Le Point |.| 28
du Ven 10 au Jeu 16 juillet 2026

Comme au cinéma :

La guerre ou la symbolique du phallus

Élie Castiel
Rédacteur en chef

 

« En milieu militaire, les armes à feu fonctionnent comme de puissants symboles phalliques qui lient la possession d’armes aux concepts de virilité, de pouvoir et de masculinité. Sur les plans historique et sociologique, les armes sont perçues comme des extensions du corps masculin qui symbolisent la dominance et la capacité d’agression. La manifestation la plus célèbre de ce concept dans la culture militaire est le chant traditionnel du Corps des Marines des États-Unis, qui associe explicitement le fusil d’un soldat à son pénis : « This is my rifle, this is my gun. This one’s for fighting; this one’s for fun. » (Ceci est mon fusil, ceci est mon arme. L’un sert à se battre, l’autre à s’amuser.)

Je n’ai rien inventé. C’est facile à trouver, il suffit d’un peu d’effort et de consulter l’IA sur Internet et avoir l’ouverture d’esprit.

Dans une de ses très récentes publications, le très contesté journal israélien de gauche, Haaretz, publie que le trafic d’armes en provenance de territoires comme l’Afghanistan et autres consorts vers Israël a atteint des proportions alarmantes, visant à alimenter des groupes terroristes, aussi bien israéliens que palestiniens.

Une étude du Combating Terrorism Center de l’Académie militaire des États-Unis à West Point, qui a examiné la vague de contrebande d’armes vers Israël au cours de l’été 2023, a révélé que 90 % des « […] armes de contrebande entrant par la Jordanie sont des armes de poing » et que « bon nombre des armes de poing saisies sont produites par Delta Defence Group […] ». Notre image montre un des modèles du célèbre pistolet DDG. Mais le parcours de ces petites armes est en quelque sorte très hétéroclite.

Haaretz a eu des entretiens avec des experts qui ont passé des années à retracer le chemin tortueux de ces armes à feu mystérieuses.

« Ces armes sont vendues sur le marché noir irakien, et certaines sont introduites clandestinement depuis là-bas vers la Jordanie et la Syrie », explique à Haaretz Mick F., analyste chez Armament Research Services (ARES), un cabinet de conseil spécialisé dans les armes et les munitions. Il précise que les fusils de cette marque, et plus particulièrement ces pistolets, sont devenus de plus en plus répandus à travers le Moyen-Orient.

Le Proche-Orient, incluant bien entendu Israël, où la politique des retours d’ascenseur(s) s’applique nonobstant les guerres de confrontation avec ses ennemis. Paradoxe de la guerre, paradoxe d’un masculinisme tout-puissant.

En fin de compte, la guerre comme à la guerre, où les décès s’accumulent. Mais au cours de laquelle, les pensées les plus intimes s’entremêlent inconsciemment (ou pas) à chaque pulsation du déclenchement. C’est peut-être cela que le fameux trigger-happy (prompt à dégainer) veut vouloir dire quelque chose.

Mais dans la vraie guerre, malgré tout ce qu’on peut imaginer, les morts sont de vraies morts, les victimes de vraies victimes et cet étrange jeu « des chats et des chats » ne riment qu’à la désolation.