The Road Between Us:
The Ultimate Rescue

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 03 octobre 2025

RÉSUMÉ SUCCINCT
L’histoire de Noam Tibon, général à la retraite des Forces de défense israéliennes, qui s’est lancé dans une mission héroïque pour sauver sa famille, dont ses deux petites-filles, encerclées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.

ANGLE
CRITIQUE
Élie Castiel

★★★ ½

Rescaper

les vivants

 

Originaire de Montréal, Barry Avrich s’est fait connaître, en partie, par ses adaptations shakespeariennes et ses sujets controversés, posant le plus souvent un regard décomplexé. Il n’est donc pas surprenant que devant l’ampleur qu’ont pris les évènements à Gaza, la Cisjordanie et le sud du Liban, et qui semblent s’éterniser, il devait, ses origines juives à l’appui, aborder le sujet du 7 octobre 2023, un peu trop oublié et s’est vite transformé en simple fait divers devant la réponse israélienne.

Après la controverse entourant The Road Between Us: The Ultimate Rescue au récent TIFF, dont on se pose bien la question après avoir vu le film, ici, à Montréal, en salle, le tout ressemble plus à un coup de publicité bien orchestré qu’à tout autre chose. Résultat dans le cas qui nous préoccupe vraiment surprenant si on considère les divers et nombreux documentaires sur la question, plusieurs forts honorables, mais ici un nouveau souffle bien intéressant, abordant une nouvelle thématique, fort originale.

Les efforts de Noam Tibon, ancien Général des forces de défense israéliennes voulant sauver sa famille encerclée par les terroristes du Hamas le jour que l’on sait, traduisent admirablement bien la thèse du réalisateur : suivre les détails d’un sauvetage en temps réel, véritable course contre la montre où le principal intéressé se voit refuser l’accès par les soldats israéliens, au Kibboutz où son fils et sa jeune famille sont cachés, prenant refuge à l’intérieur dans leur maison, dans une chambre-bunker.

Noam Tibon. Non seulement un moment de recueillemant,
mais également l’aspiration à un changement radical.

Ce détail important constitue une des variantes de la thèse que semble défendre Avrich. Le désordre quasi total, à ce moment précis, de l’armée israélienne (ou plutôt du gouvernement en place, accumulant les envolées les plus controversées ouvertement aux yeux du monde) plus atteint par la perte soudaine et inattendue d’invulnérabilité tant affichée depuis que l’État existe que par la tragédie du 7 octobre ; et qui continue d’attiser les passions jusqu’à ce jour et divise l’opinion publique israélienne, sans compter celle de plusieurs pays.

Cette constatation se confirme par le discours vers la fin du film tenu par Noam Tibon suite à une question du réalisateur. Dommage que sa réponse demeure tout en retenue signalant néanmoins que le pays est aujourd’hui dans un tel état moral et politique, qu’il est temps de trouver une « nouvelle voie ». Mais laquelle ? Il n’ira pas plus loin.

Les efforts de Noam Tibon, ancien Général des forces de défense israéliennes voulant sauver sa famille encerclée par les terroristes du Hamas le jour que l’on sait, traduisent admirablement bien la thèse du réalisateur : suivre les détails d’un sauvetage en temps réel, véritable course contre la montre où le principal intéressé se voit refuser l’accès par les soldats israéliens, au Kibboutz où son fils et sa jeune famille sont cachés, prenant refuge à l’intérieur dans leur maison, dans une chambre-bunker.

Nous savons tous que dans cette terrible affaire, le Hamas a tout commencé et qu’il ne cherche en fait que l’anéantissement d’Israël, et que dans le « discours de la rue » d’un peu partout dans le monde, les atrocités, les viols, les assassinats, sans compter les otages dont plusieurs sont encore détenus, morts ou vivants, tous ces exposés sont pris comme de simples détails en comparaison à l’enfer gazaouie qu’ils perçoivent comme génocide.

Le Moyen-Orient dans ses états les plus effervescents dont les dernières nouvelles semblent offrir, peut-être, un répit. Du moins on ne peut que l’espérer. Mais avant tout, Barry Avrich, sans vraiment le discourir, nous montre que malgré ce que le gouvernement en place laisse croire, les Israéliens, eux, ne sont pas ce que l’on pense. Être persuadé du contraire serait un pur acte d’antisémitisme.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Barry Avrich

Scénario : Barry Avrich. Direction photo : Or Azulay, Dan Bronfeld, Ken Ng. Montage : Dave Kennedy. Musique : Mark Selloy.

Genre(s)
Documentaire
Origine(s)
Canada
Année : 2025 – Durée : 1 h 35 min
Langue(s)
V.o. : anglais
The Road Between Us : The Laste Rescue

Barry Avrich

Dist. @
Cineplex Pictures
Contact @
[ Melbar Entertainment Group ]

Diffusion @
Cinémas Starz
Cineplex

Classement
Visa GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

The Smashing Machine

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 03 octobre 2025

RÉSUMÉ SUCCINCT
L’histoire de Mark Kerr, légende du MMA des années 1990.

Le FILM
de la semaine

ANGLE
CRITIQUE
Pascal Grenier

★★★★

Le combat

derrière

le combat

 

On savait Benny Safdie habité par une pulsion de cinéma brute, frontale, organique, mais on pouvait craindre qu’en s’émancipant de son frère Josh, ce cinéma perde sa densité nerveuse et son chaos maîtrisé. Or, avec The Smashing Machine, le cinéaste signe une œuvre dense et rugueuse, à la fois profondément personnelle et résolument tournée vers la figure mythique qu’est Mark Kerr, ancien champion de lutte, pionnier de ce qu’on appelait encore le « combat libre » à la fin des années 1990. Le film, qui ne couvre qu’un mince fragment de sa trajectoire – essentiellement son tournoi au Japon en 1999 et ses démons intérieurs –, s’impose comme un drame biographique à la fois intime et immersif, un geste de cinéma qui hésite constamment entre l’hommage et l’épreuve.

Évidemment, la première surprise et peut-être la plus grande c’est Dwayne Johnson dans le rôle de Kerr. On s’entend : The Rock est presque du même âge que le vrai Mark Kerr aujourd’hui, et il paraît à mille lieues de ses années de gloire dans l’Octagon de Pride. Sur papier, c’est un contresens de casting, un anachronisme grotesque. Et pourtant, sur l’écran, le miracle opère. Enfin débarrassé de son vernis hollywoodien de super-héros en plastique et de films familiaux qu’il campe trop souvent, Johnson plonge corps et âme dans ce rôle. Il livre sans doute la performance de sa carrière, un rôle de vie, un contre-emploi absolu. Ses épaules massives portent cette fatigue existentielle, cette douleur muette d’un homme écrasé par ses choix et ses excès. On ne voit plus « The Rock »,  on voit Kerr, abîmé, déchiré, mais obstinément vivant.

Une profonde réflexion sur le prix du succès.

Certains diront qu’un tel biopic était superflu, que John Hyams avait déjà tout dit avec son documentaire de 2002 du même titre – œuvre crue, dévastatrice, toujours difficile à oublier. Safdie ne l’ignore pas : il intègre Hyams comme consultant, et emprunte d’ailleurs à son approche documentaire une esthétique sensorielle volontairement chaotique. Tourné en 16 mm pour les moments intimes, et en HD vidéo pour les combats, The Smashing Machine cherche moins à raconter qu’à immerger. Le spectateur est plaqué au sol, pris dans la sueur, les respirations, les tremblements, et ce cinéma-là, viscéral, justifie en partie la redite. Ce n’est pas tant « l’histoire de Kerr » qu’on revoit, c’est son vécu immédiat, comme si l’on rouvrait une plaie encore vive.

L’autre atout du film, c’est sa galerie de personnages secondaires. Ryan Coleman, incarné par le véritable combattant Ryan Bader, trouve sous la direction attentive de Safdie une justesse étonnante, ni héroïsée ni ridiculisée, mais inscrite dans la fraternité compétitive et l’ombre de Kerr. Et puis il y a Emily Blunt, dans un rôle qui pourrait paraître cliché – l’épouse frustrée, témoin silencieux des dérives d’un homme – mais qui, entre les mains de l’actrice, prend une teinte ambiguë, presque mystérieuse. Son regard, souvent plus que ses mots, pèse sur l’errance de Kerr et l’inscrit dans une dimension tragique, presque opératique.

En définitive, The Smashing Machine n’est ni un chef-d’œuvre, ni un film inutile. C’est une œuvre imparfaite, mais habitée, à la fois hommage vibrant aux pionniers d’un sport devenu planétaire et portrait d’homme tragique. Safdie réussit son pari solo, et Dwayne Johnson, à la surprise générale, trouve enfin un rôle à la mesure de son corps et de sa fragilité. On sort du film avec la sensation paradoxale d’avoir assisté à un combat, pas seulement sur le ring, mais entre un homme et son propre destin.

On ne peut pas, évidemment, éviter les comparaisons. Safdie semble assumer de se placer dans la filiation directe de The Wrestler d’Aronofsky et de Raging Bull de Scorsese. Deux monuments. Bien entendu, The Smashing Machine ne les égale jamais mais il en propose une variation crédible, sincère et habitée. Là où Aronofsky misait sur le pathos et Scorsese sur la transcendance stylistique, Safdie privilégie le collage documentaire, la matière brute, la confusion des sensations.

Enfin, il faut souligner l’apport sonore : la musique de Nala Seniphro, musicienne de jazz expérimental, installe une ambiance flottante, quasi hypnotique. Ses nappes sonores accompagnent les silences, les errances nocturnes de Kerr, et contrastent violemment avec la brutalité des combats. C’est une présence fantomatique, sensorielle, qui élève l’œuvre au-delà du simple biopic sportif.

En définitive, The Smashing Machine n’est ni un chef-d’œuvre, ni un film inutile. C’est une œuvre imparfaite, mais habitée, à la fois hommage vibrant aux pionniers d’un sport devenu planétaire et portrait d’homme tragique. Safdie réussit son pari solo, et Dwayne Johnson, à la surprise générale, trouve enfin un rôle à la mesure de son corps et de sa fragilité. On sort du film avec la sensation paradoxale d’avoir assisté à un combat, pas seulement sur le ring, mais entre un homme et son propre destin.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Benny Safdie

Scénario : Benny Safdie. Direction photo : Maceo Bishop. Montage : Benny Safdie. Musique : Nala Sinephro.

Genre(s)
Chronique biographique
Origine(s)
États-Unis
Année : 2025 – Durée : 2 h 03 min
Langue(s)
V.o. : anglais & Version française
Le combattant

Benny Safdie

Dist. @
V V S Films
Contact @
[ A24 ]

Diffusion @
Cineplex

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

 

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

 

Tableau d’une exécution
@ Théâtre du Rideau Vert

CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel

★★★★

Les paradoxes

de l’autonomie

 

Le doge de Venise (campé magistralement par un Jean-Moïse Martin totalement habité de son personnage) est un amoureux de l’art ou du moins fait semblant de l’être. Il commande un tableau de Galactia, artiste peintre de renommée qui finit par être convaincue d’accepter la proposition. Que peut-on ajouter sur Sylvie Drapeau, simplement qu’elle atteint des niveaux d’excellence d’une pièce à l’autre, comme c’est le cas ici aussi, transformant son personnage, dans toute sa complexité, en démiurge de l’art de la création.

Un début magnifique dans Tableau d’une exécution, traduction de l’original Scenes from an Execution. Galactia, pour les besoins de la pièce, mais inspirée de la peintre baroque Artemisia Gentileschi, sujet déjà adapté au cinéma.

Le verbe, la majestuosité de l’art, l’art comme nécessaire à l’Humanité, dépassant tous les excès, et sous l’œil vigilant, autoritaire, volontairement individualiste, fou et écorché de l’artiste ; pour elle, une discipline qui ne peut réussir que dans l’absolue liberté, sans contraintes ou autres déboires venant des autres individus.

Les autorités de l’autre côté, incluant bien entendu, le clergé, à une époque où l’Église et l’État sont liés par une sorte de pacte immuable. Et en plus Galactia est connue pour ses profusions en matière de sexualité, particulièrement avec des hommes (beaucoup) plus jeunes qu’elle.

L’artiste et les autocrates de la pensée dominante.
Crédit : Ève B. Lavoie

Femme autonome sur tous les points, artiste jusqu’au-boutiste, confondant parfois excès et naturel dans ses peintures. Dans leur ensemble, révélatrices d’une société qui se perd dans la violence, favorise les conflits armés au nom de Dieu et de la Patrie. Mais même les esprits libres, sont-ils capables de comprendre les intentions derrière ces tableaux ?

Dans une pièce où la pensée critique est l’une des principales composantes, on a droit à une mise en scène inventive de Michel Monty, totalement impliqué dans cette aventure, fort probablement l’une des pièces les plus fortes de la saison-TRV 2025-2026, un tour de force, soyons honnêtes, qui en quelque sorte, annonce la nouvelle direction que Benoît McGinnis assure l’an prochain. Il est certain que pour sa dernière envolée à la barre du TRV, Denise Filiatrault en a tenu compte et composé un choix de pièce délibéré, au diapason de ce à quoi on peut s’attendre.

Le pouvoir de l’un et la résistance de l’autre
Crédit : Ève B. Lavoie

Une scénographie d’Olivier Landreville dont la reproduction du tableau La bataille de Lépante, exécuté en 1683 par un certain Laureys a Castro, constitue un détail central pour comprendre les enjeux de cette déclaration intellectuelle qui anime l’esprit de réflexion.

Mais c’est surtout à la liberté de créer, sans heurts, que Tableau d’une exécution s’adresse, signalant pour ainsi dire que le présent n’est pas si absent d’entraves même dans les démocraties les plus infaillibles.

On ne peut passer sous silence la musique impertinente, démonstrative et intemporelle du duo musical lefutur. Elle est omniprésente, mais dans le même temps participe de ce jeu fragile qui rend la pièce aussi contemporaine que jouant avec l’intemporalité.

Mais c’est surtout à la liberté de créer, sans heurts, que Tableau d’une exécution s’adresse, signalant pour ainsi dire que le présent n’est pas si absent d’entraves même dans les démocraties les plus infaillibles. Réappropriation sans frontières du populisme ambiant ? Gouvernements de plus en plus autoritaires ?

Une pièce essentielle qui se garde de tout reproche.

FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE

Texte
Howard Barker
Traduction
Jean-Michel Déprats, à partir de

Scenes from an Execution
Mise en scène
Michel Monty

Assistance à la m.e.s.
Elaine Normandeau

Interprètes
Sylvie Drapeau, Anne-Marie Binette
Frédéric Charbonneau, Patrick Coquereau
Maxime Denommée, Jean-Moïse Martin
Marcel Pomerlo, Ève Pressault

Décors : Olivier Landreville. Costumes : Pierre Guy Lapointe. Éclairages : Renaud Pettigrew. Musique : lefutur.

Durée
1 h 50 min
[ Sans entracte ]
Public (suggéré)
Déconseillé aux moins de 13 ans
Diffusion & Billets @
TRV
Jusqu’au 25 octobre 2025

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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