RÉSUMÉ SUCCINCT
Ryosuke plaque tout pour vivre de la revente en ligne. Mais bientôt, certains clients menaçants resserrent l’étau autour de lui sans qu’il en comprenne les raisons.
RÉSUMÉ SUCCINCT Une enfant de sept ans vit dans une ferme au moment de la fin de la Rhodésie.
CRITIQUE Luc Chaput
★★★
L’impertinence du regard enfantin
La caméra portée près du plancher filme la nuit l’intérieur calme d’une maison ouverte aux quatre vents. Une petite fille se réveille en sursaut et, prenant un bougeoir, se rend à la salle de bains.
Une ferme près de la frontière orientale de la Rhodésie avec le Mozambique est le centre de la chronique vécue jeune par Alexandra Fuller et qui est la base de ses mémoires portant ce long et biscornu titre éponyme. La famille a d’ailleurs plusieurs chiens et elle élève du bétail. Bobo, surnom d’Alexandra, peut presque faire tous les quatre cents coups sur sa motocyclette de brousse. C’est par ce biais que la réalisatrice nous introduit dans ce monde dans lequel persiste une forme d’apartheid.
Une famille presque comme les autres.
Embeth Davidtz, en adaptant les mémoires de Fuller, établit les désirs contradictoires des quatre membres de la famille. Tim le père est plus concerné par les opérations militaires auxquelles il participe, Vanessa l’adolescente par la découverte de nouvelles émotions, Bobo par l’autonomie qu’on lui accorde et par sa relation privilégiée avec la bonne qui l’abreuve de contes et qui s’occupe plus d’elle que sa mère. Davidtz s’est réservé le rôle le plus complexe qu’elle défend avec âpreté de Nicola, la mère maniaco-dépressive et alcoolique qui craint de voir la terre dont elle a héritée se dérober sous ses pieds.
L’interprétation remarquable de la jeune actrice Lexi Venter en Bobo qui, par ses questions, ses réflexions, son amitié inconditionnelle avec Sarah, la bonne à laquelle Zikhona Bali confère une noble grandeur, constitue la colonne vertébrale de cette plongée dans un moment d’histoire où le sud de l’Afrique commençait à changer profondément.
La caméra de Willie Nel oppose les couleurs des plantes de cette région agricole aux bruns et ocres de la ferme. La caméra souvent en mouvement rend bien la tension qui existe avant et après les élections. Une visite à la capitale régionale signale par des ralentis les modes de vie bien différents entre la majorité noire parlant et chantant en langue Shona et les blancs vivant dans les quartiers huppés. Des opérations policières contrastent aisément avec les activités ludiques de cette minorité encore sure de ses droits. L’interprétation remarquable de la jeune actrice Lexi Venter en Bobo qui, par ses questions, ses réflexions, son amitié inconditionnelle avec Sarah, la bonne à laquelle Zikhona Bali confère une noble grandeur, constitue la colonne vertébrale de cette plongée dans un moment d’histoire où le sud de l’Afrique commençait à changer profondément.
Scénario : Embeth Davidtz, d’après l’ouvrage éponyme d’Alexandra Fuller. Direction photo : Willie Nel. Montage : Nicholas Costaras. Musique : Chris Letcher.
Genre(s) Chronique Origine(s) Afrique du Sud Année : 2024 – Durée : 1 h 39 min Langue(s) V.o. : anglais, shona; s.-t.a. Don’t Let’s Go to the Dogs Tonight
Embeth Davidtz
Dist. [ Contact ] @ Métropole Films [ Mongrel Media ]
RÉSUMÉ SUCCINCT
Mai 2020 à Eddington, petite ville du Nouveau Mexique, la confrontation entre le shérif et le maire met le feu aux poudres en montant les habitants les uns contre les autres.
CRITIQUE Élie Castiel
★★★ ½
Il était une fois
en Amérique
De Ari Aster, Midsommar (Solstice d’été) avait laissé, chez d’aucuns, un goût de plénitude, mêlée de fascination. Dans le cinéma indie américain, un cinéaste à part, ce qui veut dire qui se démarque par son originalité dans la structure de la mise en scène et la proposition formelle. On avait pensé qu’il deviendrait une nouvelle voix dans le cinéma de genre. Aujourd’hui, avec Eddington, présenté à Cannes, un nouveau cycle semble se créer pour lui, sans doute influencé par les changements rapides et obsédants qui s’opèrent dans son pays.
Ici, une totale déconstruction des codes de la réalisation, non pas pour épater la galerie, de préférence pour amalgamer le sujet au récit, justement en lui infligeant une sorte de chavirement – quoi de mieux alors que mettre en scène les covidés de 2020 dans une Amérique profonde, plus précisément à l’intérieur d’un patelin presque surréaliste du Nouveau-Mexique, lieu de tous les paradoxes.
C’est bien clair : Eddington est un opéra moderne sauvage qui produit, quoiqu’en mode mineur, le même effet que le culte de Sam Peckinpah de 1969, The Wild Bunch (La horde sauvage).
Pour l’histoire : Joe Cross, le Shérif (parfait Joaquin Phoenix) et Ted Garcia, maire (Pedro Pascal, efficace, de plus en plus présent à l’écran) briguent pour la mairie, bien sûr, Garcia, pour un autre mandat.
« Tu essaies simplement d’empêcher ma candidature »
Face-à-face mouvementés, trahisons, stratégies guerrières, coups bas. Toutes ces thèmes qu’on a toujours associés au western. Pour Aster, la possibilité de larguer l’horreur sophistiquée au profit d’un genre « à part », une mixité de genres, pour le simple plaisir de la création, mais surtout pour une réflexion d’un pays qui ne sait plus où il se dirige. Car Eddington se présente comme un nom/prénom annoncée, celui d’une Amérique qui se rappelle son Histoire et la remet en scène chaotiquement. L’ère-Trump dans tous ses états, d’âme, de manque de direction, d’acharnement contre le milieu médical et scientifique. On porte le masque seulement si on le désire. Le reste, tous, des mensonges fabriqués.
On filme les gens collés à leur portable. On filme les habitants cloués à leur concept des choses, c’est-à-dire « pas de concept ». Des idées fausses sur une Amérique aux causes indéfendables, aux vices sociaux qui se vivent en plein jour – un ensemble de contradiction qui rendent le film aussi vénéneux que compatissant, car même dans sa dégradation morale (on ne vous dira rien d’autre), le personnage de Cross, en mode-interprétation, déconstruit simplement les lois de la gravité. Car Phoenix, encore une fois, lui donne une qualité humaine bouleversante.
Parfaite contribution de l’Iranien Darius Khondji, directeur photo à l’échelle mondiale, qui filme ici avec une obsession presque dérangeante, mais tout aussi équilibrée, rendant ce qui paraît illogique, logique, le vrai du faux, des notions qui se permettent de cohabiter, pour mieux nous perdre. Un lieu perdu qui se transforme en véritable champ de bataille. Et la poussière qui n’essaie même pas de voiler ce qui se passe.
On filme les gens collés à leur portable. On filme les habitants cloués à leur concept des choses, c’est-à-dire « pas de concept ». Des idées fausses sur une Amérique aux causes indéfendables, aux vices sociaux qui se vivent en plein jour – un ensemble de contradiction qui rendent le film aussi vénéneux que compatissant, car même dans sa dégradation morale (on ne vous dira rien d’autre), le personnage de Cross, en mode-interprétation, déconstruit simplement les lois de la gravité. Car Phoenix, encore une fois, lui donne une qualité humaine bouleversante.
Et une finale « case-départ » faussement rédemptrice qui défie les lois fondatrices de la raison et de la morale.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Ari Aster
Scénario : Ari Aster. Direction photo : Darius Khondji. Montage : Lucian Johnston. Musique : The Haxan Cloak, Daniel Pemberton.
Genre(s) Drame Origine(s) États-Unis Année : 2025 – Durée : 2 h 28 min Langue(s) V.o. : anglais; s.-t.f. & Version française Eddington