36e Festival Présence autochtone

ÉVÈNEMENT
Cinéma ]
Luc Chaput

Persistances

Mārama

Une Maorie métisse arrive après un très long voyage dans la Grande-Bretagne victorienne et devient la gouvernante et l’éducatrice de la petite fille vivant dans ce manoir. Le scénario du réalisateur Taratoa Stappard renverse donc la proposition de The Piano de Jane Campion. Il emploie les codes du roman gothique pour explorer les conséquences du travail des entreprises baleinières britanniques dans les mers australes près d’Aotearoa, la Nouvelle-Zélande. Mary ou Mārama, pour employer son prénom original qui donne le titre à ce film, interprétée avec une subtile fougue par Ariana Osborne, va de découverte en ébahissement de plus en plus teinté de colère aidée par la petite Anne et une servante. La mise en scène joue sur les lumières et les ombres et mène à des séquences d’horreur annoncées par le Haka de Mārana, vêtue d’une robe écarlate lors d’une fête dans laquelle sa culture maternelle est ridiculisée. L’œuvre réussit à rendre frappants des éléments historiques peu connus dans un genre propice à ces révélations.

Dreams Travel With the Wind

José Agustín se remémore certains moments de son existence et espère retrouver dans l’au-delà sa mère décédée jeune. Le cinéaste colombien Inti Jacanamijoy manie habilement les épisodes captés par sa caméra attentive et les séquences de rêves qui ont orné la vie simple très remplie de son grand-père. La culture de son peuple Wajuu et sa relation avec le long voyage ont permis à cette élégie documentaire qu’est Dreams Travel with the Wind (Los sueños viajan con el viento) de remporter deux prix à ce festival. La représentation de cette ethnie de la région frontalière de la Guajira est bien entendu bien différente du flamboyant Birds of Passage (Pájaros de verano) de 2018.

El río de los espiritus

Dans la région amazonienne de l’Équateur, Luciano prend à bras-le-corps la modernisation manœuvrant une embarcation propulsée par des panneaux solaires. La représentation filmique de la région s’inscrit également dans l’animisme Achuar pour qui les hommes et les animaux sont issus des mêmes lointains ancêtres. Le collectif Tawna entortille avec adresse les séquences aquatiques et plus revendicatrices dans El río de los espiritus. Ce film pourrait donc être cousin de l’organisme de tourisme écologique qui porte le même nom que la rivière qui en est l’épine dorsale.

 Aanikoobijigan

Une explication enflammée du long titre est donnée au début d’Aanikoobijigan [ancestor/great-grandparent/great-grandchild]. C’est un documentaire américano-danois sur le combat incessant d’une organisation anichinabée du Michigan pour récupérer les restes humains de leurs ancêtres gardés dans les musées de l’état ou d’ailleurs. Le long métrage présenté sur PBS contient les habituelles inflexions télévisuelles de ce type d’émission. Plusieurs pistes sont ouvertes puis laissées en plan. Mais la force de conviction de certains intervenants et la beauté des cérémonies de réinhumation soutiennent le rappel historique complexe et nécessaire des effets et méfaits de l’archéologie et des sciences biologiques. Ce film d’Adam et Zack Khalil, venant de la ville où est le fort Brady, s’inscrit donc naturellement aux côtés de So Surreal, Behind the Masks et Sugarcane ou Dahomey dans la récente vague de ce mouvement de réappropriation de divers pans de l’Histoire de ces peuples.

Plus près de nous, Nitassinan de Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin recadre les revendications innues sur leurs terres ancestrales dans un accord réussi entre poésie, paroles d’aînés soutenues par des images d’archives et une cinématographie englobante de la nature durant toutes les saisons.

Nous reviendrons lors de sa sortie possible sur La Raya de la Mexicaine Yolanda Cruz, grand gagnant de cette manifestation continuant le dessein de la Grande Paix de Montréal de 1701.