Titane

P R I M E U R
[ En salle ]
Sortie
Vendredi 1er octobre 2021

SUCCINCTEMENT.
Après une série de crimes inexpliqués, un père retrouve son fils disparu depuis 10 ans.

CRITIQUE.

★★★★

texte
Élie Castiel

            Le titane, métal qui résiste à la chaleur et à la corrosion, engendre pourtant des dangers, des imprévus néfastes, surtout lorsqu’une partie de ce produit est inséré au corps humain.

S’agirait-il, ici, d’un film de genre, d’un objet hybride, d’une proposition visant à déconstruire autant les codes de la mise en scène que ceux de la représentation.

Les références cinéphiliques convoquent David Cronenberg – ces cabriolets à la fois véhicules de luxe et monstres à transformer le corps, le détruire quasiment. Il y aussi, dans Titane, titre on ne peut plus scientifique (ce n’est point un cliché) et autodestructeur, des clins d’œil assez percutant à Marina de Van, celle de Dans ma peau (2002), ou encore de Ne te retourne pas (2009) et Ma nudité ne sert à rien (2019)… autant de titres qui influencent adroitement  ce deuxième long métrage de Julia Ducournau, après la carnassier et anthropophage Grave (2016). Le corps, le liquide intérieur, la peau. Celle qui s’effrite, subit toutes les variations qu’on peut lui donner. Un objet plutôt que d’une entité à la fois physique et spirituelle.

L’âme existe-t-elle? Bizarrement, oui. Ducournau la transpose dans la cruauté, la souffrance de ne pas pouvoir vaincre ses démons; au contraire, posséder assez de cran pour assouvir les passions les plus maladives. Ce monde totalement créé de toutes pièces et de gestes transgressifs ne peut-il être que purement cinématographique?

C’est peut-être pour cette raison que les membres du Jury au récent Cannes ont attribué la Palme d’or à Titane, un objet perdu dans la programmation. Encore une fois, un titre à un chiffre, sans chichi, sans tambour ni trompette, allant droit au but, incitant le spectateur à revoir ses critères d’adhésion.

Dans un monde où dernièrement, la sexualité est devenue quelque chose de taboue, d’un sujet qu’il faut éviter de peur de choquer, elle ne peut être remplacer que par la violence. Effectivement, la violence bien qu’elle choque, semble être approuvé par l’ensemble de la société.

Collisions

S’inscrire intentionnellement dans les limites de la transgression.

Et puis, Ducournau ne s’embarrasse guère de solliciter l’univers homoérotique de Claire Denis. Une autre forme de violence, car il s’agit, dans ce cas-ci, d’une sexualité réprouvée. Les soldats-légionnaires du magnifique Beau travail (1999) sont remplacés ici par des sapeurs-pompiers qui, en temps libre, dansent entre eux pour obstruer maladroitement leurs appétits sexuels les uns envers les autres. Une homosexualité refoulé que les femmes, entre elles, ne rejettent point. Ducournau sait parler des Hommes et des Femmes, à sa façon, comme une anthropologue de l’espèce humaine.

Pour la réalisatrice, le corps a ses raisons; la physicalité est ainsi cadrée, mise en plans selon des codes bien précis qu’elle exécute de main de maître. Ducournau est à la fois réalisatrice et réalisateur; point de genre, simplement tourner pour le plaisir immédiat de composer une image, de construire une idée, de l’insérer dans le cadre ambiant. Elle pense, ou plutôt réfléchit, en lui et en elle.

Et puis la narration, celle de la petite histoire. Celle de ce chef de groupe, Vincent Lindon, homoérotisé de façon hallucinante, remarquablement physique, convaincu du rôle d’une vie. Fort probablement, dans son cas, un jeu hors-série où la parole n’est pas aussi importante que l’action. Une action faite d’intentions physiques, transformatives.

Julia Ducournau s’en fiche du qu’en-dira-t-on car Titane est un film à encenseurs ou détracteurs. Et puis, comment résister à l’ambiguïté incendiaire de l’impeccable Agathe Rousselle, femme, aguicheuse, vampire, extra-terrestre, amante, destructrice. Elle investit le film, s’empare de tout pour mieux le transformer en objets cinématographiques rares.

Et puis, la principale intéressée, déjà différente dans la scène de présentation, alors pré-adolescente. Un accident de la route, une caresse scientifique qui la transforme en personnage d’un autre monde. Et le tour est joué : Julia Ducournau s’en fiche du qu’en-dira-t-on car Titane est un film à encenseurs ou détracteurs. Et puis, comment résister à l’ambiguïté incendiaire de l’impeccable Agathe Rousselle, femme, aguicheuse, vampire, extra-terrestre, amante, destructrice. Elle investit le film, s’empare de tout pour mieux le transformer en objets cinématographiques rares.

Et finalement, du coup,  à la tentation de la chair et de l’inceste par association, on assiste à l’ultime transgression d’un Vincent Lindon (Vincent, dans le film) conquis d’avance. Comme si on préservant son vrai prénom, il s’accordait la puissance évocatrice d’une pécheresse rédemption.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Julia Ducournau

Scénario
Julia Ducournau

Conseillers à la scénarisation
Jacques Akchoti

Simonetta Greggio
Jean-Philippe Bouzy

Direction photo
Rubens Impens

Montage
Jean-Christophe Bouzy

Musique
Jim Williams

Sharon Stone (gauche); Julia Ducournau (droite) à Cannes 2021.
Un moment de gloire émotionnel et palmé.

Genre(s)
Drame fantaisiste

Origine(s)
France
Belgique

Année : 2021 – Durée : 1 h 48 min

Langue(s)
V.o. : français; s.-t.a.

Titane

Dist. [ Contact ]
Entract Films

Classement
Interdit aux moins de 16 ans

En salle(s) @
Cinéma du Parc
Cineplex

[ Salles VIP : Interdit aux moins de 18 ans ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Venom
Let There Be Carnage

P R I M E U R
[ En salle ]
Sortie
Vendredi 1er octobre 2021

SUCCINCTEMENT.
À San Francisco, un journaliste, hôte symbiotique d’un extraterrestre, éprouve des problèmes avec son entourage.

CRITIQUE.

★★ ½

texte
Luc Chaput

            Dans un appartement à San Francisco, des meubles et autres effets sont jetés par la fenêtre, ce qui provoque d’étranges réactions de certains passants. La cause en est la relation symbiotique compliquée entre le journaliste Eddie Brock et l’extraterrestre carnassier appelé Venom (Venin) dont il est l’hôte.

Dans les nombreuses séries de bandes dessinées Marvel, Venom, créé par Tom McFarlane, apparaît comme un adversaire de Spiderman et devient plus tard un anti-héros. La major Columbia a tenté d’en faire le personnage central d’une nouvelle suite en 2018. Le film de Ruben Fleischer a engrangé des montants énormes malgré une critique plutôt calamiteuse. Tom Hardy, après des rôles très sérieux (Mad Max: Fury Road, The Dark Knight Rises) y montrait d’autres aspects plus éclatés de sa personnalité. Le scénario de Kelly Marcel réinsère le personnage dans l’univers de Spiderman en récupérant comme adversaire un autre extraterrestre plus dangereux surnommé Carnage.

Double dédoublement de la personnalité

 Une relation symbiotique compliquée entre le journaliste
Eddie Brock et l’extraterrestre carnassier Venom.

Beaucoup de super-héros, Superman, Spiderman sont dotés de super-pouvoirs qu’ils contrôlent difficultueusement ce qui peut entraîner des conflits internes de personnalité. Le journaliste Eddie Brock, qui veut retrouver son statut professionnel, doit composer également avec cet être envahissant qui le rend schizophrène, obligé de s’excuser en public de ses apartés incontrôlés. La rencontre avec le tueur en série Cletus permet de ressortir les tropes des écoles de réforme et entraînera des conséquences viralement désastreuses.

La mise en scène d’Andy Serkis mène à bon port ce vaisseau filmique brinquebalant, épisode fantasque avant sa réintégration à la galaxie Spiderman annoncée dans un clin d’œil pendant le générique final.

L’humour noir verbal et visuel est un des principaux ingrédients de cette confrontation à grand déploiement qui arrive assez rapidement. Un duel à mort entre ces deux doubles personnalités dans un environnement religieux et un déluge d’effets spéciaux permettent à Hardy et à Woody Harrelson en Cletus d’en rajouter dans leurs palettes d’interprétation. La mise en scène d’Andy Serkis mène à bon port ce vaisseau filmique brinquebalant, épisode fantasque avant sa réintégration à la galaxie Spiderman annoncée dans un clin d’œil pendant le générique final.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Andy Serkis

Scénario
Kelly Marcel

D’après une idée de Kelly Marcel et Tom Hardy

Direction photo
Robert Richardson

Montage
Maryann Brandon

Stan Salfas

Musique
Marco Beltrami

Genre(s)
Action

Science-fiction

Origine(s)
États-Unis

Année : 2020 – Durée : 1 h 30 min

Langue(s)
V.o. : anglais / Version française

Venom : Ça va être un carnage

Dist. [ Contact ]
Columbia Pictures Canada

Classement
En attente

En salle(s) @
Cineplex

[ Salles VIP : Interdit aux moins de 18 ans ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Dear Evan Hansen

P R I M E U R
[ En salle ]
Sortie
Vendredi 24 septembre 2021

SUCCINCTEMENT.
La lettre thérapeutique d’un adolescent solitaire qu’il s’écrit à lui-même aboutit dans les mains d’un étudiant qui doit gérer ses propres angoisses et incertitudes.

CRITIQUE.

★★

texte
Élie Castiel

À travers le miroir sans tain

   Étrange. Il m’a semblé que les chansons entamées par les intervenants étaient des variations de la même – Juliane Moore, Amy Adams, notamment. Comme si la référence à la comédie musicale de Broadway, un franc succès, n’affichait qu’une chanson fétiche.

Mais plus que tout, Dear Evan Hansen, titre on ne peut plus convenu, faisant référence à l’objet en papier, celui par qui le scandale arrive –  pose sérieusement le problème de la transposition à l’écran d’oeuvres théâtrales. Comment arriver à reconstruire un univers bien ancré dans un espace limité et inerte dans un autre aux milles possibilités?Suite

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