Il y a d’abord un texte, celui de Steve Gagnon, à la plume puissante, virevoltant de gauche à droite, de droite à gauche, libre, survoltée, faisant du coq-à-l’âne un emblème poétique et d’une émotion charnelle. Mais ce n’est qu’en bénéficiant d’une interprète totale, souveraine, totalement habitée par son personnage que cela est possible de mettre en scène.
Un décor de tous les possibles de Patrice Charbonneau-Brunelle. Un lieu unique où différentes étapes de la vie, comme les joies, les peines, la maladie et autres velléités qu’on attribue à la raison ou son contraire contribuent à faire de ce portrait de femme intime une revendication de soi-même, de son féminisme apprivoisé, non pas militant, mais issu d’un historique social qui se construit au jour le jour.
Guylaine Tremblay, c’est l’illustre performante d’une femme qui se révèle à nous, dans tous ces états d’âme qui se construisent à mesure des évènements, des épreuves, des envies, des rapports familiaux et de l’insoutenable fragilité de sa propre physicalité. Rien ne l’assaille, elle passe d’une psychologie à l’autre, d’un état d’esprit dramatique à une réconciliation totale avec la vie.
Le parallélisme circonspect des situations. Crédit : Suzan O’Neill
Sur fond de scène, une vidéo montrant cet unique personnage en gros plan où elle livre ses peines, ses angoisses, ses tourments, mais aussi ces moments d’amour charnel avec l’homme de sa vie. Elle dit tout sans vraiment le dire. La confidentialité s’acharne, malgré les apparences, à conserver tout de même une certaine pudeur que l’expression de Tremblay arrive intelligemment à reproduire, à conserver, à la rendre aussi indicible que triomphante.
Et puis, comme par miracle, durant ses conversations avec des intimes, des rencontres entre amis, la comédienne donne l’impression qu’elle communique avec les spectateurs. Cette étroit rapport brise la distanciation entre l’esprit de la scène et la passivité souvent incontournable de la salle, pris dans un étrange rapport de force. Une sorte de complicité tacite, mais essentielle à la compréhension du récit.
Entre la comédienne et Édith Patenaude, celle par qui se construit cette mise en scène complice, un œil en perspective d’un état des lieux, la possibilité de réfléchir sur ce qu’est « être femme », de réussir à établir des correspondances constructives envisageables avec les hommes.
Un récit, encore une fois, fait de fausses notes, de rapports infidèles avec la pensée, avec la morale même, mais d’une humanité exorbitante. Guylaine Tremblay possède l’espace, même lorsqu’il lui donne du fil à retordre. Persévérance, conviction, amour de la scène. Un état de grâce à la fois pudique et rebelle, contradictoire et jubilatoire.
Entre la comédienne et Édith Patenaude, celle par qui se construit cette mise en scène complice, un œil en perspective d’un état des lieux, la possibilité de réfléchir sur ce qu’est « être femme », de réussir à établir des correspondances constructives envisageables avec les hommes.
Et comment ne pas céder aux accents dramatiquement déchirants de la musique de Mykalle Bielinski qui établissent les diverses déconstructions d’un récit aussi linéaire que fragmenté.
Les étés souterrains, au titre magnifiquement révélateur, inaugure de façon magistrale la nouvelle saison à La (grande) Licorne.
ÉQUIPE PARTIELLE DE CRÉATION Texte Steve Gagnon Mise en scène Édith Patenaude Interprète Guylaine Tremblay Assistance à la mise en scène Adèle St-Amand Décor Patrice Charbonneau-Brunelle Costumes Estelle Charron Éclairages Erwann Barnard
Vidéo Eliot Laprise Musique Mykalle Bielinski
Durée 1 h 40 min [ Sans entracte ]
Auditoire (recommandé) Tout public [ Déconseillé aux jeunes enfants ]
Diffusion & Billets @ La Licorne (Grande salle) Jusqu’au 23 septembre 2023
ÉTOILES FILANTES ★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul. ½[ Entre-deux-cotes ]
L’OdM annonce les noms d’une nouvelle cohorte pour la nouvelle saison. Christopher Gaudreault, « artiste spécialisé en direction d’orchestre » rejoindra d’autres acteurs dans la formation musicale.
Une soprano québécoise, Sophie Naubert, se joindra aux quatre autres nouveaux artistes de la nouvelle cohorte, assurant pour ainsi dire la pérennité de cet art, aussi fragile que combattant, fait pour rester.
Photo officielle / Atelier lyrique de l’Opéra de l’OdM. Crédit : Opéra de Montréal
À Naubert, s’ajoutent Chelsea Kolić, de Hamilton (Ontario), soprano au parcours imposant, Ian Sabourin, d’Ottawa, contre-ténor, récipiendaire de nombreuses récompenses, la mezzo-soprano canado-américaine originaire de Washington (États-Unis) Ilanna Starr, dont la présence en scène dévoile son assurance dramatique. Et finalement le pianiste Jerome de los Santos, de Los Angeles (États-Unis), diplômé de McGill et du Cleveland Institute of Music.
La formation des jeunes talents de l’Opéra de Montréal est une tradition incontournable qui se poursuit dans les deux langues, le français et l’anglais. Une institution ouverte sur le monde, chose nécessaire pour les artistes de toutes disciplines.
Ces nouveaux interprètes de la voix et de la musique seront parmi celles et ceux qui ont pour tâche d’assurer l’avenir de cette incontournable institution.
En attendant, on annonce la présentation du premier spectacle de la saison-OdM, un Mozart essentiel, Les noces de Figaro – les 23, 26 et 28 septembre à 19 h 30 et le 1er octobre à 14 h.