Glenn Gould, naissance d’un prodige
@ TRV

CRITIQUE
[ Scène ]

Élie Castiel

★★★★

 

Crédit : Martin Girard
(Shoot Studio)

L’étonnant dans l’adaptation québécoise de la pièce du Français Ivan Calbérac est d’être portée par des comédiens exceptionnels. Effectivement, il est difficile de les départir tant leurs prestations confirment jusqu’à quel point les rôles était expressément écrit pour chacun d’eux.

 

Pièces achevées

pour

piano mécanique

 

Un décor sobre, comme il se fait de plus en plus dans le théâtre québécois, une stratégie d’économie qui, dans le même temps, solidifie le travail de la mise en scène, la rendant plus aérée, précise, rompant avec les vieilles traditions, complice de ce travail d’équipe qui confirme les nouvelles règles dans le milieu théâtral.

Glenn Gould, naissance d’un prodige, titre porteur d’une proposition aussi directe que possible, détrônant le doute, suivant une ligne de conduite bien directe, ne substituant aucun moment à des incongruités ou des afféteries.

Justement, le vocable « moment » est ce qui se démarque dans l’adaptation d’Emmanuel Reichenbach. Ces moments sont des scènes, des anecdotes dans la vie du pianiste qui prennent des proportions inégalées. Aucun mot de travers, rien du domaine de l’inutile.

En presque 90 minutes, on parle de l’enfance à la mort de l’artiste avec une rapidité qui ne laisse pas paraître sa durée. C’est le mystère du travail de Frédéric Bélanger, rendant justice en même temps à Gould, l’artiste. Devant son piano, Gould, de son vrai nom « Gold », changé par le paternel à une époque où cette appellation trop « juive », milieu des années 1940 pouvait compromettre la situation sociale alors que les Gold n’étaient pas Juifs, ni antisémites d’ailleurs.

Une attitude particulière.
Crédit : Danny Taillon

Le concept vidéo, de plus en plus en vogue dans les mises en scène théâtrales procèdent de cette structure à montrer les lieux, certaines actions, voire des moments documentaires des vrais personnages. Ce rapprochement, dans un sens, avec le cinéma, permet de documenter la proposition sans avoir recours à des structures de mise en scènes plus compliquées.

Entre le « vrai » Gould et l’interprété, une ressemblance hallucinante qui émerveille, et que Maxime de Cotret s’en empare avec une déréliction voulue, tant son personnage, qui souffre d’autisme, savoure la vie entre la souffrance de la création et le désir d’aimer.

Le moment final, qui n’est pas en fait une surprise, rejoint dans le domaine de la mise en scène, ce fondu au noir qui nous laisse la gorge serrée, non pas par l’émotion qu’il procure, mais surtout en raison de son caractère impromptu qui rend la suprématie du théâtre encore plus éloquente.

Au personnage de la mère, Danielle Proulx est souveraine, rendant le complexe freudien d’Œdipe qu’elle ne semble pas abandonner en une sorte de relation protectrice. Après tout, c’est elle qui l’a mis au monde.

Et que n’approuve pas le père ; un Henri Chassé, entre la vanité virile d’homme de famille qu’on ne semble pas écouter et le manque d’affection que tout homme de cette époque normalement constitué n’avoue pas, même à ses proches.

Revenons aux faits.
Crédit : Danny Taillon

Il y a aussi le jeu probant des autres interprètes, tous et toutes lancé(es) dans des situations aussi vulnérables où elles/ils sont contraints de composer avec une morale qui n’en est pas une. Même Jessie (sensible Catherine Renaud), l’amoureuse incomprise, prise entre les tourments de l’amour et les demandes de la création de l’être aimé, qu’elle approuvera toujours ou fera semblant.

Le moment final, qui n’est pas en fait une surprise, rejoint dans le domaine de la mise en scène, ce fondu au noir qui nous laisse la gorge serrée, non pas par l’émotion qu’il procure, mais surtout en raison de son caractère impromptu qui rend la suprématie du théâtre encore plus éloquente.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE

Texte
Yvan Calbérac
Adaptation québécoise
Emmanuel Reichenbach

Mise en scène
Frédéric Bélanger

Assistance à la mise en scène
Marie-Marie-Hélène Dufort

Interprètes
Henri Chassé, Maxime de Cotret
Étienne Pilon, François-Simon Poirier
Danielle Proulx, Catherine Renaud
et le pianiste Gaël Lane Lépine

Décors : Francis Farley-Lemieux
Costumes : Sylvain Genois
Éclairages : Leticia Hamaoui
Musique : Simon Leoza

Diffusion & Billets
TRV
Jusqu’au 18 avril 2026

Durée
1 h 25 min
(Sans entracte)

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Que notre joie demeure
@ TNM

CRITIQUE
[ Scène ]

Élie Castiel

★★★★ ½

 

Crédit : @ TNM

La scénographie, d’un concret hallucinant, digne de mention et sans doute mise en nomination pour un prix constitue le décor grandiose, tout de gris, à l’insigne des thèmes explorés. Comme par une étrange sensation, l’adaptation du roman de Kevin Lambert, aujourd’hui Kev Lambert, gagnant(e) du Prix Médicis, évoque étrangement le célèbre film The Brutalist, de Brady Corbet, autant par la grandeur des piliers/colonnes servant de changements de lieux ou de scènes, que par le ton gris de l’ensemble.

 

Paradoxes

sous tension

 

Sans doute pour rappeler que dans ce monde professionnel d’une architecte qui a réussi, mais à quel prix, on ne peut échapper aux jalousies, les trahisons, les sacrifices que demande cette discipline artistique. Tous ces éléments aussi bien narratifs que formels s’inscrivent dans une mise en scène partagée par Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais ressemblant, à bien observer le déroulement, à une unique mise en situations, tant les correspondances entre les deux voix s’unissent dans un effort de concertation où la liberté découplée respire à chaque moment.

Et pourtant, Que notre joie demeure est avant tout un examen de conscience dans la dramaturgie québécoise, un coup de massue qui nous laisse stupéfaits tant la proposition demeure d’une audace et d’un cran à la fois perfide et tenant du discours éclairé.

Pour Céline Wachowski (impitoyable et suprême Anne Dorval), un nouveau cycle dans sa carrière. Elle domine la scène, entreprend des gestes presque circassiens à la défense de sa discipline et de ce rôle aussi risquée que, si réussi, fait monter sa carrière de plus d’un cran.

Bonne idée de ne pas évoquer le transgendérisme de Lambert, encore ne faut-il pas constater qu’il se cache sans doute dans cette folle aventure de théâtre intellectuel, rare de nos jours, et qui exige que les spectateurs/trices s’adonnent à des réflexions tout au long du déroulement.

Ce qui en découle d’une rencontre où les opinions divergent.
Crédit : Yves Renaud

Wachowski (et son équipe) est chargée par une entreprise étrangère voulant investir au Québec, d’un grand projet d’architecture ; mais les deux parties ne s’entendent pas sur le lieu. Cette divergence provoque un discours sur la place du milieu des affaires dans la société et plus particulièrement son impact sur la création.

Ce qui donne les scènes les plus importantes de cette adaptation de Carbonneau/Dauphinais, ne s’embarrassant guère d’idéalisme, d’idéologies ou de revendications personnelles.

On considère Wachowski comme une femme intransigeante, tyrannique, et tant d’autres qualificatifs embarrassants. Raison de sa chute ou victime de son époque ? Un temps où le territoire québécois des affaires, de la culture et du social s’adonne encore, si l’on juge par le remarquable monologue que livre Dorval/Wachowski, à une politique inconsciente, dans la plupart des cas, de discrimination.

[ une ] pièce clinique, froide, chirurgicale par ses procédés scéniques, inhabituelle dans le décor dramaturgique québécois d’aujourd’hui, mais en fin de compte, remettant les pendules à l’heure, exigeant de la part des spectateurs cet aura de mystère et de découverte par la pensée et les mots que représente la réflexion, cette ouverture à élucider peut-être les formes embryonnaires de la certitude et de la lumière.

Mais il est également question de colonisation d’un territoire national qui cherche, encore et toujours, sa voie dans la Charte des Nations. La musique, quasi omniprésente, d’Antoine Bédard, participe de ce qui donne à la mise en scène un ton cinématographique. Une musique répétitive par moments, chuchotée à l’occasion, sinueuse, définissant du même coup les périmètres de chaque moment, et ce qui se passe derrière, comme la volonté farouche d’appartenance, leitmotiv pérenne et incontournable.

On pourrait, à la rigueur, douter d’un prologue un peu trop longuet, et d’une fin un tant soit pas laborieuse, mais dans l’ensemble, Que notre joie demeure est une pièce clinique, froide, chirurgicale par ses procédés scéniques, inhabituelle dans le décor dramaturgique québécois d’aujourd’hui, mais en fin de compte, remettant les pendules à l’heure, exigeant de la part des spectateurs cet aura de mystère et de découverte par la pensée et les mots que représente la réflexion, cette ouverture à élucider peut-être les formes embryonnaires de la certitude et de la lumière.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE

Texte
Kev Lambert
Adaptation
Maxime Carbonneau, Laurence Dauphinais
Mise en scène
Maxime Carbonneau, Laurence Dauphinais

Interprètes
Danny Boudreault, Louise Cardinal
Philippe Cousineau, Anne Dorval
Hugo B. Lefort, Macha Limonchik
Marc-Antoine Sinibaldi, Zoé Tremblay-Bianco
Russell Yuen, Mounia Zahzam

Décor : Geneviève Lizotte
Costumes : Marie Chantale Vaillancourt
Éclairages : Julie Basse
Musique : Antoine Bédard
Concept Vidéo : Félix Fradet-Guy

Diffusion
TNM

Durée
3 h
(Incluant entracte)
Jusqu’au 19 avril 2026

Chuck Norris
| 1940-2026 |

un
Hommage
de

Pascal Grenier

 

Delta Force
Chuck Norris, intemporel.

Il y a des figures qu’on ne croit jamais vraiment mortelles. Des silhouettes qui traversent les décennies avec la rigidité tranquille d’un mythe, comme si le temps lui-même n’osait pas lever la main sur elles. Chuck Norris faisait partie de cette catégorie-là. Une semaine à peine après avoir soufflé ses 86 bougies, voilà que l’Homme devient Légende au sens littéral, quittant ce monde comme il l’a habité : sans faire de bruit inutile, mais en laissant derrière lui une onde de choc durable.

 

Le dernier

des immortels

 

Avant d’être ce visage granitique associé à la justice expéditive et aux coups de pied retournés, Norris est d’abord un produit très concret de l’Amérique d’après-guerre. En 1958, il s’engage dans l’US Air Force comme policier de l’air. Quatre années à discipliner corps et esprit, à structurer une rigueur qui ne le quittera jamais. C’est là que naît, presque par nécessité, une passion qui deviendra obsession : les arts martiaux. Dans une époque où ces disciplines demeurent encore relativement marginales en Occident, Norris s’y engouffre avec une détermination quasi monastique.Suite

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