Avec amour et acharnement

P R I M E U R
[ En salle ]
Sortie
Vendredi 05 août 2022

SUCCINCTEMENT.
Sarah et Jean s’aiment, ils vivent ensemble depuis plusieurs années. C’est un amour qui les rend heureux et plus forts. Ils ont confiance l’un en l’autre. Le désir ne s’est jamais affadi. Un matin, Sarah croise par hasard François son ancien amant.

COUP de ❤️
de la semaine.

CRITIQUE.

★★★★

texte
Élie Castiel

Je t’aime…

lui non plus

C’est avec Beau travail (1998), à la composante esthétique homoérotique, qu’on commençait à apprécier le cinéma de Claire Denis, alors qu’auparavant, Chocolat (1988), S’en fout la mort (1990) et, entre autres, 35 Rhums (2008) illustraient des sujets inexplorés de l’une des cinéastes les plus indépendantes, à l’instar d’une Agnès Varda, de l’Hexagone; au-delà des thématiques, des constantes formelles et une volonté presque obsessionnelle à psychanalyser les personnages par le biais de la mise en images.

Idem pour ce récent film au titre sublime, comme celui d’un poème lu à haute voix. La première chose qui nous arrive à l’esprit, c’est que le rituel sacré du mariage selon lequel « jusqu’à ce que la mort nous sépare… » devrait changer pour « jusqu’à ce que l’amour disparaisse… ».

Sara est toujours amoureuse de Jean, réformé après un passé taulard. Il a un fils, Marcus, d’une ancienne femme martiniquaise. Sa mère, Nelly (Bulle Ogier, tout à fait éloquente – il fait plaisir de revoir cette comédienne emblématique du cinéma durassien et à quoi il ressemble) se porte bien en conseillère matrimoniale et surtout paternelle en ce qui a trait à son fils Jean.

Mais Avec amour et acharnement est le récit en gros plans de la genèse d’une possible rupture car la fin, qu’on ne dévoilera pas, demeure un très gros point d’interrogation que la séquence précédence illustre avec une émouvante dextérité narrative.

Réapprendre à aimer.

Pour Sara, le retour d’une ancienne flamme, François (Grégoire Colin, qu’on ne voit pas souvent au grand écran) ravive le penchant amoureux, peut-être bien sexuel d’une femme prise entre le désir d’aimer et celui d’être possédée amoureusement, physiquement. Colin, dont la froideur, innée ou formatée, fait de lui un comédien neutre.

Entre l’attrait de la réalité et le désir incontrôlable de renouer avec le passé, la mise en situation d’une situation explosive dans la vie d’un couple, d’autant plus exacerbée par l’ancienne amitié que lie François à Jean et que le premier s’apprête à entrer en affaires avec le second dans le domaine sportif.

La mise en scène de Denis repose essentiellement sur les moments, sur les tensions, sur ces instants entre les bonheurs partagés et les blessures qui amènent, indubitablement, ces instants de parjures, de dérives, de confrontations. Et c’est là où la performance des trois comédiens entrent en ligne de compte : notamment dans le cas de Vincent Lindon (excellent) et Juliette Binoche, jouant la carte de l’ambiguïté féminine avec une grâce étonnante. Elle semble parfois victime d’un complot amoureux qu’elle s’impose, entre l’attrait sexuel de l’interdit et les risques qu’on est prêt à assumer pour l’assouvir.

La mise en scène de Denis repose essentiellement sur les moments, sur les tensions, sur ces instants entre les bonheurs partagés et les blessures qui amènent, indubitablement, ces instants de parjures, de dérives, de confrontations.

Le sexe, le physique, celui qui unit deux corps (ici, hétérosexuels, mais pourrait s’appliquer à deux êtres physiques tout simplement) dans l’acte charnel ne peut être expliqué. Le sexe arrive sans préavis. Il s’affiche, s’assume, surprend peut-être, mais envahit ses protagonistes dans un univers où la raison « perd la raison » pour laisser place à l’érotique, même si rapide, fugace, immédiat.

Aimer, ne plus aimer, ne plus répondre aux première sensations. La vie à deux est-elle possible à long terme? Le passé, définit-il notre présent et modifie-t-il en quelque sorte notre futur? Des gagnants? Des perdants? Autant de questionnements auxquels le film tente de répondre « avec amour et acharnement », comme si Claire Denis, en toute sincérité, essayait de s’approprier ce phénomène pour proposer la notion de « réapprendre à aimer ». Mais en fin de compte, ce qu’elle semble professer (et par là-même Christine Angot, auteure du roman duquel est tiré le scénario du film), c’est essentiellement ce phénomène psycho-physique que constituent le sexe et l’amour, chacun indépendant à sa façon unique, mais ô combien indissociables.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Claire Denis

Scénario
Christine Angot

Claire Denis
D’après le roman de Christine Angot
Un tournant de la vie

Direction photo
Eric Gautier

Montage
Sandie Bompar, Guy Lecorne
Emmanuelle Pencalet

Musique
Stuart Staples
Tindersticks

Claire Denis.
Donner un sens à l’émotion.

Genre(s)
Drame psychologique

Origine(s)
France

Année : 2021 – Durée : 1 h 57 min

Langue(s)
V.o. : français; s.-t.a.

& VOF
Fire
Both Sides of the Blade

Dist. [ Contact ] @
Corporation du

Cinéma du Parc
[ IFC Films ]

Classement
Visa GÉNÉRAL

[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

Diffusion @
Cinéma Beaubien
Cinéma du Musée
Cinéma du Parc
Cinémathèque québécoise
[ Dès le vendredi 12 août 2022 ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]