ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
Luc Chaput
Commencé en fanfare par le prenant Nina Roza, ce festival grandit annuellement et continue d’être le moment phare de cet organisme culturel. Y fut comme à l’habitude présentée une rétrospective plus fournie de films que nous avons pour la plupart couverts depuis la dernière édition tenue alors en février. Voici des aperçus de quelques nouveautés.
Des
murmures
du monde

L’Aventurine
Un homme âgé mais en forme se rend quotidiennement pour admirer près de chez lui le Rocher qu’il a si souvent photographié. L’Aventurine de Carlos Ferrand porte le nom d’une petite pierre et c’est dans ce changement de cadre par ce cameraman-cinéaste que ce long métrage nous guide. Portrait de la Gaspésie à l’heure actuelle et de certains de ses habitants, le montage de Michel Giroux associe également un film de l’abbé Maurice Proulx et d’autres d’Harold Arsenault dans un déroulé historique qui remonte très loin parmi les temps géologiques et autochtones et ce dans une vision écologique. Des personnalités attachantes nous présentent de diverses façons leur coin de pays. La veine surréaliste du réalisateur l’incite à relier André Breton et son épouse Celia aux autres artistes chantres de cette immense presqu’île. Le long métrage devient ainsi un véritable carnet de curiosités porté par les chants d’une chorale vers les pistes que son allant lui donne.

La méthode scandinave
Anik Salas, dans La méthode scandinave, visite certains pays de cette région mais étonnamment pas le Danemark pour comprendre comment les femmes y ont pris leurs places dans les domaines politique, économique et technologique. Chaque entrevue est l’occasion d’un polaroid in situ qui immortalise l’interlocutrice dans l’ample cinématographie de Katerine Giguère. Des chœurs de femmes en divers endroits, soulignent la place de la musique dans cette prise de conscience. Ce documentaire militant n’attaque pourtant pas le masculinisme de manière frontale puisqu’une seule référence à Andrew Tate s’inscrit dans une réponse d’une éducatrice au secondaire islandaise.
La marche est une activité humaine beaucoup plus que multimillénaire puisque ce mode de locomotion en position verticale est une de ses caractéristiques fondatrices, comme le démontre en début de parcours À pied de Vali Fugulin. Construit en divers chapitres, ce documentaire, conçu au départ par Raphaël Ettore et à la narration plus fournie de Pascal Henrard, se promène en de multiples temps et lieux pour rencontrer un vendeur de repas ambulant de Rio, une vieille Nippone membre d’un groupe de quartier et des quidams interviewés de-ci delà. Des regroupements plus enrégimentés côtoient ainsi les réflexions d’un professeur d’université américain, un chirurgien innu, un chercheur en robotique et des artistes telles Louise Lecavalier et Viktoria Modesta. Le montage tramé de Jérémie Mazan incitera peut-être finalement plusieurs à reprendre ce moyen de se déplacer au moins pour de courtes distances. Cette manière de circuler nous montre des choses à voir et change notre rapport aux alentours au gré de sa lenteur contrôlée.
Nous critiquerons lors de sa prochaine sortie Kairos de Jennifer Alleyn et subséquemment d’autres films que notre agenda chargé en ce début frisquet de printemps nous a empêché d’y voir en primeur.