New Order

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 28 mai 2021

SUCCINCTEMENT.
Dans un futur proche, à Mexico-City, de violentes manifestations de rue détruisent toujours plus la ville. Des violences quasi imperceptibles pour les habitants d’un manoir mondain fortifié, dans un quartier huppé.

CRITIQUE.

★★★ ½

texte
Élie Castiel

Michel Franco ou réaliser qu’une idée, aussi farfelue soit-elle, peut prendre forme au cinéma, même s’il s’agit, pour cela, de figer des clins d’œil à des cinéastes qu’on respecte, anciens ou nouveau. Car c’est aussi prendre conscience que dans un sens, le cinéma est un cycle qui se répète, un très long recueil de mêmes récits qui se réinventent à toutes les sauces.

Le déclin de la bourgeoise mexicaine. L’insurrection de la classe ouvrière. Mais aussi portrait d’un pays où les disparitions de vie humaine sont devenues pratique courante. Un pays de l’Amérique centrale où la corruption règne, se maintient grâce à une certaine idée de l’ordre. Et une classe, certes restreinte, mais enrichie, prônant les caprices et intérêts surtout d’un capitalisme sauvage venu du Nord.

Puis, un cinéaste, Michel Franco, peu connu ici, du moins en ce qui nous concerne, même si Chronic / Chronic: el último paciente (2015), avec Tim Roth, nous dit quelque chose. Une découverte donc, surtout par la luminosité incandescente et totalement assumée de la mise en scène, passant d’un univers à l’autre, nullement respectueuse de l’un ou de l’autre, montrant les absurdités, les incongruités, les impulsions néfastes de l’individu.

Michel Franco ose, dérange, provoque, ne recule devant rien pour nous obliger à regarder en face, ce que nous rejetons, ce que nous abhorrons, mais avec qui nous entretenons mystérieusement une association, un accord maladif, voyeur, masochiste; serait-ce ainsi l’âme humaine dans toute sa complexité?

Ça commence par une réception de mariage. Un évènement qui brille par la magnificence de la réalisation. Les évènements bougent, caressent l’esprit des spectateurs, les rend complices des agissements des convives. Comme si nous y étions.

Sourires en portant un verre, dragues passagères qui imaginent mille et une variations sur les suites possibles, une classe sociale qui se suffit à elle-même. On a même le temps de négocier des affaires, en secret, dans les chambres de cette grande villa restées fermées.

Et Franco change le ton dans la deuxième partie, là où les insurgés de L’ange exterminateur (El ángel exterminador) de Buñuel semblent se manifester – même si le cinéaste, dans nos recherches, insiste à dire que ce film ne l’a pas vraiment inspiré, mais qu’il en reconnaît sa puissance – d’accord, on lui prêtera le nom de Michael Haneke,  beaucoup plus contemporain, pour son humour acide, pour sa brutalité inconcevable ou mieux dit incompatible. Une brutalité qui a à voir avec le cinéma et qui, nous devons l’avouer, existe dans le réel, et en pire, dans certaines zones du monde. Nous en avons des preuves quotidiennement.

Une classe sociale qui se suffit à elle-même.

Michel Franco ose, dérange, provoque, ne recule devant rien pour nous obliger à regarder en face, ce que nous rejetons, ce que nous abhorrons, mais avec qui nous entretenons mystérieusement une association, un accord maladif, voyeur, masochiste; serait-ce ainsi l’âme humaine dans toute sa complexité?

En observateur de la société, le cinéaste parle des inégalités, des injustices, des nouvelles hordes d’humains qui veulent du changement. Il décrit les premières années tardives du nouveau siècle, une époque de l’Humanité qui se cherche une voie en observant les erreurs du passé et profitant des dérapages qui traversent nos quotidiens.

L’Histoire se répète. Mais, ici, l’utopie n’a pas sa place. Elle est même évacuée au profit d’une morale immorale, d’une éthique de la dissolution des valeurs, d’un je-m’en-foutisme généralisé au sacré nom de l’individualisme. Et Michel Franco compte surtout sur des comédiens irréprochables, elles et eux s’en donnant à cœur joie dans ce laboratoire du comportement humain des plus vociférants.

Il n’est guère surprenant que le film ait obtenu le Lion d’argent à la Mostra de Venise 2020. Sans doute en raison de son actualité percutante.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Michel Franco

Scénario
Michel Franco

Direction photo
Yves Cape

Montage
Óscar Figueroa

Michel Franco

Musique
Cormac Roth

Michel Franco.

Genre(s)
Drame social

Origine(s)
Mexique
France

Année : 2020 – Durée : 1 h 26 min

Langue(s)
V.o. : espagnol; s.-t.a.

Nuevo orden
Nouvel ordre

Dist. [ Contact ] @
Entract Films

Classement
Interdit aux moins de 13 ans
[ Violence ]

En salle(s) @
Cinéma du Parc

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

The Wishmas Tree

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 28 mai 2021

SUCCINCTEMENT.
Jadis, les enfants fondateurs ont érigé la cité sanctuaire au milieu de laquelle trône l’arbre des vœux. Chaque année, les animaux, qui vivent en harmonie dans cet endroit féérique protégé de l’extinction, sont invités à cueillir une fleur et à formuler un souhait.

SANS
COMMENTAIRES.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Ricard Cussó

Scénario
Peter Evan

Ryan Creaves
Assistés d’Amy Parry

Direction artistique
Nathan Geppert

Montage
Ahmad Halimi

Musique
Ack Kinmonth

Genre(s)
Animation

Origine(s)
Australie

Année : 2019 – Durée : 1 h 29 min

Langue(s)
V.o. : anglais / Version française

L’arbre des vœux

Dist. [ Contact ] @
Equinoxe Films
[ Cinémas Guzzo / Les Films ]

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Guzzo

 

Trois jours et une vie

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 28 mai 2021

SUCCINCTEMENT.
Le 25 décembre 1999, les habitants d’Olloy sont sur le pied d’alerte. Les autorités ont convoqué tous les résidents de ce village des Ardennes belges pour organiser une battue dans la forêt afin de retrouver le petit Rémi Desmedt, un garçon de six ans et demi porté disparu depuis deux jours.

CRITIQUE.

★★★ ½

texte
Élie Castiel

De gestes

                         et de chuchotements.

Du roman de Pierre Lemaitre, Nicolas Boukhrief, connu pour manier aisément  différents genres, en retire son côté le plus sobre, son atmosphère glauque, inquiétante, celle d’une bourgade de province quasi abandonnée, comme ce plan parmi les premiers du film qui montre une caméra éloignée filmant presque secrètement de la cour du seul quartier de police une foule écoutant les directives du gendarme en chef.

Une ville où tous se connaissent et devinent ce qui se passent. Sauf dans l’affaire de disparition d’un enfant. Que s’est-il passé? Nous le saurons, nous les spectateurs, témoins de cette scène qui nous paraît anodine, mais demeure insupportable par la distanciation que la caméra de Manuel Dacosse (très actif, dans plus d’une quarantaine de courts et longs depuis 2002), discrète, rapide, comme si ce qu’elle filmait faisait partie d’un jeu d’enfants du quotidien.. où l’est-ce? Et puis, une situation qu’il faut réparer ou mieux, cacher. On ne divulgue pas plus. C’est du Hitchcock, mais renversé, parce qu’on sait qui a commis l’irréparable.

Le message (quel mot « grossier » dans le cinéma d’aujourd’hui, en fait celui des trente ou au moins vingt dernières années), mieux dire, le thème principal est de montrer le déchaînement du complexe de culpabilité, même si dans un sens l’acte commis n’est pas prémédité, c’est agir par impulsion, un geste qui se manifeste dès la naissance.

Et tout cela, à cause de quoi? Un chien, un enfant, une jeune fille dont on tombe amoureux, ou plutôt pour qui on sent une étrange fascination qui ne nous quitte plus.

Une situation qu’il faut réparer ou mieux, cacher.

Et le temps qui passe. La mise en scène reprend alors ses droits pour explorer une autre atmosphère. L’oubli, la prise de possession non seulement de soi, mais de la collectivité. Les choses changent et demeurent les mêmes dans ce village-bourgade des Ardennes.

Il faut compter sur les interprète pour que le récit continue à nous affecter. Avant d’abord; Jeremy (12 ans), campé par un Antoine Courtin habité, investi, en pleine forme dans un premier rôle; plus tard, la vingtaine, par Pablo Pauly, que nous avions vraiment aimé dans Patients (2016) de Mehdi Idir et Grand Corps Malade.

Et les autres, surtout Sandrine Bonnaire, oui surtout, qui sévit au syndrome du « peu-de-rôles-importants-ou-de-premier-plan-pour-les-femmes-ayant-dépassé-un-certain-âge ». Discrète, entière, s’en tenant à quelques scènes et à une histoire d’amour vécue dans le silence et dans l’abstraction de la chair, s’en tenant au spirituel, muet, équivoque. Mais tous ces ingrédients psychologiques, Boukhrief les filme avec une intensité occulte, comme si extérioriser l’évident serait se condamner soi-même. Comme le reste du récit, chuchoter plus que dire, agir ouvertement que lorsqu’il ne s’agit que de banalités.

… derrière ce sanctuaire d’âmes impénétrables et pourtant faussement tolérantes, une conclusion qui ressemble plus que tout à « la condition humaine ».

Succinctement, le cinéaste comme l’auteur du roman, parlent de cette xénophobie presque inoffensive qui envahit, par peur, par mégarde, par survie, ces régions éloignées  de l’Hexagone où le temps ne semblent pas bouger.

Un film de mystères, de secrets bien gardés, de profils humains, trop humains pour être vrais, mais derrière ce sanctuaire d’âmes impénétrables et pourtant faussement tolérantes, une conclusion qui ressemble plus que tout à « la condition humaine ».

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Nicolas Boukhrief

Scénario
Pierre Lemaitre

Perrine Margaine
D’après le roman de Pierre Lemaitre

Direction photo
Manuel Dacosse

Montage
Lydia Decobert

Musique
Robin Coudert

Nicolas Boukhrief. Moment de tournage.

Genre(s)
Drame social
Suspense

Origine(s)
France
Belgique

Année : 2019 – Durée : 2 h 01 min

Langue(s)
V.o. : français; s.-t.a.

Three Days and a Life

Dist. [ Contact ] @
A-Z Films

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

En salle(s) @
Cinéma Beaubien
Cineplex

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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