RÉSUMÉ SUCCINCT. Une avocate est obligée de défendre un meurtrier condamné à mort après que sa fille a été prise en otage.
APERÇUS < Nouvelle tendance du cinéma chinois à aborder des thèmes judiciaires; < Pour les amateurs du cinéma de cette région du monde; < Pour suivre les cinéastes femmes dans le cinéma chinois, de plus en
plus présentes;
< Pour son sens du rythme;
< Mélange habile de codes filmiques du cinéma chinois et nord-américain.
[ ÉC ] Cote :★★★
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation Zhang Mo
Zhang Mo
Genre(s) Drame criminel Origine(s) Chine Année : 2023 – Durée : 1 h 59 min Langue(s) V.o. : mandarin; s.-.t.a. & chinois Zheng jiu xian yi ren Who is the Suspect
RÉSUMÉ SUCCINCT. Le portrait générationnel d’un groupe de jeunes gens issus de différentes communautés ethniques vivant à Montréal.
CRITIQUE Élie Castiel
★★★ ½
montréal
La métropole épelée avec un petit « m », pour la situer dans une agglomération particulière, un îlot de sensations, fortes, atténuées, loin de la grande ville qui a ses propres codes de conduite; ici, dans un Montréal-Nord (quartiers Villeray et St-Michel) magnifiquement filmé par la caméra poétique et collaboratrice de Philémon Crête, Natan B. Foisy et Philippe St-Gelais, des anecdotes de vies prises sur le vif, des moments intenses ou sereins que le montage de Jules Saulnier réussit à rendre plus organiques, d’où émerge une sensation de vivre dans un ailleurs qui se veut aussi protecteur que propice à l’opportun.
Entre ces adolescents, des relations intenses, de moments de solitudes introspectives chez certains, une certaine maturité précoce, des paroles qui questionnent leur quotidien, des regards portés sur l’avenir; un microcosme peuplé de ceux et celles venus de l’étranger, ou du moins issu(es) de parents d’ailleurs. Particulièrement d’Afrique et plus encore, d’Afrique du Nord, Maroc, en tête, et Algérie.
De brèves incursions dans le centre-ville de Montréal apaisent les multiples réverbérations psychologiques auxquelles sont assujetti(es) ces personnages de l’ombre qui, tant bien que mal, semblent ajustés à un Québec de souche indirectement peu sensible à la différence, notamment les tenants d’autres générations.
Tenter d’être d’ici et d’ailleurs en même temps.
Un Québec qui, si la tendance se maintient, n’aura plus de choix (comme dans d’autres provinces du Canada qui se sont toujours ajustées) qu’à parier sur les multiples représentations sociales. Les trois scénaristes ont compris et leur proposition est d’autant plus enrichissante qu’elle défie la tendance actuelle du cinéma québécois de fiction, très souvent replié sur lui-même.
Après la remarquée coréalisation du documentaire À l’ouest de Pluton (2008), titre aussi « astrologique » que Les rayons gamma, son premier long métrage solo de fiction, le Québécois Henri Bernadet opte pour la différence, pour cette urgence de raconter l’autre, ces oubliés auxquels le cinéma québécois de fiction ne s’intéresse pas souvent, ou tout au plus, de façon rarissime. Les autres… connais pas.
L’approche esthétique est d’autant plus harmonieuse qu’elle crée, par volonté ou par défaut, une sorte de poésie à la fois sensuelle et organique. Surtout dans le cas de l’Afro-québécois (Toussaint, campé par l’excellent Chris Kanyembuga) du groupe qui rêve de cette fille inatteignable. Étrangement, dans ce mélange de cultures qui n’ont font qu’une, celle des autres, les garçons sont les moins agressifs (en fait, ils se cherchent constamment), les filles, plus combattantes (jalousies, insubordination, mal de vivre…).
En dépit de quelques légères réserves de parcours, en raison d’un groupe de comédiens totalement investis, Les rayons gamma est, sans contredit, une des plus belles expressions du cinéma québécois de l’année.
En tête de ligne, Fatima (exceptionnelle Chaïmaa Zineddine Elidrissi). Et pourtant, une volonté de se plier aux règles sociales, comme se trouver un travail, même temporaire. Elle cache en elle, assez astucieusement, ce désir d’être et de révolte face à une société prise dans la paralysie d’une rectitude politique environnante.
Mais avant tout, Henri Bernadet a réalisé un film sur l’amour inconditionnel qu’il porte à la métropole, dans son ensemble. S’il le fait en revendiquant le droit aux autres de s’exprimer, la proposition nous paraît d’autant plus authentique qu’elle situe le cinéma d’ici dans sa sphère la plus universelle.
En dépit de quelques légères réserves de parcours, en raison d’un groupe de comédiens totalement investis, Les rayons gamma est, sans contredit, une des plus belles expressions du cinéma québécois de l’année.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation Henri Bernadet
Scénario Henri Bernardet Nicoals Krief Isabelle Brouillette Direction photo Philémon Crête Natan B. Foisy Philippe St-Gelais Montage Jules Saulnier Musique Maxime Veilleux Mathieu Charbonneau Simon Trottier
RÉSUMÉ SUCCINCT. Hiver 1970. Alors que Noël approche, M. Hunham, professeur d’histoire ancienne, est prié de rester sur le campus pour surveiller la poignée de pensionnaires consignés sur place. Il n’en restera bientôt qu’un : Angus, un élève de 1ère aussi doué qu’insubordonné.
Le FILM de la semaine
CRITIQUE Élie Castiel
★★★★
Le vintage
comme
accessoire
possible
d’une
nostalgie
perdue
Sentimental. Il y-a-t’il un mal à cela? Évocateur de films comme un classique hexagonal, Merlusse (1935) de Marcel Pagnol, ou, jusqu’à un certain point, le grand succès Dead Poets Society (‘La société des poètes disparus’). Mais assez original pour se situer parmi les films incontournables de l’Américain Alexander Payne, né de parents grecs, qu’il souligne en présentant un prof de philosophie antique.
Les années 70, les plus prisées par une meute de cinéastes américains qui ont connu la Guerre du Vietnam et autres épisodes politiques. Mais également cette décennie de changements radicaux sociaux et comportementaux, défiant les règles sur son passage.
Une idée simples, quelques étudiants retenus au pensionnat lors des vacances de Noël. Comme « gardien » le professeur Paul Hunham (Paul Giamatti, incomparable) et la cheffe de cuisine, Mary Lamb (aux multiples registres d’interprétation, la très versatile Da’Vine Joy Randolph, d’une authenticité hallucinante). Et ne pas oublier un nouveau venu à Tinsel Town, Dominic Sessa, dans un premier rôle à l’écran vibrant, dépassant les tendances actuelles, dans le rôle de l’ « intraitable » Angus Tully.
L’originalité des films de Payne, c’est bel et bien qu’ils reposent sur des récits simples, d’où émergent des idées de mise en scène audacieuses, souvent non préméditées, comme si au cours des différents tournages, elles formaient, sans qu’on s’en aperçoive, de nouveaux chemins à suivre, la réalisation étant en constante transformation.
Avant, les hivers étaient plus rudes.
Le film a été tourné au Massachusetts, pour ainsi donner un aperçu authentique proche du paysage, selon la saison, enneigé, de la Nouvelle-Angleterre. Ce soin apporté aux lieux constitue une des caractéristiques « architecturales » du cinéma de Payne, les localités, emplacements, points géographiques étant des détails intrinsèques dans l’ensemble de la production.
Un prof de philo que ce Mr. Hunham, aguerri de la civilisation grecque antique, dont une grande majorité des étudiants ne semblent pas retenir les leçons sur les bases de notre civilisation. Tout en soulignant que le prof en question est irritable, pas toujours plaisant et très avare dans les notes accordées. Sans doute, une décennie qui voit lentement disparaître lentement l’intérêt pour la philosophie et les études classiques (le grec, le latin). État des lieux de la part d’Alexander Payne, sans doute nostalgique (ses origines comptant ainsi pour quelque chose) d’une époque, aujourd’hui, quasi révolue. Une fiction que cette Barton Academy, cette « Middle School », ou « école intermédiaire », ainsi promulguée, aux États-Unis, pour préparer les élèves à former les futurs rangs des universités. Mis à part Angus, aussi intelligent que motivé, mais également épris d’un état continuel de rébellion, contrastes étonnants, la grande majorité des élèves ne semblent pas avoir de l’intérêt pour les études, même s’ils sont tous issus de familles nanties.
Si, comme déjà mentionné, une dose de sentimentalisme traverse l’ensemble, c’est sans aucun doute dû au passage du temps, à cette envie de renouer, ne serait-ce que le temps d’un film, à un temps, ici, aussi affectionné que remis en cause.
Dissection d’une époque, et plus particulièrement de ce genre d’écoles que le cinéaste a connu probablement ou dont on lui a parlé.
D’où émergent aussi le comportement du personnage central (Angus), ici doublement affecté par cette enfermement forcé dû à son indiscipline au cours du trimestre avant les fêtes de fin d’année.
Filmé comme un film de l’époque qu’il évoque (logo de la Universal, couleurs où le brun l’emporte, cadrages, éclairages, costumes, bien entendu comme il se doit, trames sonores…), tous ces éléments participent de ce jeu de correspondances temporelles propres à une certaine décennie.
Si, comme déjà mentionné, une dose de sentimentalisme traverse l’ensemble, c’est sans aucun doute dû au passage du temps, à cette envie de renouer, ne serait-ce que le temps d’un film, à un temps, ici, aussi affectionné que remis en cause. Finalement, ils ne sont que trois à demeurer « enfermés » en ce congé de fin d’année. Des mésententes, quelques infractions et surtout, en fin de compte, la réalisation que la vie continue en dehors de ces murs en béton.
Attachant, charmant, un Alexander Payne digne d’intérêt.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation Alexander Payne
Scénario David Hemingson Direction photo Eigil Bryld Montage Kevin Tent Musique Mark Orton
Alexander Payne
Genre(s) Comédie dramatique Origine(s) États-Unis Année : 2023 – Durée : 2 h 13 min Langue(s) V.o. : anglais & Version française Ceux qui restent