The Truffle Hunters

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 26 mars 2021

SUCCINCTEMENT
En Italie, dans la région du Piémont, Carlo Conella, 84 ans, consacre son temps à la chasse aux truffes. Bientôt, d’autres retraités vont suivre son exemple.

CRITIQUE.

★★★ ½

texte
Luc Chaput

Un produit qui a du chien

Un vieil homme parle à sa petite chienne comme à une enfant. Il la dresse mais lui permet de monter sur la table au repas.

Aurelio, vieux célibataire, entretient une telle relation avec Birba car celle-ci trouve des truffes blanches dites d’Alba lors de leurs sorties dans certaines forêts du Piémont dans le nord de l’Italie. Comme pour d’autres herbes, anciennement appelées simples, le secret de leurs emplacements est bien gardé dans ces communautés où les changements peuvent être mal accueillis. Marcel Pagnol en donna une splendide illustration avec ses Jean de Florette et Manon des sources.

Les deux réalisateurs suivent ainsi plusieurs agriculteurs qui, en automne, pratiquent ce passe-temps lucratif de chasseurs de truffes. Il est devenu également risqué car les prix ont beaucoup monté pour ce champignon et des chiens ont été empoisonnés. L’emploi d’une caméra GoPro nous place soudainement dans le point de vue d’un de ces animaux sans lesquels ce commerce tomberait rapidement en désuétude.

La caméra des deux cinéastes capte en plans larges ces hommes montant des collines et suivant leurs chiens afin de les rattraper s’ils trouvent le précieux objet.

Savoir reconnaître le précieux objet.

La caméra des deux cinéastes capte en plans larges ces hommes montant des collines et suivant leurs chiens afin de les rattraper s’ils trouvent le précieux objet. Des plans plus serrés à l’intérieur, à plusieurs temps du jour, montrent ces individus et certains membres de leurs familles vaquant à d’autres occupations. Une relation évoluant plus difficilement entre un villageois et son épouse ponctue le déroulement de ce long métrage qui laisse au spectateur le soin de tirer certaines hypothèses sur l’évolution de ce travail artisanal soumis comme plusieurs autres aux changements climatiques et à la mondialisation.

De la terre noire aux ors des restaurants, une rencontre avec ce petit monde restreint et changeant, à laquelle le producteur Luca (Call Me by Your Name) Guadagnino a apporté son expertise, s’est ainsi offert adroitement à nous.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Michael Dweck
Gregory Kershaw

Scénario
Michael Dweck
Gregory Kershaw

Images
Michael Dweck
Gregory Kershaw

Montage : Charlotte Munch Bengtsen

Musique : Ed Côrtes

Les deux réalisateurs entourant un des protagonistes.

Genre(s)
Documentaire

Origine(s)
Italie
Grèce
États-Unis

Année : 2020 – Durée : 1 h 24 min

Langue(s)
V.o. : italien; s.-t.a. ou s.-t.f.

Les chasseurs de truffes
I cacciatori di tartufi
To kynigi tis troufas

Dist. @
Métropole Films

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma du Parc
Cineplex

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Wintopia

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 26 mars 2021

SUCCINCTEMENT
Pendant de longues périodes, Peter Wintonick a sillonné le monde, loin de sa famille, à la recherche d’un endroit où les humains pourraient vivre heureux. Un projet qui lui tient à cœur : la réalisation de Utopia. Sa fille se penche sur ce documentariste singulier

LE FILM
de la semaine.

★★★★

texte
Élie Castiel

C’est à une lettre d’amour adressée à son père que se livre Mira Burt-Wintonick. Une épître d’images fixes et en mouvement, pour arrêter le temps. Ou mieux encore, pour le situer dans un contexte de continuité, d’héritage spirituel qui servirait à quelque chose de plus intime. Des échos conservés par son père dans des cassettes VHS.

Et c’est aussi l’occasion pour la jeune réalisatrice de parler de soi, de son enfance auprès d’une mère qui l’a toujours soutenue, mais surtout d’un père absent, totalement investi dans son travail, le plus souvent peu rémunéré, de documentariste.

Peter Wintonick…

                   ou l’exercice de l’utopie

Ethnologue du monde par le biais des images en mouvement, des disparités qu’il occasionne, ses travers, son portrait selon un œil investigateur. Sa famille, Peter Wintonick l’aime inconditionnellement. À sa façon, même dans ses absences répétées. Et lorsque la fin arrive, une sorte de réconciliation avec Mira, sa seule fille. Avec la mère, nul besoin d’affirmer sa vie de bohème du cinéma. Elle savait, elle, Christine Burt, que la vie avec Peter serait ainsi. Cinéaste indépendant qui ne peut se résoudre à des règles de conduite.

Et LE film d’une vie, pourtant coréalisé avec Mark Achbar, Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the Media (Chomsky, les médias et les illusions nécessaires), en 1992. Est-ce le fait du hasard, pas vraiment à y voir de près. Même impulsion chez Burt-Wintonick, cette intuition à mener son journal d’une absence avec le même enthousiasme que son père filmait.

Des plans fixes, des documents d’archives intelligemment choisis et montés, une sincérité dans le propos qui évite catégoriquement le pathos pour mieux discerner le moment, ou encore mieux ces moments d’inspiration, comme les quelques instances où père et fille s’inscrivent ensemble dans la vie.

L’utopie, un mot qui veut tout et rien dire.

Plutôt que de déconstruire le documentaire, Mira Burt-Wintonick absorbe les codes du genre pour les situer dans une réalité poétisée par le médium que représente le cinéma, excluant toutes influences extérieures ou tendances de l’heure.

La mise en abyme ou le film dans le film, c’est aussi une mise en abyme de soi, de son identité réorganisée ou encore mieux reconstruite. Christine, la mère n’est pas autant filmée et lorsque c’est le cas, c’est pour lui administrer des gestes maternels même si elle présente des comportements de femme libre. Sûre d’elle.

Le format VHS, qui apparaît aujourd’hui comme une antiquité, c’est, dans Wintopia, oser le montrer dans un contexte confidentiel, confirmant jusqu’à quel point le documentaire est une forme de cinéma atteinte de dégagement et d’affranchissement, justement parce qu’il a toujours fonctionné ainsi, la plupart du temps, selon une approche quasi intimiste.

Car Wintopia, titre qu’on devine entre les lignes et qui n’a pas besoin d’explications, est un choix téméraire, non seulement une confession singulière, mais aussi et peut-être sans doute, une alternative à parler de soi en parlant de son géniteur. Proposition d’autant plus convenable, circonstancielle, abreuvée par la simple idée d’interroger le temps, de boucler la boucle. Et c’est dans la réalisation du film que la réconciliation n’est plus une utopie, mais une possibilité abstraite.

L’absence du père est pour Burt-Wintonick le prolongement d’un état d’esprit. Et un livre fétiche, le Don Quichote de Cervantes que le père chérissait. Que dire de plus sur ce qu’il représente, autant pour le père que pour la fillle, cette fois-ci réconciliée.

L’utopie, un mot magique qui veut tout et rien dire. Et pourtant le sujet d’un film que Wintonick, le père, voulait faire. Contre vents et marées. Il y tenait, non pas par pur égocentrisme ou folie des grandeurs, mais pour se réconcilier, à son tour, avec la vie. Mira, qui découvre les fameuses 300 vidéocassettes et ce qu’elles montrent. Des images qui parlent, se substituent au temps qui passe et raconte l’Histoire.

Et sans doute que dans sa quête à comprendre une personnalité métaphoriquement utopique que Mira Burt-Wintonick a trouvé sa propre voie. D’une certaine façon, se second long métrage est le prolongement de PilgrIMAGE (2009), alors que le duo père-fille entamait une exploration documentaire.

L’absence du père est pour Burt-Wintonick le prolongement d’un état d’esprit. Et un livre fétiche, le Don Quichote de Cervantes que le père chérissait. Que dire de plus sur ce qu’il représente, autant pour le père que pour la fillle, cette fois-ci réconciliée.

Reste à savoir si Burt-Wintonick continuera son travail de cinéaste à la recherche d’autres utopies.  Congrats, Mira, for your beautiful film.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Mira Burt-Wintonick

Images : Peter Wintonick

Montage : Anouk Deschênes

Musique : David Drury

Son : Marie-Pierre Grenier

Mira Burt-Wintonick

Genre(s)
Essai documentaire

Origine(s) : Canada

Année : 2019 – Durée : 1 h 29 min

Langue(s)
V.o. : anglais; s.-t.f.

Wintopia

Dist. @
ONF
Eye Steel Film

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma du Musée
Cinémathèque québécoise

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Death of a Ladies’ Man

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 19 mars 2021

SUCCINCTEMENT
Professeur de poésie canadienne dans une université de Montréal, Samuel O’Shea traverse une profonde crise existentielle.

CRITIQUE.

★★★ 

texte
Élie Castiel

C’est à l’Université Concordia que Matt Bissonnette a étudié la littérature anglaise et le cinéma. Et puis, le hasard ou peut-être le sens de la débrouillardise le mène à réaliser Looking for Leonard (2002), où il montre son penchant pour la musique de Leonard Cohen, particulièrement les paroles des chansons qui procurent la relation qu’il entretient avec les femmes. Avec ce premier long métrage, il trace en quelque sorte les étapes de son parcours cinématographique. Avant Death of a Ladies’ Man, sorte d’hommage au grand disparu, Who Loves the Sun / Secrets d’été (2006) et Passenger Side (2009).

La pudeur des sentiments

Gabriel Byrne, parfait choix d’acteur pour incarner l’alter-ego de Cohen, ou du cinéaste peut-être? Toujours est-il que par la même occasion, la présence du comédien irlandais défavorise l’utilisation du français alors que le film a lieu à Montréal. Chose commune dans le cinéma anglophone tourné à Montréal. Mais à bien y penser, on pourrait en dire autant des cinéastes québécois. Les deux solitudes ou « chacun à sa place ». Point final.

Reconnaissons par contre que techniquement, les lieux (intérieurs et extérieurs) sont montrés par une caméra alerte manipulée par un Jonathon Cliff inspiré. Des interprètes québécois sont investis dans le projet, Antoine Olivier Pilon qui avoue ouvertement à son père son homosexualité, comme pour contrecarrer le caractère « coureur de jupons » de son père qui, lui, réagit avec le désintérêt le plus total, mais en même temps réalisant qu’il fait partie d’une autre génération d’hétérosexuels. Tout cela n’est pas très clair dans le scénario de Bissonnette.

Un séducteur romantique.

Samuel, le poète, l’amoureux, est cet homme perdu dans les limbes d’une réalité qu’il ne peut contrôler.

Des vedettes québécoises font partie de la distribution. Il y a Suzanne Clément, Pascale Bussières, Karine Dion, Sarah Lévesque et Karelle Tremblay. Ces présences justifieront le peu de français utilisés dans cette production montréalaise, mais en même temps établiront la distance entre ce séducteur romantique d’une autre génération porté sur la chose et ces femmes telles qu’elles se voient de nos jours.

Samuel, le poète, l’amoureux, est cet homme perdu dans les limbes d’une réalité qu’il ne peut contrôler. Finalement, il va faire face à un problème impossible à résoudre. D’où ce penchant pour apprécier la vie davantage et en profiter.

Pour le réalisateur, dans sa mise en scène, une sorte de détachement, sauf dans les dialogues entre Samuel et son père (magnifique Brian Gleeson), des champs/contrechamps qui établissent les frontières entre la fureur de vivre et la pudeur des sentiments.

Suite

1 836 837 838 839 840 959