Le Point | . 38 |
du Ven 18 au Jeu 24 sept 2026

EN TOUTE
| PERSPECTIVE |

Élie Castiel
Rédacteur en chef

NAZA ou les fissures

de la controverse

Une séquence dans NAZA

Nous n’avons pas vu NAZA, le brûlot des deux cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, à qui le gouvernement actuel de Benjamin Netanyahu tente de leur révoquer leur citoyenneté, lui aussi sans avoir vu le film. En fait, est-ce vraiment le cas ?

Contrairement à leur film précédent, auquel s’était joint les voix de cinéastes palestiniens, NAZA est une réalisation des deux israéliens seulement, rendant l’entreprise œuvre traitresse, indigne, corrompue, divisant la société israélienne plus qu’elle ne l’est. Nul doute que nous aurons l’occasion de le voir à Montréal, d’ici la fin de l’année, nous donnant l’occasion de faire notre propre analyse.

Mais pour l’instant, la question est d’ordre sémantique. D’une part, le prix du jury obtenu à Venise place les cinéastes israéliens de gauche dans une position de force alors que jusqu’ici, si pro-palestienne que soit leur idéologie, ils étaient ignorés par la grande majorité des pays occidentaux, du fait, simplement, de leur nationalité. Des noms comme Nadav Lapid ou d’autres du même acabit. En ce qui me concerne, un acte purement antisémite. C’est clair.

L’affaire NAZA remet donc les pendules à l’heure et un retour en arrière, à la case départ n’est plus possible. Qu’importe la mise en scène que certains trouvent manipulatrice. Le fait est que, consciemment, ou par la force des choses, Abraham et Szor ont réussi à situer les réalisateurs israéliens qui pensent autrement que les dirigeants dans une continuité normale dans la mouvance du cinéma dans le monde. C’est déjà un énorme acquis.

Si les prochaines élections en Israël rencontrent une voie pareille que la présente, le combat des cinéastes de l’opposition sera à recommencer. En attendant, nous restons sur nos gardes.

Le Festival de Venise aurait-il contribué à faire sortir de l’ombre les cinéastes israéliens ? Encore une fois, le film a obtenu le Prix spécial du Jury à la Mostra de Venise. L’ordre nous paraît finalement rétabli. Aucune atteinte à l’intégrité de leur nationalité n’est possible.

Au fait, qu’est-ce que NAZA ? Dans le langage de l’armée israélienne, le terme est l’acronyme hébreu « Nezek Agavi », qui se traduit en français par « dommage collatéral ». Tout est dit !

 

ET AUSSI…

Monsieur Cinéma, Serge Losique, est décédé il y a quelques jours. Ayant travaillé pendant plus de vingt ans pour le FFM, on aurait pu s’attendre à ce que je lui adresse quelques mots dans nos pages. Pourtant, très tôt, quelques voix hypocrites se sont emparées des réseaux sociaux pour lui attribuer tous les mérites, à tel point que j’ai d’abord décidé de renoncer à écrire. Et puis, finalement, j’ai changé d’avis car, malgré tout, l’expérience FFM m’a été favorable et surtout j’ai appris à mieux connaître et à comprendre le bonhomme. Un véritable mensch de cinéma.

Pendant plus de deux décennies, comme tous mes collègues le savent, j’ai collaboré à la rédaction du programme officiel du festival. Les rapports avec Losique n’ont pas toujours été amicaux. C’est pourtant grâce à lui que j’ai pu enseigner le cinéma grec en français à l’UdeM, à titre de chargée de cours, pendant une vingtaine d’années.

C’est également lui qui m’a permis, lors des dernières éditions du festival – particulièrement difficiles, il faut le souligner –, de remplacer Danièle Cauchard après son départ. Ce furent les trois années les plus stimulantes de mon parcours au FFM, malgré les nombreux obstacles. Serge Losique était un véritable amoureux du septième art que j’ai finalement appris à connaître. Comme quoi, c’est avec le temps que la reconnaissance finit par se manifester, quelle que soit sa forme.