des tableaux anciens, particulièrement ceux illustrant la civilisation chrétienne, dont la religion catholique est la privilégiée. Le Moyen Âge, dans l’ensemble, une époque qui revient souvent.

RRR (Rise Roar Revolt)
Dans Que peut le sang pour la révolution, à mon avis, autre essai marquant dans ce recueil imposant, Clarissa Devin aborde deux films de l’industrie majoritaire en Inde. Le Bollywood est un genre que je caresse depuis l’enfance, le titre est d’autant plus ambitieux alors que l’autrice se concentre sur deux films (que j’ai vus) pour établir les liens entre Kalank, 2019, qui veut dire ‘cicatrice, d’Abishek Varman et RRR (Rise Roar Revolt) 2022, de S.S. Rajamouli, de quoi convaincre les plus récalcitrants du genre tant par la mise en scène que par les codes d’une industrie, dans les deux cas, subtilement dosés.

Kalank
Mais en intellectualisant davantage le discours, Devin oublie que les films en question s’adressent au grand public. Force est de souligner que le cinéma indien populaire (autrefois on disait ‘hindi’ ou ‘hindou’), ces dernières années, sans doute influencé par les images en mouvement de l’Occident, produisent des réalisations plus nuancées, misant sur la crédibilité des situations, les réalisateurs locaux conscients qu’il existe en Inde une masse de spectateurs plus avertis dans les classes moins nanties.
Recueil hautement engageant, Quand l’œuvre saigne intéressera les curieux, d’une part, mais surtout les étudiants des études supérieures en Histoire de l’art et en Études cinématographiques, car ces deux disciplines ont toujours eu un rapport étrangement incestueux entre le désir de montrer et le courage de paraître.
En tout cas, depuis que les dirigeants du pays le plus peuplé du monde, peuvent s’enorgueillir de cette situation, certains qu’ils ont fait du bon travail pour la pays. En guise d’illustration, les deux films propose utilisent des photogrammes que je prends la liberté de remplacer par une image de chaque film, pour justifier mon propos.
Recueil hautement engageant, Quand l’œuvre saigne intéressera les curieux, d’une part, mais surtout les étudiants des études supérieures en Histoire de l’art et en Études cinématographiques, car ces deux disciplines ont toujours eu un rapport étrangement incestueux entre le désir de montrer et le courage de paraître.
Usages et puissances du sang au cinéma et
dans les arts visuels des XXe et XXIe siècles
Sous la direction de Janic Bégoc et Christophe Damoue
Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg, 2026
302 pages
(Illustré)
ISBN : 979-10-344-0289-2
Prix suggéré : 28 €
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
