Le Point. | 41 |
du Ven 09 au Jeu 15 oct 2026

EN TOUTE
| PERSPECTIVE |

Élie Castiel
Rédacteur en chef

Le cinéma du 7 octobre 2023
Une spirale infernale

En Occident, au lendemain du 7 octobre 2023, les télévisions et les réseaux sociaux ont d’abord relayé l’onde de choc. Pourtant, la couverture initiale est restée singulièrement en deçà de l’ampleur de l’événement, comme si les consciences anticipaient déjà, non sans effroi, que la riposte d’Israël dépasserait l’entendement. Les jours suivants, et les années qui ont suivi, n’ont fait que confirmer cette intuition. Ce traitement médiatique a paradoxalement fini par reléguer la tragédie du 7 octobre au rang de simple « fait divers ».

Le 7-10-23 (Israël)
Tout est dit.

Cette bascule s’explique par une saturation de l’actualité, alimentée par les exactions politiques et guerrières du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran que par l’onde de choc des protestations mondiales. On y observe un glissement pervers : si nombre de revendications propalestiniennes s’avèrent légitimes, elles servent trop souvent de paravent à une frange de manifestants pour exprimer, de manière totalement décomplexée, un antisémitisme virulent et jusqu’alors latent.

Les répercussions culturelles sont tout aussi délétères. Pour ne citer qu’un exemple, des artistes israéliens de gauche, pourtant opposés pour la grande majorité à la politique de leur propre gouvernement, se sont vus frappés d’ostracisme et interdits de séjour dans plusieurs pays occidentaux. Au-delà d’une totale confusion idéologique, cette exclusion trahit chez certains la résurgence d’un véritable ADN antijuif.

Dans ce paysage tourmenté, l’extrême droite messianique israélienne — dont les racines idéologiques remontent à plus de deux millénaires — a trouvé son nouvel avatar. Depuis plusieurs mois, les ambitions d’annexion de la Judée-Samarie s’expriment ouvertement au sein même des instances gouvernementales à Jérusalem. Cette dérive non seulement fragilise l’exécutif, mais dynamite le semblant d’ordre que l’on espérait encore voir advenir dans la région.

Pendant ce temps, sur le terrain, les reportages télévisés exposent la détresse de populations décriant leurs conditions de vie lamentables, sans que jamais ces habitants n’osent pointer la coresponsabilité du Hamas dans leur calvaire. Une omerta dont chacun devine aisément les raisons politiques et sécuritaires.

Peut de temps après, à Gaza.
La riposte infernale.

Le cinéma local s’est lui aussi emparé du drame. Des cinéastes israéliens ont produit de nombreux documentaires sur le 7 octobre, s’échangeant massivement leurs images d’archives. J’ai pu observer ce phénomène de près lors de la préparation d’un événement cinématographique auquel je participais, projet que j’ai finalement dû abandonner en raison de profonds différends politiques et narratifs. Mais ceci est une autre histoire.

Si ces productions tendent souvent à se répéter d’un réalisateur à l’autre — la tragédie des otages y occupant logiquement une place centrale —, certaines osent la controverse. Une infime minorité se distingue par son originalité. C’est le cas du très édifiant documentaire Unraveling UNRWA, qui met en lumière la complaisance insidieuse, voire le soutien logistique et militaire, apporté par cette agence onusienne à des groupes armés palestiniens, notamment le Hamas.

Au bout du compte, le constat s’avère aussi cynique qu’inquiétant. À l’instar de tant d’autres nations, Israël fait face à une polarisation extrême. Les réseaux sociaux, la démocratisation sauvage des idées et l’essor de l’intelligence artificielle constituent désormais le socle d’une civilisation humaine qui s’annonce aussi perturbante que déstabilisante.

Dans ce contexte de fracture systémique, les Israéliens sont appelés aux urnes le 27 octobre prochain. Quels que soient les résultats de ce scrutin historique, aucun grand parti ne prône, du moins à court terme, la solution à deux États. Tôt ou tard, pourtant, Israël n’aura d’autre choix que de s’y résoudre.