RÉSUMÉ SUCCINCT Un universitaire poursuivi par la vindicte d’un industriel se réfugie à Recife au moment du carnaval.
Le FILM | de la semaine |
ANGLE | CRITIQUE |
★★★★
Luc Chaput
Lors d’un repas dans un restaurant de Recife, Fatima, l’épouse d’un directeur de centre de recherches, répond vertement à un industriel venu du Sud qui l’a insultée de diverses manières. Nous sommes en 1977 pendant la deuxième partie de la longue dictature militaire au Brésil. Les soldats sont peu présents dans ce long métrage, remplacés par divers corps policiers de tous types qui empiètent sur les champs de compétences de leurs collègues et se servent souvent à tous les râteliers.
La mise de scène de Kleber Mendonça Filho place la salle de cinéma au centre de son dispositif scénaristique, à la fois comme lieu de travail d’un parent du protagoniste et comme endroit de présentation de films contemporains que le montage insère par le biais d’affiches, d’extraits et même un hommage quasi surréaliste à un certain type de films d’horreur.
Carnaval
sanguinaire
La cinématographie d’Evgenia Alexandrova reprend en écran large le style des films de ce temps y intégrant des techniques optiques idoines. Cette photographie rend la part belle à la reconstitution d’époque par Thales Junqueira et Rita Azevedo qui semble exacte et participe à cette immersion dans un univers dans lequel les décisions de certains pouvoirs peuvent entraîner des conséquences funestes.
La salle de projection comme métaphore socio-politique.
En plus de la famille de Marcelo, l’universitaire de la scène décrite au début, fugitif dont l’histoire sert de trame principale, un trio de policiers véreux et un duo de tueurs à gages incarnent d’autres liens du sang. Face à cet appareil de répression, des groupes d’aides aux réfugiés de l’intérieur sont déployés clandestinement. Au centre de l’un d’eux, une vieille dame, jouée avec verve par Tânia Maria, signale le lien avec d’autres résistances passées, ne serait-ce que par l’évocation de Sassuolo, moment où l’armée brésilienne participait à la Libération de l’Europe.
Reprenant l’hommage aux salles de cinéma véhiculé dans Portraits fantômes (Retratos fantasmas) et y rajoutant la critique sociale inhérente à Aquarius, le cinéaste donne un autre éclat à ces bruits immémoriaux de Recife et confirme l’importance de sa voix et de sa démarche par cette évocation protéiforme de la banalité possible mais toujours étonnante de la répression politique ou économique.
Dans le rôle double et même triple de Marcelo-Armando, Wagner Moura, par ailleurs réalisateur (Marighella), mérite tous les honneurs pour son interprétation vif-argent au centre de laquelle se trouve la volonté intrinsèque d’un homme ballotté par les événements. Un contingent d’acteurs, peu connus pour la plupart à l’extérieur de l’Amérique latine, l’épaule au gré des fils innombrables de ce récit dans lequel les souvenirs surgissent de manière souvent inattendue.
La banalité de la violence.
Reprenant l’hommage aux salles de cinéma véhiculé dans Portraits fantômes (Retratos fantasmas) et y rajoutant la critique sociale inhérente à Aquarius, le cinéaste donne un autre éclat à ces bruits immémoriaux de Recife et confirme l’importance de sa voix et de sa démarche par cette évocation protéiforme de la banalité possible mais toujours étonnante de la répression politique ou économique.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Kleber Mendonça Filho
RÉSUMÉ SUCCINCT
Nous sommes projetés dans le sillage de Paul qui, au cours d’une sortie en mer, il se retrouve confronté à un étrange phénomène météorologique inexpliqué. Dès lors…
ANGLE | CRITIQUE |
★★★
Élie Castiel
Un homme
tranquille tout
petit, petit
Jadis, le film de Jack Arnold The Incredible Shrinking Man / L’homme qui rétrécit (1957) nous avait conquis, d’une part par sa durée, 81 minutes, ne servant qu’à illustrer l’essentiel de ce film de genre entre l’horreur dans le quotidien et la science-fiction.
Le réalisateur, entre autres, de Coco Chanel, reprend les mêmes tracés que celui du Arnold, mais contrairement à ce dernier qui se contente des effets spéciaux, pour l’époque, bien constitués, Jan Kounen, lui, invente adroitement une mise en scène où le psychologique l’emporte sur les effets visuels, tout de même bien construits ; nous sommes devant une sorte de Robinson Crusoé, ici Paul, qui se retrouve en territoire connu, mais rétréci pour la circonstance, et sans son Vendredi.
Entre le mal qui l’atteint dû à une interférence d’un étrange vortex qu’il aperçoit alors qu’il est en mer et le monde qui désormais l’habite, une sorte de correspondance qui permet à Jean Dujardin, plutôt atypique dans ce genre d’exercice, de se dépasser ; conscient de la plupart de ses rôles antérieures, il joue admirablement bien la carte de la différence, épiant chaque scène, chaque plan, s’engageant face à la caméra comme si du coup, chaqueseconde comptait.
Une sorte de retour aux origines.
Si le Arnold était magnifiquement mécanique, le Kounen joue dans le côté intérieur du personnage, s’immisçant dans son privé, son for intérieur comme s’il fallait en faire dégager ses côtés les plus intimes.
L’homme qui rétrécit n’est pas une œuvre ambitieuse, loin de là, puisque d’une part, le cinéma hexagonale n’est pas habitué à ce genre d’exercice, et que hormis une très faible quantité de réalisateurs qui s’y sont aventuré, ces derniers n’ont simplement pas continué.
Jan Kounen se permet aussi une valeur sure du coté de la bande-sonore, la présence au pupitre d’Alexandre Desplat, complice de tant de cinéastes de renom, en France comme à l’étranger, dons les envolées lyriques font ici état de soutien dramatique.
Demeure alors la présence de Dujardin, entre le sourire moqueur, la gravité du visage dans les moments les plus dramatiques, et puis ce côté va-t-en-guerre qui lui sied parfaitement.
Jan Kounen se permet aussi une valeur sure du coté de la bande-sonore, la présence au pupitre d’Alexandre Desplat, complice de tant de cinéastes de renom, en France comme à l’étranger, dons les envolées lyriques font ici état de soutien dramatique.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Jan Kounen
Scénario : Jan Kounen, Christophe Deslandes; d’après le roman de Richard Matheson, The Shrinking Man. Direction photo : Christophe Nuyens. Montage : Anie Danché. Musique : Alexandre Desplats.
Genre(s) Fable Origine(s) Belgique / France Année : 2025 – Durée : 1 h 39 min Langue(s) V.o. : français L’homme qui rétrécit