Roméo et Juliette

CRITIQUE.
[ Danse ]

★★★★ ½

texte
Élie Castiel

Pour donner la possibilité à la majorité des danseuses et des danseurs du corps de Ballet, les interprètes changent selon la journée de représentation. Ce soir de Première, Kiara DeNae Felder et Hamilton Nieh campent une Juliette et un Roméo impeccables, notamment dans le sprint final que tout le monde connaît et attend avec fébrilité. Sens de la sens, comme c’est tout à fait naturel, mais aussi et surtout de la dramaturgie, tous deux investis dans leur personnage. Tout en soulignant leur pas de deux transcendant.

Le tragique a

toujours raison

Puisque cela relève du travail d’Ivan Cavallari, juxtaposant les origines théâtrales de l’œuvre et ballet. Ici, ces deux disciplines artistiques s’enchevêtrent l’une à l’autre pour constituer une sorte « d’opéra dansé ».

Le rythme, la cadence, les correspondances physiques entre les danseurs, leurs rapprochements essentiels selon l’oeuve de Shakespeare sont constamment sentis. Ce mélange de disciplines nous laisse pantois. Ça faisait des lustres qui, pour des raisons qui m’échappent, je n’avais pas été convié aux spectacles des Grands Ballets.

Kiara DeNae Felder (Juliette) et Hamilton Nieh (Roméo). Une symbiose amoureuse.
Crédit : Sasha Onyshchenko

Suite

Un ennemi du peuple

CRITIQUE.
[ Scène ]

★★★

texte
Élie Castiel

Convictions

et

trahisons

Ce n’est plus le docteur Tomas Stockmann, mais la docteure Katrine Stockmann, telle que conçue dans cette libre adaptation de Sarah Berthiaume, mise en scène par Edith Patenaude. Force est de souligner que les nouvelles voix de la création théâtrale au Québec se conjuguent de plus en plus, ou du moins, essaient, au féminin. Une rareté si l’on en juge par ces quelques dernières années où les signes masculins dominaient.

Si la version-TNM transpose l’action à l’époque actuelle, bien que si à en juger par le décor et les costumes, les années 70 se font sentir, force est de souligner cette tendance (très québécoise) à déconstruire, à réanimer certains fantômes dramaturgiques du passé. On peut ou pas être d’accord, c’est une question de perception.

En quelques mots, vite dit : la docteure Stockmann – Ève Landry, à la voix puissante dans la première partie où il est parfois difficile de saisir ce qu’elle dit, gardant néanmoins une stature altière, mais réaliste; plus posée et combattante dans la deuxième – découvre que les eaux de la station thermale de son village sont contaminées. La suite, prévenir le public, au grand dam de son frère Peter (excellent Jean-Sébastien Ouellette), maire de la ville.Suite

En attendant Œdipe

CRITIQUE.
[ Scène ]

★★★★★

texte
Élie Castiel

Aucune frime malvenue, nulle prétention. À la limite, un magnifique court d’improvisation. Comme si à chaque représentation, le spectacle ne serait pas pareil au précédent. Au contraire, une proposition émanant candidement de l’esprit, par hasard, quasi accidentellement, comme si, par un concours de circonstances, on se retrouvait sur scène pour raconter une minime partie de ce que l’on appris par ci, par là, de la vie, de la famille, de tout ce qui constitue nos expériences.

Un sens inouï de l’observation et un intérêt pour l’intellect. C’est ce que l’on retient de François  Blouin, qui excelle dans tout ce qui l’intéresse et l’anime.

Magistral

La victime privilégiée de cet artiste singulier : Œdipe, « celui par qui le scandale arrive », le maudit des Dieux, l’incestueux par mauvais sort, l’aveuglé (par hasard, par contrition antique, par inadvertance, autant de ?);  et Jocaste, épouse de son propre fils, celle dont on a peu parlé dans les écrits sur la Grèce antique, pour des raisons que François Blouin cultive et nous fait découvrir.Suite

1 46 47 48 49 50 86