The Disciple

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 04 juin 2021

SUCCINCTEMENT.
La dévotion sans faille d’un musicien en quête miraculeuse de la divinité et le courage de combattre sa propre médiocrité par la recherche de l’absolu.

LE FILM
de la semaine

CRITIQUE.

★★★★

texte
Élie Castiel

Celui de la création, de l’art comme moyen d’affronter la vie, de se faire valoir non pas pour atteindre la célébrité, mais pour qu’une forme ancestrale de musique perdure. Le râga  (mot indien à plusieurs significations, attrait, couleur, parfum, passion, selon les circonstances dans lesquelles on se trouve ou on crée. Une musique issue des mythes associés à l’hindouisme, mais spirituelle, métaphysique puisqu’elle correspond à une espèce de transe intérieure, quoique sereine, qui se perd dans la nuit des temps et dans l’Inde actuelle, de plus en plus occidentalisée, qui n’a plus sa raison d’être, sauf pour une infime partie de la population. D’où ces concerts donnés par des vieux maîtres du genre devant une salle pleine, certes, mais ne dépassant pas quelques personnes. D’une autre génération ou une poignée de jeunes conscients de l’importance de cette musique.

De l’impossibilité d’un monde

Et une voix-off qui ne cesse de suivre ce récit sur un jeune chanteur, sans vraiment de talent, qui n’arrive jamais à la prestation parfaite, mais qui persiste dans sa quête selon les enseignements de son père, héritier de cassettes d’une certaine Maai (Maîtresse Sindhubai Jadhav, la voix hors-champ, artiste qui aurait existé et connu une certaine reconnaissance de ses pairs. Le contenu de ces audiocassettes sont une réflexion sur l’art de la création, sur la musique râga en particulier, sur la façon de l’aborder, de la transmettre, de la vivre. Un cadre ascétique auquel le personnage de Sharad Nerulkar – un premier rôle sciemment désincarné pour Aditya Modak, épousant les formes et les contorsions d’une musique particulière – tente d’y accéder pour des raisons qui nous dépassent.

Et Chaitanya Tamhane, dont nous avions hautement apprécié Court / Kort / En instance (2014), proposant ici un courant tout à fait différent, registre qui le conduit dans le monde de la pureté en opposition à celui de l’effet – comme ces concours de Voix de la télé-réalité calqués en Inde comme dans tous les coins du globe, confirmant jusqu’à quel point les bons points marqués par les hordes populistes ont atteint des proportions inimaginables.

Un discours sur l’art en général, sur ce qu’il se défend d’être… sur la spiritualité qu’il accomplit.

Mais Tamhane ne jette pas la pierre sur ce monde de l’affect, du glamour, de la célébrité immédiate à tout prix – séquences du spectacle télévisé – de la publicité de plus en plus envahissante – celle qui attire Sharad au beau milieu de l’autoroute, arrêtant sa moto, réfléchissant sur sa propre vie. Fait-il partie des vivants?

À deux ou trois reprises, on assistera à une scène de masturbation devant son ordinateur, comme preuve qu’il a encore des sensations et que son intérêt pour la musique classique n’a rien à voir avec ce détail. Car épouser un ascétisme légendaire, voire mythique n’est sans doute plus de l’ordre des vivants.

Mais plus que cela, The disciple est avant tout un discours sur l’art en général, sur ce qu’il se défend d’être, de son influence sur la société; sur ce point, le discours de la chanteuse Jadhav sur la spiritualité qu’il accomplit se situe dans une compréhension philosophique du monde, et par extension, de l’existence.

Le parallèle entre les différents âges de la vie de Sharad constitue un parcours chronologique intéressant comme approche de mise en scène. D’une époque à l’autre, pour revenir au point initial et finalement, le désir de prendre épouse et d’avoir un enfant. Scène conciliatrice avec la société, ce qu’elle attend de chaque individu et finalement, se libérer de l’immense complexe de ne pas pouvoir accéder au monde de la création en optant pour une autre façon de concevoir l’art, celui de la passation, ou mieux encore de la transmission par les moyens qu’offrent les nouvelles technologies.

La catharsis se produit, mais pas à la hauteur de nos véritables attentes, précisément à l’image de la vie. Le réalisme, pour  Chaitanya Tamhane, emprunte la route de notre éternelle condition.

La séquence avec un critique de musique connu du milieu des arts, est un moment de pure narration dans le film. Il montre jusqu’à quel point les influents peuvent changer la donne. Blâme d’une certaine critique trop imbue d’elle-même? Sans doute, et avec raison. C’est partout dans le monde.

Et puis, la question fondamentale. Disciple, mais de qui? D’un vieux chanteur de ce genre de musique/chant qui croit en lui mais déchante éventuellement lorsqu’il s’aperçoit que le véritable talent est absent. Un vieil artiste qui a vécu seul, et pour son art. Et aujourd’hui, Sharad s’occupe de lui.

De l’anti-Bollywood? Pas nécessairement, puisque ce genre idéalisé a quand même produit des petites perles. Mais un regard autre sur le cinéma indien (ou hindou peut-être), ouvert désormais à toutes les possibilités, comme jadis. Et dans ce sens, Satyajit Ray ne nous avait-il pas honoré avec Le salon de musique / Jalsaghar (1958), une autre variation sur l’attrait de la musique classique indienne.

Un film incomparable à sa propre façon, rectiligne dans sa forme, sinueux dans ses contours, mais comme un rêve éveillé qu’on n’a nulle envie de voir disparaître. Il n’est guère surprenant que le film ait obtenu, en 2020, le Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise.

La catharsis se produit, mais pas à la hauteur de nos véritables attentes, précisément à l’image de la vie. Le réalisme, pour  Chaitanya Tamhane, emprunte la route de notre éternelle condition.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Chaitanya Tamhane

Scénario
Chaitanya Tamhane

Direction photo
Michael Sobocinski

Montage
Chaitanya Tamhane

Musique
Aneesh Pradhan

Chaitanya Tamhane.

Genre(s)
Drame musical

Origine(s)
Inde

Année : 2019 – Durée : 2 h 09 min

Langue(s)
V.o. : marathi; s.-t.a. ou s.-t.f.

Voix de salut
Śisya
Shishy
Dist. [ Contact ] @

Netflix

Classement (suggéré)
Tous publics

En salle(s) @
Cinémathèque québécoise

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

A Quiet Place: Part II

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 28 mai 2021

SUCCINCTEMENT.
Alors que la famille Abbott assiste au match de baseball de leur fils, un objet mystérieux enflamme le ciel. La foule, paniquée, quitte les lieux.

CRITIQUE.

★★

texte
Élie Castiel

Dans la frayeur du silence

Comme dans le premier opus, le silence règne, mais ici, le peu de dialogue est parfois incompréhensible, comme si les mots ne voulaient plus rien dire devant les agissements grandguignolesques des effroyables bêtes venues du ciel. Après un début des plus typiquement américain, l’incontournable partie de baseball entre deux équipes junior, les cieux annoncent leurs couleurs et c’est le début d’un combat pour la survie.

Fidèle à un cinéma grand public nourri de productions spectaculaires et d’effets spéciaux, sans oublier ces bestioles venues de l’espace pour coloniser la terre, John Krasinski veille sur la famille, sur cette institution inviolable et qui ici, est individualisée. Seule les Abbott comptent, la mère, les deux enfants et le nouveau-né. Le personnage de Lee, incarné par un Krasinski en puissance disparaît très vite du plateau, sans doute se voulant plus proche de la mise en scène, pour que tout se déroule comme prévu.Suite

Cruella

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 28 mai 2021

SUCCINCTEMENT.
Depuis l’enfance, Estella possède une intelligence vive et une confiance inébranlable. Toutefois, son naturel caustique, téméraire et désobéissant lui attire souvent des ennuis et l’isole de ses pairs.

CRITIQUE.

★★★

texte
Élie Castiel

La version 1961 de One Hundred and One Dalmatians / Les 101 dalmatiens, signée Clyde Geronimi, Hamilton Luske et Wolfgang Reitherman, avait de quoi surprendre les petits et les moins jeunes. En 1996, Stephen Herek réalise une version avec personnages réels, comptant sur la férocité fantaisiste d’une Glenn Close survoltée. Emma Stone la remplace dans Cruella, de Craig Gillespie, à qui l’ont doit I, Tonya / Moi, Tonya (2016), sans aucun doute, son film phare.

Entre le queer camp et

la fantaisie d’une époque révolue

… mais séduisant pour

les nostalgiques invétérés.

Rien à voir avec les deux précédents volets car ici, c’est à l’apprentissage de Cruella que nous assistons, somme toute très peu discret. À juste titre, puisque la principale intéressée est devenue orpheline à un bas âge, mais demeurée depuis son enfance, une enfant précoce, différente, dont le comportement n’avait absolument rien à voir avec les jeunes de son âge, filles ou garçons.

Un apprentissage très peu discret.

Et une rencontre, celle avec deux jeunes lascars débrouillards avec qui elle forme une association de malfaiteurs au cœur tendre. C’est dans le Londres du milieu des années 1960, retravaillé par la personne responsable de la direction artistique, que le film se passe. On y croit, comme on n’y croit pas.

Mais la bande sonore, volumineuse, renchérit autant des tunes de ces années et d’autres de décennies précédentes, et qui font plaisir à réentendre. Rock et chansons douces se conjuguent au nom de l’anachronisme. Mais bon, nous sommes prêts à pardonner ce faux pas.

Divertissant dans toute sa splendeur, un peu vieillot mais efficace pour ceux qui n’ont pas oublié ce sens particulier du comportement et de la répartie. Quoi dire de plus ? le titre de notre article vous donne la réponse.

La première apparition de Thompson, lunettes de soleil cachant ses yeux, évoque de loin, et c’est bien « de loin », une Audrey Hepburn sortie tout de droit de Breakfast at Tyffany’s / Diamants sur canapé (1961), de Blake Edwards; mais peine perdue, puisque c’est la Meryl Streep de The Devil Wears Prada / Le diable s’habille en Prada (2006) de David Frenkel qui prend le dessus. Pour Emma Thompson, plus proche de celle-ci, bien que dans son jeu, prouvant qu’elle peut manipuler les différents registres.

Divertissant dans toute sa splendeur, un peu vieillot, mais efficace pour ceux qui n’ont pas oublié ce sens particulier du comportement et de la répartie. Quoi dire de plus ? le titre de notre article vous donne la réponse.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Craig Gillespie

Scénario
Dana Fox
Tony McNamara
D’après une idée
de Steve Zissis et Aline Brosh McKenna

Direction photo
Nicolas Karaktasanis

Montage
Tatiana S. Riegel

Musique
Nicolas Britell

Genre(s)
Comédie fantaisiste

Origine(s)
États-Unis
Grande-Bretagne

Année : 2021 – Durée : 2 h 14 min

Langue(s)
V.o. : anglais / Version française

Cruella

Dist. [ Contact ] @
Buena Vista Canada

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cineplex

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

1 815 816 817 818 819 959