SUCCINCTEMENT. Jadis, les enfants fondateurs ont érigé la cité sanctuaire au milieu de laquelle trône l’arbre des vœux. Chaque année, les animaux, qui vivent en harmonie dans cet endroit féérique protégé de l’extinction, sont invités à cueillir une fleur et à formuler un souhait.
SUCCINCTEMENT. Le 25 décembre 1999, les habitants d’Olloy sont sur le pied d’alerte. Les autorités ont convoqué tous les résidents de ce village des Ardennes belges pour organiser une battue dans la forêt afin de retrouver le petit Rémi Desmedt, un garçon de six ans et demi porté disparu depuis deux jours.
CRITIQUE.
★★★ ½
texte Élie Castiel
De gestes
et de chuchotements.
Du roman de Pierre Lemaitre, Nicolas Boukhrief, connu pour manier aisément différents genres, en retire son côté le plus sobre, son atmosphère glauque, inquiétante, celle d’une bourgade de province quasi abandonnée, comme ce plan parmi les premiers du film qui montre une caméra éloignée filmant presque secrètement de la cour du seul quartier de police une foule écoutant les directives du gendarme en chef.
Une ville où tous se connaissent et devinent ce qui se passent. Sauf dans l’affaire de disparition d’un enfant. Que s’est-il passé? Nous le saurons, nous les spectateurs, témoins de cette scène qui nous paraît anodine, mais demeure insupportable par la distanciation que la caméra de Manuel Dacosse (très actif, dans plus d’une quarantaine de courts et longs depuis 2002), discrète, rapide, comme si ce qu’elle filmait faisait partie d’un jeu d’enfants du quotidien.. où l’est-ce? Et puis, une situation qu’il faut réparer ou mieux, cacher. On ne divulgue pas plus. C’est du Hitchcock, mais renversé, parce qu’on sait qui a commis l’irréparable.
Le message (quel mot « grossier » dans le cinéma d’aujourd’hui, en fait celui des trente ou au moins vingt dernières années), mieux dire, le thème principal est de montrer le déchaînement du complexe de culpabilité, même si dans un sens l’acte commis n’est pas prémédité, c’est agir par impulsion, un geste qui se manifeste dès la naissance.
Et tout cela, à cause de quoi? Un chien, un enfant, une jeune fille dont on tombe amoureux, ou plutôt pour qui on sent une étrange fascination qui ne nous quitte plus.
Une situation qu’il faut réparer ou mieux, cacher.
Et le temps qui passe. La mise en scène reprend alors ses droits pour explorer une autre atmosphère. L’oubli, la prise de possession non seulement de soi, mais de la collectivité. Les choses changent et demeurent les mêmes dans ce village-bourgade des Ardennes.
Il faut compter sur les interprète pour que le récit continue à nous affecter. Avant d’abord; Jeremy (12 ans), campé par un Antoine Courtin habité, investi, en pleine forme dans un premier rôle; plus tard, la vingtaine, par Pablo Pauly, que nous avions vraiment aimé dans Patients (2016) de Mehdi Idir et Grand Corps Malade.
Et les autres, surtout Sandrine Bonnaire, oui surtout, qui sévit au syndrome du « peu-de-rôles-importants-ou-de-premier-plan-pour-les-femmes-ayant-dépassé-un-certain-âge ». Discrète, entière, s’en tenant à quelques scènes et à une histoire d’amour vécue dans le silence et dans l’abstraction de la chair, s’en tenant au spirituel, muet, équivoque. Mais tous ces ingrédients psychologiques, Boukhrief les filme avec une intensité occulte, comme si extérioriser l’évident serait se condamner soi-même. Comme le reste du récit, chuchoter plus que dire, agir ouvertement que lorsqu’il ne s’agit que de banalités.
… derrière ce sanctuaire d’âmes impénétrables et pourtant faussement tolérantes, une conclusion qui ressemble plus que tout à « la condition humaine ».
Succinctement, le cinéaste comme l’auteur du roman, parlent de cette xénophobie presque inoffensive qui envahit, par peur, par mégarde, par survie, ces régions éloignées de l’Hexagone où le temps ne semblent pas bouger.
Un film de mystères, de secrets bien gardés, de profils humains, trop humains pour être vrais, mais derrière ce sanctuaire d’âmes impénétrables et pourtant faussement tolérantes, une conclusion qui ressemble plus que tout à « la condition humaine ».
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Nicolas Boukhrief
Scénario Pierre Lemaitre Perrine Margaine D’après le roman de Pierre Lemaitre
Direction photo Manuel Dacosse
Montage Lydia Decobert
Musique Robin Coudert
Nicolas Boukhrief. Moment de tournage.
Genre(s) Drame social Suspense
Origine(s) France Belgique
Année : 2019 – Durée : 2 h 01 min
Langue(s) V.o. : français; s.-t.a. Three Days and a Life
SUCCINCTEMENT. Portrait de la dernière génération vivante de personnes ayant participé activement au Troisième Reich d’Adolf Hitler.
CRITIQUE.
★★★ ½
texte Élie Castiel
Ce n’est pas vraiment le cas de toutes les personnes interviewées, mais de la grande majorité. Ils ne regrettent rien. Leurs propos reflètent une époque, un lieu, une Europe de la débâcle morale, déshumanisée, un monde parallèle où le fascisme ordinaire rejoint le commun des mortels pour en faire des monstres. Ils vivent, ils aiment. Ils sont comme tout le monde, mais le racisme est présent dans toute sa banalité. L’autre, l’étranger, celui qui n’appartient pas à la race élue ne mérite pas de vivre. Selon le dogme du régime nazi, l’un des plus effroyables de l’Histoire du siècle dernier.Suite