Depuis plus d’une quarantaine d’années, a lieu à Montréal et maintenant en tournée régionale, une semaine et plus où le cru cinématographique québécois est lancé en partie dans le cadre d’un festival qui permet aussi au public de voir ou revoir des œuvres récentes ou plus anciennes. Comme au temps où le cinéma direct prenait une grande place avec les films de Perrault et Brault, Labrecque, Leduc par exemple, le documentaire continue de scruter certaines situations.Suite
Nul doute que Tamara Nguyen possède une imagination fertile, une prise de conscience sociale et politique salutaire et plus que tout, le sens aiguisé de l’observation de ses contemporains. Rien ne lui échappe dans ce récit doux-amer sur la condition humaine actuelle et la théorie du complot. Tout y passe, le gouvernement, les individus, divisés en deux groupes distincts qui se disputent constamment. Qui a tort? Qui a raison?
Godzilla et les autres films de genre, la bande dessinée, James Bond, tous ces mythes enfouis dans la mémoire collective se rassemblent dans ce tableau ou le fourre-tout ressemble à un puzzle bien orchestré que, mine de rien, Nguyen remet en place, sommant les spectateurs de la suivre.
En somme, une scénographie inspirée de Wendy Pires, donnant l’opportunité à Sébastien David de donner libre cours à son imagination, en accord avec un texte frivole et rigoureusement appliqué. Quant au choix du titre de cet article, vous découvrirez sa métaphorique signification en allant voir la pièce.
Un texte sans doute rédigé sous le coup de l’impulsion; de cette poussée d’adrénaline littéraire qui sollicite certains à l’expérimentation, jusqu’à déconstruire la fiction et nul doute le réel. Sébastien Harrisson ne passe pas par quatre chemins. Les principaux évènements de l’affaire Chelsea Manning sont présents, mais sous une forme évoquée par une singularité dans le rythme d’élocution des protagonistes, comme si ce cas politico-social ne devait être raconté que par une seule et unique personne.
Trois comédiens et une comédienne. L’un des trois, dans un rôle de transgenre – Sébastien René se surpasse dans cette partition exigeante, casse-gueule, celle qu’en principe, on ne joue qu’une seule fois dans sa vie; de ces compositions qui questionnent constamment le métier d’interprétation. René suit les directives du metteur en scène et parfois, au tournant d’une scène, se permet ou du moins donne l’impression d’improviser magnifiquement bien son personnage. Comme si ce dernier le possédait et plus rien ne comptait.
Effectivement, le becoming du titre suggère « en construction », non seulement comme si cette affaire n’était pas conclue, mais également à prendre comme la prise de conscience d’un auteur et d’un metteur en scène (qui se confond harmonieusement à l’écrivain) questionnant sans cesse leurs pratiques.