The Times They Are A Changin’

CRITIQUE
scène

Élie Castiel

★★★ ½

Chanter pour changer un monde fracturé

Uniquement, deux personnages sur scène, une narratrice-chanteuse et son pendant masculin. Une bande de musiciens aussi enthousiastes que persévérants. Non pas une comédie musicale que ce The Times They Are a Changin’, mais un concert-hommage aux années 1960, particulièrement la fin de cette décennie particulière.

À travers le prisme et l’éthique de chansons engagées, aussi bien que chargées d’airs inoubliables, tout simplement. On évitera la liste d’épicerie, mais comment ne pas citer le Suzanne de notre Cohen national, The Sound of Silence de Paul Simon, Like a Rolling Stone de Boy Dylan, et le nostalgique Changes de Phil Ochs, qui émeut l’âme et ravive l’esprit, disparu trop tôt dans des circonstances tragiques (suicide par pendaison). Déjà, sa chanson There But for Fortune (également au programme) fait part d’un pessimisme pourtant annonciateur des temps qui vont suivre.

Voyage nostalgique, retour sur la mémoire, théâtre musical digne de son nom, The Times They Are A Changin’ illumine la grande scène du Segal, subtilement, sans trop de bruit, mais avec assez de prestance, d’élégance, de bon-goût et, plus que tout, d’un rapport au public des plus bienveillants.

Suite

Les 3 sœurs

CRITIQUE
scène

Élie Castiel

★★★★

Les saisons

de l’âme

Evelyne Brochu (Macha) & Éric Bruneau (Alexandre) > Crédit photo @ Yves Renaud

 

Théâtre de chambre (ou de jardin), de l’intime, de l’oisiveté d’une classe semi-bourgeoise privilégiée qui se permet une domestique, sorte de seconde mère, comme si elle faisait partie de la famille et lorsque les temps sont durs, elle doit partir.

Les femmes, notamment les trois sœurs dont il est question, regrettent ce départ. Les hommes de l’époque, c’est la virilité, la droiture, l’amour des femmes et de la patrie, de la Terre nourricière, conditions de l’Homme montrées selon le niveau de charges hormonales dans le corps de chacun d’eux.

Et un auteur intransigeant malgré l’amour qu’il porte à ses prochains, et surtout à ses prochaines. Effectivement, Les 3 sœurs respire la haine et l’amour, la beauté filiale et le besoin de la famille. On se dispute pour retrouver des moments plus tard plus sereins. Le dialogue entre René Richard Cyr et Anton Tchekhov est teinté d’ententes réciproques. Notre Québécois national est un monument car il fait partie de cette génération d’investi(es)-artistes dans tout ce qu’ils ou elles font. Pour elles, pour eux, il s’agit d’une seconde nature.Suite

Mektoub, My Love : Canto Uno

Préambule
Le film est projeté uniquement ce soir à 21 h au Cinéma Moderne. Le 14 mars, une seule représentation est prévue. Triste état des choses en matière de distribution et de diffusion de certains films à Montréal. Le film de Kechiche date de 2017, accusant déjà du retard. Quoi qu’il en soit, ou bien le public cinéphile s’est rétrécit comme peau de chagrin en ce qui a trait au Grand Écran, soit qu’il préfère le confort du foyer et les écrans 60 pouces, faussement vivifiants, avec toutes les interruptions que cela comporte. Sans compter, bien sûr, sur l’aspect socialisation qui ne semble plus avoir du sens de nos jours. En revanche, à KinoCulture Montréal.com, une Primeur n’est considérée comme telle que si elle est présentée tous les jours de la semaine, à raison d’au moins une (1) fois par jour. Ce qui explique que la critique se retrouve dans notre case « En lumière », par défaut, section privilégiée. Pour le cinéphile averti, néanmoins, programmer une semaine de cinéma devient de plus en plus compliqué.

SUCCINCTEMENT
Août 1994. Originaire de Sète, Amin délaisse temporairement Paris pour rendre visite à ses parents qui tiennent un restaurant tunisien sur la côte méditerranéenne. Il retrouve Tony et Ophélie, son cousin et son amie avec lesquels il mène une existence oisive en fréquentant les plages et les boîtes de nuit. Passionné de photographie, Amin profite de cette pause pour capturer quelques paysages et se payer aussi du bon temps.

HORS-CHAMP

texte
Élie Castiel

★★★ ½

Il n’est pas surprenant que le premier plan du film montre Amin (très bon et beau Shaïn Boumedine – premier rôle étincelant à l’écran) à bicyclette s’en allant voir son cousin Tony (efficace et cinégénique Salim Kechiouche – Grande École (2004) signé Robert Salis, de bonne mémoire). Il le surprend par la fenêtre en train de faire l’amour avec son amie. Scène de baise, joyeusement consentie qui, sans doute, explique le classement interdit aux moins de 16 ans.

Comme un été capricieux

Et puis, un autre film surgit comme par hasard. Cinq ans après le lumineux La vie d’Adèle,  Abdellatif Kechiche signe une œuvre complexe dû, justement, à sa construction. Un univers presque banal où ce qu’on se dit n’a d’ailleurs aucune importance. Bref, un film sur ce qu’on appelle si bien en anglais, nothingness – en français, je suppose le néant, le rien. Mais dans le langage cinématographique, le vide, donc l’espace, le lieu filmé.

Filmer le champ d’attraction, c’est de cela qu’il s’agit dans Mektoub, My Love : Canto Uno, comme un requiem à l’oisiveté, à l’obsession de redémarrer à vivre l’instant qui passe, les moments qui s’envolent en un tour de main.Suite

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