Wild Horse Nine
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P R I M E U R
Sortie
officielle
Vendredi 06 novembre 2026
En 1973, Chris et Lee, 2 agents de la CIA, sont postés à Santiago, au Chili, à l’aube du renversement, par le général Pinochet, du gouvernement socialiste démocratiquement élu de Salvador Allende. Ils prennent alors quelques jours de vacances et se rendent à l’île de Pâques, une promesse faite par Lee à Chris qui souhaite la visiter avant de mourir.
LE FILM
| de la semaine |
ANGLE
| CRITIQUE |
texte : Pascal Grenier
★★★★ ½
Avec Wild Horse Nine, Martin McDonagh retrouve ce territoire de prédilection où l’humour noir, l’absurde et la violence des rapports humains se côtoient dans un savant mélange d’ironie et de cruauté. Après Three Billboards Outside Ebbing, Missouri et The Banshees of Inisherin, le cinéaste britannique signe une œuvre à la fois plus politique et plus insidieuse, qui prend le temps de déployer ses ramifications avant de révéler toute l’étendue de son jeu de dupes. Une sorte de bromance paranoïaque entre deux agents de la CIA, mais aussi une satire mordante des mécanismes du pouvoir et des interventions américaines à l’étranger.
Paranoïa, trahison
et
chevaux sauvages
L’action se déroule peu avant le coup d’État chilien de septembre 1973. Deux agents de la CIA, Chris (John Malkovich) et Lee (Sam Rockwell), sont envoyés de Santiago vers l’île de Pâques par leur supérieur, MJ. Partenaires de longue date, les deux hommes semblent entretenir une relation faite de complicité, de rivalité et de non-dits. Ce déplacement dans un lieu aussi isolé que spectaculaire aurait tout d’une parenthèse paradisiaque si les circonstances politiques et les vieux démons de chacun ne venaient rapidement assombrir le tableau.
Sur cette île peuplée de statues monumentales et de chevaux sauvages, Chris noue notamment des liens avec deux étudiantes rebelles. Une fréquentation qui, loin de n’être qu’une distraction passagère, menace de faire dérailler le séjour et de faire remonter à la surface des vérités autrement plus compromettantes.
La grande force de McDonagh réside d’abord dans sa manière de laisser respirer son récit. Plutôt que de précipiter les événements, le réalisateur prend le temps de construire les rapports entre ses personnages, de multiplier les échanges en apparence anodins et de distiller, derrière les plaisanteries et les conversations à bâtons rompus, un sentiment grandissant de malaise. Les dialogues, particulièrement savoureux, constituent une fois de plus l’une des grandes réussites du cinéaste. Ils sont ludiques, caustiques, parfois délicieusement absurdes, mais jamais gratuits. Chaque réplique semble cacher une arrière-pensée, chaque trait d’esprit peut dissimuler une menace. Sous cette légèreté de façade se dessine progressivement un climat de méfiance où personne ne paraît véritablement jouer cartes sur table.

Des sourires en guise de paravents.
La distribution contribue largement au plaisir que procure le film. John Malkovich y livre une composition remarquable, probablement l’une de ses plus belles prestations depuis longtemps. Avec son mélange de lassitude, d’arrogance, de fragilité et de lucidité intermittente, il donne à Chris une épaisseur inattendue. Son personnage semble constamment osciller entre la conscience de ses propres contradictions et le désir de continuer à se raconter des histoires.
Face à lui, Sam Rockwell adopte un registre plus contenu, mais tout aussi convaincant. Son Lee sert de contrepoids à l’excentricité de son partenaire, tout en laissant transparaître une inquiétude grandissante. Leur dynamique rappelle par moments celle des personnages de In Bruges ou des Banshees of Inisherin, où l’amitié masculine devient autant une source de réconfort que de ressentiment. Les deux acteurs possèdent surtout cette formidable capacité à rendre fascinantes les conversations les plus banales.
Mais Wild Horse Nine ne se contente pas d’être une brillante comédie de caractères. À mesure que le récit progresse, le film glisse subtilement vers le thriller paranoïaque, multipliant les zones d’ombre, les révélations et les retournements de situation. Ce qui semblait au départ une escapade insolite prend progressivement des allures de piège dont les protagonistes ne maîtrisent plus les règles. McDonagh joue admirablement avec les attentes du spectateur, préférant les surprises savamment préparées aux effets spectaculaires faciles. Cette progression narrative, parfois déconcertante, donne au film une dimension autrement plus inquiétante que ne le laissait présager son humour initial.
Avec Wild Horse Nine, Martin McDonagh signe donc une œuvre d’une grande richesse, aussi drôle que mélancolique, aussi ludique que politiquement incisive. Son rythme volontairement patient pourra dérouter ceux qui attendent un thriller d’espionnage conventionnel, mais cette lente montée en tension fait justement partie de son charme.
La mise en scène mérite également d’être soulignée. Le cinéaste tire un parti remarquable de la géographie singulière de l’île de Pâques. Les imposants moaï, les chevaux sauvages qui parcourent les étendues désertiques et les paysages volcaniques ne constituent jamais de simples cartes postales touristiques. Ils deviennent presque des témoins silencieux des petites et grandes lâchetés humaines. Il y a un contraste particulièrement intéressant entre l’immensité de ces paysages, chargés d’histoire et de mystère, et l’étroitesse morale des individus qui les traversent. Cette beauté presque irréelle renforce aussi le sentiment d’isolement et de menace qui s’installe progressivement.
Derrière son récit situé à une époque précise de l’histoire chilienne, McDonagh propose enfin une réflexion qui dépasse largement le cadre de son intrigue. En toile de fond, les manœuvres de la CIA et les événements entourant le renversement du gouvernement de Salvador Allende rappellent les conséquences des ingérences américaines dans les affaires politiques d’autres pays. Sans transformer son film en dissertation historique, le réalisateur établit des résonances évidentes avec l’actualité internationale. Les méthodes changent, les discours se renouvellent, mais les rapports de force et les ambitions impérialistes demeurent des sujets d’une troublante actualité.
Avec Wild Horse Nine, Martin McDonagh signe donc une œuvre d’une grande richesse, aussi drôle que mélancolique, aussi ludique que politiquement incisive. Son rythme volontairement patient pourra dérouter ceux qui attendent un thriller d’espionnage conventionnel, mais cette lente montée en tension fait justement partie de son charme.
Le film confirme surtout le talent singulier d’un cinéaste capable de faire surgir l’absurde au cœur des situations les plus sombres. Et avec une distribution aussi inspirée, des dialogues aussi brillants et une mise en scène aussi évocatrice, voilà un sérieux candidat aux récompenses de fin d’année. Si la prochaine saison des Oscars devait retenir quelques œuvres marquantes, celle-ci aurait certainement de solides arguments à faire valoir.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Martin McDonagh
Scénario : Martin McDonagh. Direction photo : Ben Davis. Montage : Mikkel E.G. Nielsen. Musique : Carter Burwell.
Genre(s) : Comédie dramatique
Origine(s)
États-Unis / Grande-Bretagne / Chine
Année : 2026 – Durée : 1 h 56 min
Langue(s)
V.o. : anglais ; s.-t.f.
Cheval sauvage numéro neuf
Distributeur
Searchlight Pictures
Contact info.
[ Walt Disney Pictures ]
Diffusion
Cineplex

Martin McDonagh
Crédit : @ IMDb
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
[ Violence / Langage vulgaire ]
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
