Macbeth
@ TNM (Grande salle)
CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel
★★★
Les lieux
du crime

Soyons directs, sans ambages. Les aspects qui restent gravés dans notre esprit dans ce Macbeth déconstruit, sans doute déjà inscrit dans l’Histoire de la scène québécoise comme l’un des plus intentionnellement cinglants ; un Macbeth fou, déambulant un peu partout, perdus dans l’espace scénique comme s’il réalisait qu’il existe, mais ne cédant à aucune directive extérieure.
De la part de notre Lepage national, rien de particulièrement innovant dans la mise en scène, mais toujours spectaculaire, et cette fois-ci, si l’on en juge par un début étonnant, fébrilement cinématographique – crédits sur rideau-écran de la pièce, descente magnifique sous l’eau d’une victime de… des moments de pur bonheur visuel qui annoncent une suite aussi phénoménale. Prologue aussi qui renvoit à la fin, un processus narratif utilisé surtout au cinéma. Tout en soulignant un extraordinaire jeu de miroir qui dédouble les personnages comme pour indiquer leurs forces et leur vulnérabilité.
Le Macbeth de Robert Lepage est-il compatible avec l’univers des motards ? – vrais motos sur scènes, tatouages intenses à profusion, tintamarre tonitruant du moteur, look des protagonistes, comportements virilisés… et une langue québécoise créée par Michel Garneau que la grande majorité de la salle ne comprenait pas – Non, même si, après des efforts de notre part, nous commençons à suivre les principaux évènements de ce récit shakespearien qui s’étire, s’étire et finit par interrompre notre attention.

Comme un miroir déformant.
Crédit : Yves Renaud
On songe, comme ça, en abandonnant notre pensée, que Lepage aime surtout le cinéma (on le sait, il en a fait) et aurait peut-être voulu devenir un grand cinéaste. Mais bon, il est devenu un extraordinaire metteur en scène, et non seulement de théâtre, mais aussi dans le domaine de l’art lyrique. Songeons à son Wagner monumental il y a plus de dix ans pour le MET.
Un Macbeth fou, déambulant un peu partout, perdus dans l’espace scénique comme s’il réalisait qu’il existe, mais ne cédant à aucune directive extérieure.
Dans ce Macbeth, encore une fois, une mise en perspective-cinéma qui rappelle Rear Window (Fenêtre sur cour) tant ce Motel qui abrite seulement des motards sert de lieu de prédilection à cette horde sauvage où ils peuvent dormir en paix, jusqu’à ce que… En espagnol, le Alfred Hitchcock s’intitulait La ventana indiscreta (ce qui veut dire La fenêtre indiscrète) et dans ce cas-ci, c’est aussi de cela qu’il s’agit. La tragédie choisi le lieu des évènements majeurs du récit shakespearien.
Si Alexandre Goyette projette un Macbeth physiquement crédible, il n’est pas tout à fait à l’aise dans la gravité des rapports qu’il entretient avec l’extrême envie de pouvoir et la destinée funeste.

Le lieu de tous les possibles.
Crédit : Yves Renaud
Mais deux noms de la scène parviennent habilement à nous épater. D’une part, Violette Chauveau, impériale, ici, comme prenant conscience qu’il faudra, en ce qui a trait à l’interprétation, combiner l’univers lepagien à la langue particulière de Garneau. Défi qu’elle gravite avec un bonheur des plus convaincants et une sensualité physiquement troublante. Et dans le rôle de Banquo, un Reda Guerinik, altier, terriblement physique, le regard des vainqueurs, québécois d’origine algérienne et qui, dans son jeu, il est clair qu’il l’enrichit, consciemment ou pas, de certains traits de son ascendance. Aussi robuste que bouleversant.
Le Macbeth-Lepage est égal au concept dramatique du dramaturge, mais celui de Garneau aurait pu se passer d’une langue aussi inacessible et qui sans doute se voulait poétique et fière de ses origines. Si l’on en juge pas certaines réactions ce soir de Première, elle provoquait quelques fous rires.
Une fin volontairement équivoque qui suscitera des sensations diverses chez chaque personne de l’assistance.
FICHE PARTIELLE DE CRÉATION
Texte
Shakespeare
Traduction
Michel Garneau
Mise en scène
Robert Lepage
Assistance à la mise en scène
Félix Dagenais
Alexandre Goyette (Macbeth)
Violette Chauveau (Lady Macbeth)
David Boutin (MacDuff)
Richard Fréchette (Duncan)
Reda Guerinik (Banquo)
Décors
Ariane Sauvé
Costumes
Michael Gianfrancesco
Éclairages
Kimberly Purtell
Musique
John Gzowski
Durée
2 h 50 min
[ Incluant entracte ]
Public (suggéré)
Déconseillé aux moins de 13 ans
Diffusion & Billets
TNM
Jusqu’au 1er mars 2026
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]



