Nayattu

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 09 avril 2021

SUCCINCTEMENT

Trois officiers de police sont aux prises avec les forces de l’ordre qui leur en veulent pour une affaire de meurtre impliquant le milieu politique.

CRITIQUE.
texte
Élie Castiel

★★★★ 

Un nom à retenir, un cinéaste indien qui tourne en malayālam. Son quatrième long métrage est une de ces rares perles qui nous rappellent que le cinéma est avant tout un art et non seulement une industrie, auquel on peut encore y croire et que partout dans le monde, existent des cinéastes prêts à tout pour montrer le présent, comme il est, imparfait, souvent impartial, humain parfois, un monde issu d’un 20e siècle qui s’est longtemps débattu pour annoncer une nouvelle ère qui allait tout changer.

Après Best Actor (2010), ABCD: American Born Confused Desi (2013) et Charlie (2015), Nayattu, qui veut dire « la chasse », est sans doute son meilleur, résultat d’un scénario de Shahi Kabir, ancien officier de police ayant signé le script de Joseph (2018), du cinéaste M. Padmakumar qui tourne, lui aussi, en langue malayālam.

L’utopie d’une

                       vérité originelle

Une puissante force de persuasion.

Une écriture irréprochable, claire, précise, évitant les écueils et dans le même temps prenant le spectateur pour quelqu’un qui réfléchit, qui peut encaisser à l’écran les dérives de notre monde. Pour Kabir, un style qui provoque nos sens, nos valeurs, notre vision du monde, droit au but, exclamant avec une force vertigineuse ce qui a toujours prévalu en Inde, pays démocratique pourtant, le modus operandi de la société, y compris le gouvernement : la corruption. Démographie sans cesse galopante, c’est le système de la débrouille pour la majorité pauvre. Les nouvelles enclaves d’une certaine bourgeoisie apparues depuis deux décennies se nichent aux conforts de l’Occident, les riches et les autorités travaillent main à la main et veulent conserver leurs privilèges, souvent illégalement acquis.

Mais il y a surtout une mise en scène. D’une droiture exemplaire. L’utilisation du format 1,66.1, comme pour neutraliser le cadre, l’ôtant de tout effet spectaculaire comme aurait été le cas avec le Scope. En même temps, dans certains passages, une caméra portative qui donne un temps documentaire comme si soudain la fiction dialoguait avec la réalité.

Une esthétique chromatique aussi où le brun domine, l’obscur aussi. Et souvent, c’est tourné la nuit. La route, l’asphalte devient une pièce à conviction, une sorte de témoin à charge.

Une fin brutale, coup de poing, mais dans le même temps tributaire d’une époque où, heureusement, existent des réponses à l’apathie généralisée. Martin Prakkat ne se force pas. Il filme comme il respire. Son film apparaît comme une véritable découverte.

De toute évidence, Nayattu est un film anti-Bollywood sans l’être exactement – les cinéastes de ce genre majoritaire critiquent, eux aussi, à leur façon, les travers de la société.

Dans le cas de Prakkat, un geste purement esthétique, non pas lancé par défi, mais tout au plus pour entamer un dialogue de la raison avec le spectateur. D’ailleurs, la mise en scène évite catégoriquement tout aspect intellectuel pour plutôt s’approprier le réel,  donnant aux personnages secondaires autant d’importance que les principaux.

Et la finale, d’une puissante force de persuasion montre jusqu’à quel point la rédemption peut se déclarer sous différentes couleurs. La notion de rachat déconstruite, ramenée  à sa plus simple expression; paradoxalement, c’est aussi synonyme de la défaite de la vérité, comme une utopie jamais réalisée. Une conclusion brutale, coup de poing, mais dans le même temps tributaire d’une époque où, heureusement, existent des réponses à l’apathie généralisée. Martin Prakkat ne se force pas. Il filme comme il respire. Son film apparaît comme une véritable bouée de sauvetage.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Martin Prakkat

Scénario : Shahir Kabir

Direction photo : Shyju Khalid

Montage : Mahesh Narayanan

Musique
Vishnu Vijay

Akhil Alex

Martin Prakkat

Genre(s)
Thriller

Origine(s) : Inde

Année : 2021 – Durée : 2 h 04 min

Langue(s)
V.o. : malayālam; s.-t.a.

The Hunt

Dist. [ Contact ] @
Malayālam Cinemas

Classement
Tous publics
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

En salle(s) @
Cineplex

 

Nomadland

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 09 avril 2021

SUCCINCTEMENT
Veuve, face au chômage qui sévit dans la petite ville d’Empire, au Nevada, Fern adopte une existence de vie nomade, survivant grâce à de petits boulots.

LE FILM
de la semaine.

★★★★

texte
Luc Chaput

Une sexagénaire a un pneu de sa camionnette crevé et cherche de l’aide. Dans le campement, une voisine âgée lui porte secours mais la morigène ensuite parce qu’elle n’a pas de rechange alors qu’elle parcourt les États-Unis dans ce véhicule essoufflé qui est son domicile.

Fern, veuve, vient de quitter cette ville au nom ronflant d’Empire au Nevada maintenant dégonflé par la crise. Elle rencontre, au gré de ses pérégrinations, des habitués de ce type d’existence. Ils et elles font des migrations intérieures chaque année, au gré des saisons et des emplois. La caméra de Joshua James Richards nous fait partager en Scope les beautés sauvages et plus domestiquées de cette immense contrée que sont les États-Unis. Des Badlands des Dakota aux falaises du Pacifique, des immenses champs de l’agriculture industrielle du Midwest entre autres jusqu’aux parcs nationaux ou d’états, ces personnes trouvent des emplois ponctuels, saisonniers au salaire le plus souvent minimum et aux conditions de travail éreintantes.

RENCONTRES

VAGABONDES

Cet aspect documentaire du livre, reportage au long cours de Jessica Bruder, NOMADLAND Surviving America in the Twenty-First Century, est remarquablement intégré par la réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao qui trouve en Frances McDormand, interprète de Fern, le canal idéal pour aller à la rencontre de ces gens du voyage. Le visage sans maquillage de Frances et son rapport simple aux êtres s’accorde remarquablement avec ceux de Linda May, de Charlene (celle de l’épisode du pneu) et de Bob Wells qui sont des personnes rencontrées par Bruder pour son bouquin. Fern s’immisce donc naturellement dans ce groupe, difficile à chiffrer, des laissés pour compte de la crise économique qui n’ont pas retrouvé d’emploi stable à cause de leurs âges et de leurs éducations non adaptées.

 Fern s’immisce dans ce groupe, des laissés pour compte de la crise économique.

Nomadland, western moderne sur l’errance nécessaire ou voulue de ces individus qui ont trouvé cette réponse hétérodoxe aux diktats décriés par Ken Loach dans Sorry We Missed You (Désolé de vous avoir manqué), prend donc naturellement sa place dans la cinématographie américaine aux côtés de Bound for Glory (En route pour la gloire) d’Hal Ashby et The Grapes of Wrath (Les raisins de la colère) de John Ford, comme balises iconiques d’un monde en mutation.

Ils n’ont pas eu de veine et sillonnent les artères petites et grandes de l’Amérique dans leurs camionnettes ou leurs camping-cars. Fern y croise également Dave, dont David Strathairn souligne par son jeu le côté gauche de son désir plus qu’amical et ces deux esquifs font ainsi un bout de chemin ensemble.

La très petite équipe autour de la cinéaste Chloé Zhao, auteure du remarqué The Rider (Le cowboy), s’est intégrée simplement à ces gens du voyage qui se retrouvent en janvier nombreux à Quartzite en Arizona au Rubber Tramp Rendezvous, où ils partagent astuces, anecdotes et indications pour d’autres lieux de séjour plus ou moins long. Fern, comme Charlene ou Linda, se retrouve également à certains moments seule et ce va-et-vient entre solitude et rencontres module également le long métrage porté par le piano de la musique de Ludovico Einaudi.

Nomadland, western moderne sur l’errance nécessaire ou voulue de ces individus qui ont trouvé cette réponse hétérodoxe aux diktats décriés par Ken Loach dans Sorry We Missed You (Désolé de vous avoir manqué), prend donc naturellement sa place dans la cinématographie américaine aux côtés de Bound for Glory (En route pour la gloire) d’Hal Ashby et The Grapes of Wrath (Les raisins de la colère) de John Ford, comme balises iconiques d’un monde en mutation.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Chloé Zhao

Scénario
Chloé Zhao
[ D’après le roman de Jessica Bruder ]

Direction photo : Joshua James Richards

Montage : Chloé Zhao

Musique : Ludovico Einaudi

En plein tournage. Chloé Zhao à gauche de la photo.

Genre(s)
Drame social

Origine(s)
États-Unis
Allemagne

Année : 2020 – Durée : 1 h 47 min

Langue(s)
V.o. : anglais; s.-t.f.

Nomadland

Dist. [ Contact ] @
Buena Vista Films
Fox Searchlight

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma du Parc

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

 

Big Giant Wave

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 02 avril 2021

SUCCINCTEMENT
Des scientifiques et des artistes des quatre coins du monde posent un regard sur les bienfaits des sons et des rythmes dans leur quotidien et leur domaine d’expertise.

CRITIQUE.

★★★ ½

texte
Élie Castiel

Nourrir les sons de l’affect

L’importance des divers sons dans les films, aussi bien que dans nos vies, qu’il s’agisse de bruits de fond, de musique, de chants, de toutes sonorités valables. C’est à cela que s’intéresse Marie-Julie Dallaire, cinéaste d’ici, qui prend un soin considérable à décortiquer ce qui compose l’aspect acoustique de notre existence.

Configuration qui passe le plus souvent inaperçue, mais au visionnement de Big Giant Wave, ou Comme une vague, si vous préférez, on n’écoutera plus de la même façon. Aucun rapport entre les intervenants si ce n’est que la relation qu’ils entretiennent avec le son est une de plus intimes car elle participe à une vision de la vie et des choses où l’ouïe n’est plus qu’un simple moteur auditif, mais une outil complice, une entité virtuelle qui traverse autant l’esprit que le cerveau.Suite

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