La mise en scène ludique, séduisante, de Krista Jackson, accompagnée des décors extravagants de Jawon Kang, illumine la grande salle du Monument-National. Proposition intemporelle que cette Nell Gwynn, s’inscrivant dans l’air du temps, au moment où la mouvance artistique au féminin perce de plus en plus. La plume de Jessica Swale évoque les grands écrits classiques où humour, drame, sentiments amoureux et demi-teintes s’expriment avec autant de légèreté que d’élégance; comme s’il s’agissait d’une petite révolution intérieure, la femme s’ouvre aux expériences que l’homme a toujours eues par défaut.
Le hasard veut que Nell devienne comédienne, provoquant chez un certain public une gêne d’abord, mais un nouveau monde auquel il faudra s’habituer, une approche près du réel – les comédiens jouant des rôles de femmes exprimaient des mouvement et des gestes exacerbés, affichant pour ainsi dire des airs de fausseté. Avec la femme, l’authenticité s’annonce et tout n’est que pour le mieux.
… ce qui est le plus touchant, c’est de constater que le spectateur est rivé à son siège, retenant son souffle devant la caresse des mots, les phrases brillantes, les double entendres, ou si vous préférez les doubles-sens, chers à la dramaturgie d’une certain époque.
SUCCINCTEMENT Leningrad, juste après le siège de la ville, à l’automne 1945. Iya est sujette à des crises de spasmes, causées par le syndrome de choc post-traumatique.
INCONTOURNABLE de la semaine
texte Luc Chaput
★ ★ ★ ★
Amies à la vie
et à la mort
Un jeune homme invite son amie dans la propriété campagnarde de ses parents pour la présenter à ces derniers. Autour de la table de ce dîner dans un manoir issu de l’Ancien régime, la tension est palpable. Kantemir Balagov la filme simplement laissant aux acteurs le soin de montrer la distance sociale et émotionnelle qui sépare leurs personnages.
Depuis longtemps, le cinéma russe et soviétique s’est construit entre deux pôles, Moscou, capitale et mégapole d’où la plupart des films à gros budgets sont issus et Leningrad redevenu Saint-Pétersbourg, ville plus tournée vers l’Europe depuis Pierre le Grand, qui a favorisé les films d’art et essai dont ceux d’Alexandre Sokourov (L’Arche russe).
En s’inspirant du récit documentaire La guerre n’a pas un visage de femme du prix Nobel 2015 Svetlana Alexievich, ce jeune cinéaste de 28 ans, confirme ainsi sa place toute récente dans l’histoire du cinéma et dans celle toujours renouvelée du cinéma de guerre et de paix.
Le jeune réalisateur russe Balagov qui avait montré son grand talent dans Tesnota(Une vie à l’étroit) en 2017, s’attaque à la période après la victoire des Alliés où tout est à reconstruire en URSS. Iya et Masha sont deux personnes représentatives du travail, de l’abnégation et du courage de cette moitié du monde pendant ce long conflit. L’échalas, grande blonde quelque peu maladroite dont le surnom est le titre du film, a subi en tant que combattante anti-aérienne un traumatisme qui se traduit par des crises de nature épileptique où un son strident domine. Son amie et collègue combattante, rousse plus débrouillarde, vient en automne 1945 la retrouver à Leningrad. Les coscénaristes Balagov et Alexander Terekhov emploient l’hôpital pour les anciens combattants comme lieu de monstration et de guérison de ces traumatismes physiques et psychologiques. Ces blessures frappent autant de manières diverses le personnel que les patients dans cette ville qui a subi il y a peu un siège de 900 jours.
La caméra de Ksenia Sereda, jeune directrice photo de 24 ans, se promène dans ces grands couloirs, ces salles ou ces petites pièces des appartements communautaires où les interactions sont encore compliquées par la proximité des êtres. Le cinéaste entrecroise ces diverses histoires autour des deux amies jusqu’à des points de jonction dont la scène décrite plus haut. La distance ontologique entre les prolétaires des appartements et la nomenklatura dans ses privilèges du manoir y est alors patente. Des séquences où les dominantes de rouge et de vert s’opposent ou se conjuguent dans un environnement citadin qui privilégie par ailleurs le gris et les diverses teintes de brun.
L’interprétation modulée et finement accordée entre les deux actrices Viktoria Miroshnichenko et Vasilisa Perelygina dans les deux rôles principaux rend bouleversants ces choix cornéliens devant la souffrance omniprésente et la nouvelle vie espérée dans une codépendance affective. En s’inspirant du récit documentaire La guerre n’a pas un visage de femme du prix Nobel 2015 Svetlana Alexievich, ce jeune cinéaste de 28 ans, confirme ainsi sa place toute récente dans l’histoire du cinéma et dans celle toujours renouvelée du cinéma de guerre et de paix.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation Kantemir Balagov
Genre(s) Drame
Origine(s) Russie
Année : 2019 – Durée : 2 h 17 min
Langue(s) V.o. : russe; s.-t.a. ou s.-t.f. Une grande fille
Dylda