Image+Nation |38|
Première partie

ÉVÈNEMENT
| Cinéma |

Élie Castiel

 

Année de changements à Image+Nation, vêtu de l’acronyme Festival LGBT2SQUEER ; si la tendance à ajouter des lettres comme signes d’inclusion se maintient, il faudra simplement dire Festival AàZ. Quoi d’autre encore ?

En ce qui nous concerne, nous avons tenté, comme les deux années précédentes, de visionner des liens en amont de l’évènement, question de mousser la publicité d’un évènement cinématographique qui cherche encore un public rajeuni même si chaque édition, depuis quelque temps, attire davantage ces nouvelles générations, plus enclines, faut-il le dire, à un je-ne-sais-quoi étrange, très ambivalent, changeant de nature sans s’annoncer, d’intérêts, de règles de conduite. Le monde change et « il faut faire avec » : Comme on dit : « ça c’est ça ; juste de même ».

 

Fragments

complexes

de sexualité

 

Les longs métrages sont ceux qui nous concernent le plus. Comme dans LGBT, je défends mon orientation ‘G’, ce sont donc les films de cette nature qui m’attirent, chose normale. Mais cette année, défendant également mes affiliations critiques, je me suis aventuré en territoire ‘L’ (comme l’an dernier, si je m’en souviens). J’ai vu un seul de ces films. Comme le titre commence par A, nous suivrons donc l’ordre alphabétique des films vus jusqu’à présent, pour la plupart, en ligne.

Justement en ligne. À part une première liste où quelques films me rejoignaient, nous n’avons pas pu avoir des liens pour les œuvres phares. Il fallait, paraît-il, les voir en salle. Étrange, bien étrange. Mais oublions cette déception, ne serait-ce que pour encourager le festival.

Le programme officiel est toujours de très bonne qualité : papier glacé, images excellentes, résumés bilingues ; tout le contraire de quelques autres festivals locaux qui semblent réduire leurs coûts en misant sur cette partie de l’organisation. Mais bon !

Amantes

AMANTES – Caroline Fournier (France 2025)
Le cinéma lesbien, si l’on en juge par ce film fort rafraîchissant se tourne vers une direction cinéphilique tout en garantissant le divertissement, la bonne humeur et tout ce que le public recherche. Fournier, comme par une étrange fascination pour un certain cinéma du « tendre », aime, comme Emmanuel Mouret (cinéma-hautement-hétéro), ces dialogues aussi superbement écrits que lancinants transcendés par les personnages. Sans doute hérités d’un certain Eric Rohmer (lui aussi, hétéro). Ici, une histoire de filles qui s’aiment, qui changent de partenaires, qui en aiment d’autres. aDes retournements de situations, des petites trahisons. Des femmes aux diverses tendances lesbiennes dans le comportement. Elles assument pour la plupart leur féminité et surtout leur lesbianisme transcendant. Tout cela finit comme ça a commencé. Lesbienne forever ! Et des interprètes calibrées jusqu’à nous émouvoir.

Departures

DEPARTURES – Neil Ely & Lloyd Eyre-Morgan (Grande-Bretagne 2025)
La comédie à la sauce LGBTQ semble ne pas changer à travers le temps, question sans doute de ne pas décevoir les adeptes. Mêmed situations, imbroglios, recherche de relations stables, aventures d’une nuit (one-night-stand), ces plaisirs interdits qui vont un peu (ou beaucoup) plus loin, nuits en boîtes (impossible de l’éviter, ça fait partie de la game). Benji, quand même assez attirant pour avoir du bon temps avec, s’amourache sans trop le montrer (enfin !)de Jake, comme le dit le programme « un genre de François Sagat ». Il s’agit pour lui d’entreprendre assez de confiance pour parvenir à changer cette insoutenable incompatibilité. Et puis Departures, ces départs dans les aéroports qui consistent soit à rester ou s’en aller vers d’autres horizons plus certains, ou mieux dit, compatibles. Une comédie sentimentale bien huilée.

Enzo

ENZO – Robin Campillo (France 2025)
Le générique indique que c’est un film de Laurent Cantet, réalisé par Campillo. Le second, auteur du brillant Entre les murs, décédé avant le tournage. Un hommage bouleversant non seulement à Cantet, mais au cinéma lui-même. Entre l’image, le récit (l’histoire d’une découverte de sa sexualité) et les personnages, une sorte de rapport qui se traduit par le suggestif, comme l’indique si émotionnellement, mais dans le même temps distante caméra de Jeanne Lapoirie. Ces corps, parfois imparfaits, sont d’une sensualité débordante que le soleil de la Ciotat (en France, bien sûr) facilite pour enflammer les sens. À 16 ans, âge ingrat, Enzo, apprenti-maçon, est attiré par un de travailleurs ukrainiens du même chantier. Cette attirance est faite de subtilités occultes, de regards clandestins, parfois même d’indifférences changeantes. En transversale, c’est aussi un film sur le regard, celui qu’on s’impose, celui qu’on construit. Un film important pour une salle, malheureusement, sans assez de spectateurs.

Sandbag Dam

SANDBAG DAM / Zečji Nasip – Čejen Černić Čanak (Croatie, Lutuanie, Slovénie 2025)
La cinéaste croate, dont c’est probablement le premier long métrage pour le grand écran, filme avec une telle distance que l’œil averti ressent une sorte d’ébahissement, ce rapport au regard, au plan, au cadrage. Quelque chose de glacial, chirurgical même, de distant et duquel un certain cinéma dit, injustement, intellectuel s’est nourri au profit d’une cinéphilie qui n’existe plus, du moins de ce qu’elle fut jadis. Slaven (un jeune gay parti pour Berlin), revient dans son village de Croatie et a l’œil subtilement fixé sur Marko, excellent Lav Novosel, dans toute son interrogation interne et son antipathie qu’il utilise comme arme de défense, son ami d’enfance, avec qui… , aujourd’hui amoureux d’une jeune fille. Et puis… À souligner que Slaven est campé par un Andrija Zunac magnifique de tendresse et d’accalmie. Encore une fois, l’homophobie galopante dans une partie du monde où la droite se mobilise pour combattre tous ces mauvaises tendances d’aujourd’hui qui, paraît-il, dérangent l’institution de la famille et dérogent du droit chemin. Jamais les mouvements populistes n’auront causé autant de dégâts. La fin, ouverte à toutes les interprétations, justifie cette nouvelle tendance d’un certain cinéma selon lequel les récits racontés n’ont pas de conclusion définitive dans un monde en constants bouleversement aussi sociaux que politiques.

Second Nature

SECOND NATURE: GENDER AND SEXUALITY IN THE ANIMAL WORLD – Drew Denny (États-Unis 2025)
Force est de souligner que dans le monde animal, l’homosexualité ou la bisexualité existe, mais ne cause pas des réactions aussi néfastes que chez les Humains. Serait-ce une question de religion, dont les trois monothéistes ancrées sur les récits bibliques (quoi qu’on en dise, écrits par des Homme) considèrent l’acte de procréation comme fondamentale à la survie de la race (humaine). Oui, bien sûr, mais ne tenant pas compte que les orientations sexuelles existent depuis la nuit des temps. Patriarcat épuisant, comme on le dit dans ce beau documentaire informatif, sans véritable éclats dans la mise en scène, et plutôt prudent dans les images saisies dans le vif, mais instructif. Et en supplément, une leçon de choses sur les organes sexuels masculins et féminins de la gente animalière.

À suivre bientôt pour un deuxième et dernier texte.

 

Cinémania 2025

ÉVÈNEMENT
| Cinéma |

Luc Chaput

Portions

d’éternité

 

Dans un grand pâturage, une jeune femme parle à et s’occupe de Joséphine, sa jument Anna, atteinte d’un cancer incurable. Elle a pris une décision dont la finalité est prochaine. Nous sommes dans les premiers moments de ce Où vont les âmes qui a eu l’honneur bien mérité d’une soirée de gala en ce festival du début novembre. Anna, interprétée avec une sensibilité à fleur de peau par Sara Montpetit, découverte en Maria Chapdelaine il y a quelques années, manipule un Polaroid pour figer les instants précieux ou anodins et ainsi documenter sa vie sur Instagram. La mise en scène de Brigitte Poupart additionne de nombreux moments de poésie qui élargissent en l’allégeant la portée du drame familial qui se déroule sous nos yeux. Le scénario de la réalisatrice oppose deux univers bien distincts, la grande ville dans laquelle travaillent les deux demi-sœurs d’Anna et la grande propriété aux recoins biscornus et innombrables encore habitée par la deuxième épouse de ce pianiste maintenant déchu et sa fille.Suite

19ᵉ Festival du Cinéma
Brésilien de Montréal

ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]

Luc Chaput

Esprits

des lieux

Lors d’une visite dans un terreiro, enceinte d’un candomblé, Jorge Amado et Héctor Julio Páride Bernabó dit Carybé se taquinent mutuellement tout en conservant un air sérieux dans cet endroit important de cette religion syncrétique brésilienne qui connaît maintenant une résurgence. Avec le musicien et chanteur Dorival Caymini, ces trois artistes majeurs de la société civile de Bahia ont reçu le titre d’Oba, signifiant ministre dans une langue nigériane, comme protecteur de cette organisation spirituelle.

3 Obas de Xangô

Par le biais de cet aspect de leurs existences, le réalisateur Sérgio Machado remonte dans 3 Obas de Xangô (3 Ministers of Xangô), biographies de ces trois individus pour les inscrire dans une histoire de la société brésilienne et de ses tiraillements sur le racisme et la place des femmes. Toutefois, les infos sur Zélia Gattai, épouse d’Amado, sont trop succinctes dans cette présentation considérant qu’elle fut une autrice célébrée également et pas seulement la conjointe de l’auteur de Dona Flor e seus dois maridos. De nombreuses archives tant filmiques que télévisuelles sont utilisées à bon escient accompagnées de musiques entraînantes rendant ce documentaire joyeusement informatif. L’identification en bas de l’image de plusieurs contemporains est insuffisante et retarde donc la possibilité de recherches subséquentes sur cet aspect adroitement dévoilé.

Manas

Dans l’état de Para, au nord-est de cet immense pays, sur Marajó, une des plus grandes îles fluviales de notre planète, le long d’un cours d’eau, vit de menus moyens de subsistance une famille. En quelques séquences, Marcielle dite Tielle, interprétée avec une étonnante assurance par Jamilli Correa, devient la protagoniste. Adolescente, elle est confrontée à un changement d’attitude de son paternel à son égard. La mise en scène de Marianna Brennand pour Manas (Sœurs), en déployant ce scénario écrit à plusieurs mains, conserve plusieurs qualités de son parcours documentaire. La jungle ambiante, avec ses frondaisons et ses jeux d’ombres et de lumière, lieu de jeu et de recherche de nourritures variées est également l’endroit où se cachent des prédateurs bien familiers. L’horreur est gardée hors-champ et l’intervention d’une policière de la région permet de relier les pistes de l’intrigue entre la famille, les attraits vénéneux du monde extérieur et l’exploitation sexuelle des mineures. Dans ce long métrage prenant, coproduit par les frères Dardenne et qui a remporté un prix secondaire majeur à Venise, l’entraide féministe s’exprime par d’autres moyens.

Kopenawa: sonhar a terra-floresta

Le chef amérindien Davi Kopenawa Yanomani a acquis au fil des années un statut international. Dans le documentaire Kopenawa: sonhar a terra-floresta (Kopenawa: rêver à la terre-forêt), les réalisateurs Marco Altberg et Tainá De Luccas en brossent un portrait empathique et assez complet rempli d’archives et de témoignages de proches de ce shaman de l’Amazonie dont celui de l’anthropologue français Bruce Albert, co-auteur du livre A Queda do Céu (The Falling Sky). Le résultat final n’atteint bien évidemment pas la qualité de l’adaptation flamboyante de ce récit, The Falling Sky par Gabriela Carneiro da Cunha et Eryk Rocha (fils du fameux Glauber) présenté cet été au festival Présence autochtone.

Nous reviendrons sur ce site lors de sa sortie en décembre sur O Agente Secreto (The Secret Agent / L’agent secret), de Kleber Mendonça Filho (Aquarius) lauréat de deux prix en compétition au dernier festival de Cannes ainsi que, peut-on le souhaiter plus tard, sur O Último Azul (The Blue Trail) de Gabriel Mascaro également présenté dans ce court festival illustrant la vitalité renouvelée de ce cinéma national.

 

Cinéma-Cinéma
[ @ du Parc ]
du 24 au 30 octobre 2025

 

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